Attentats de Bombay : "Kasab", le seul terroriste survivant. © TF1/LCIOlivier Guillard est directeur de recherche à l'Institut des relations internationales et stratégiques.
LCI.fr : Les assaillants se revendiquent des Moujahidine du Deccan. Qui sont-ils précisément ?
Olivier Guillard : Oublions tout d'abord la dénomination "Deccan" qui est là pour le folklore. Il faut se concentrer sur Moujahidine. Vu le passé récent de l'Inde, qui, il ne faut pas l'oublier, est le 4e pays musulman au monde avec environ 150 millions de personnes de cette confession, ces terroristes appartiennent au courant musulman indien extrémiste. La communauté musulmane indienne est généralement modérée. Mais sur 150 millions de personnes, il est inévitable qu'une très infime minorité, pour des raisons principalement internes mais aussi externes, se radicalise.
Cette nébuleuse radicale gravite autour des "Indian Moujahidine", responsables des attentats perpétrés un peu partout depuis le début de l'année. Les terroristes de Bombay ne viennent donc pas de nulle part. Ils ont des relais dans le pays et peut-être également auprès des mouvements cousins du Bangladesh et du Pakistan. Mais ils ne sont pas téléguidés par les Etats.
Depuis sa création, l'Inde est en effet gangrénée par le terrorisme interne, aussi bien à tendance musulmane, séparatiste ou que de contestation contre l'Etat comme les maoïstes. L'an passé, elle fut le 2e pays au monde victime d'attentats, derrière l'Irak.
LCI.fr : Par rapport aux attentats précédents revendiqués par la nébuleuse islamiste, on note un degré de préparation bien plus important.
O.G. : Tout à fait. On ne touche pas le centre d'affaires de Bombay comme on commet un attentat dans une province reculée. Les attaques de mercredi sont un réel fait d'armes et ont permis aux terroristes de marquer des points. Elles supposent en effet un degré de professionnalisation et de nombreuses répétitions du scénario envisagé. Bref, un niveau d'expertise bien plus élevé qu'auparavant.
"Sympathie de cause"
LCI.fr : Cette expertise provient-elle, par exemple, d'Al-Qaïda ?
O.G. : Les courants musulmans indiens se radicalisent eux-mêmes et n'ont pas besoin de l'extérieur pour exister. Ont-ils pu néanmoins lancer un "appel d'offres" auprès des mouvements similaires mieux organisés au Bangladesh, au Pakistan, voire auprès d'Al- Qaïda ? Il est trop tôt pour le dire. Mais la professionnalisation des attaques laissent en effet penser qu'elles ont pu être préparées avec le concours d'éléments extérieurs. Elles ressemblent à la marque de fabrique d'Al-Qaïda.
LCI.fr : Cela pourrait-il expliquer que les terroristes recherchaient des Britanniques et des Américains ?
O.G. : Jusqu'à présent, les Britanniques ont toujours été les bienvenus en Inde, et les Américains perçus de manière neutre. Le prétexte des terroristes est donc surtout indo-indien. Mais ils ont probablement voulu aussi exprimer leur solidarité envers les populations musulmanes aux prises avec le Royaume-Uni et les Etats-Unis dans d'autres pays, principalement l'Afghanistan et l'Irak. Mais encore une fois, restons prudents car cette sympathie de cause n'implique pas forcément des liens avec Al-Qaïda.
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