"Le dalaï lama, un prétexte pour diviser l'Europe"

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT, le 05 décembre 2008 à 13h53 , mis à jour le 05 décembre 2008 à 16h42

Interview - Jean-Vincent Brisset, chercheur à l'Iris, explique que la Chine utilise en fait la rencontre entre Sarkozy et le leader tibétain pour tenter de diviser l'UE.

dalai lama parlement européenLe dalaï lama, au Parlement européen, le 4 décembre 2008 © TF1/LCI

brissetJean-Vincent Brisset est directeur de recherches à l'Institut des relations internationales et stratégiques. Il a notamment occupé le poste d'attaché militaire à l'ambassade de France en Chine pendant trois ans.


LCI.fr : Le dalaï lama a déjà rencontré des dirigeants étrangers, notamment Bush, Brown ou Merkel. Pourquoi la Chine fait-elle une fixation sur la France et Sarkozy ?

Jean-Vincent Brisset :  Même s'il y avait bien sûr des contentieux, notamment économiques, entre les deux pays, il n'y avait pas de fixation avant l'affaire du passage de la flamme olympique à Paris. Pour comprendre pourquoi ils appuient sur la France désormais, il faut connaître la mentalité des Chinois : ils marchent au rapport de force. Quand Bush, Brown ou Merkel rencontrent le dalaï lama, ils le disent clairement, ne changent pas d'avis et ne cherchent pas à s'excuser. Leur politique vis-à-vis de la Chine est donc stable. 
 

"Les Chinois ont
considéré que
la France avait fait 
preuve de vassalité
à leur égard"

Jean-Vincent Brisset

Or celle de la France a toujours été changeante. Par exemple en 1993, quand on a vendu des armes à Taïwan, on a multiplié les excuses. C'est interprété comme un aveu de faiblesse. Après le passage de la flamme, on a recommencé en envoyant trois délégations : tout d'abord une lettre d'excuse de l'ambassadeur, ensuite la visite de Raffarin avec un cadeau, et enfin celle du conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy.

Les Chinois ont alors considéré que la France était un pays faible et qu'elle avait fait preuve de vassalité à leur égard. Comme ils ont peur d'une Europe forte, ils ont trouvé son point faible, qui, cerise sur la gâteau, en est le président en exercice. Et ils prennent comme prétexte la rencontre avec le dalaï lama pour recommencer en tapant encore plus fort.
 
LCI.fr : L'an passé, lors de sa première visite en Chine, vous nous aviez expliqué que les Chinois craignaient Sarkozy (cliquez ici pour lire l'article). Ce n'est donc plus le cas ?
J.-V. B. : Tout à fait. Par rapport à Jacques Chirac, il est arrivé avec un nouveau mode de fonctionnement. En entrant à l'Elysée, il avait une image d'homme fort. Les Chinois le craignaient. Donc ils ont signé des contrats, comme ils le font à chaque fois lorsqu'ils craignent un dirigeant étranger. Aujourd'hui, la situation est totalement différente.                                              
 
LCI.fr : Pourquoi la Chine a-t-elle peur de l'Europe ?
J.-V. B. : La Chine et l'UE ont beaucoup de contentieux économiques, comme la sous-évaluation du yuan, le déficit commercial à l'avantage de Pékin, les quotas ou encore la propriété intellectuelle et la contrefaçon. Face à une Europe unie, sa marge de manœuvre dans les discussions est limitée. Pour l'augmenter, elle doit donc la diviser car une Europe divisée ne réagit pas. Et elle a trouvé cette marge de manœuvre avec la France. Elle peut désormais très bien dire : "Si on ne vous achète pas d'Airbus, c'est à cause du Français". Les attachés commerciaux vont quant à eux faire jouer la concurrence entre la France et par exemple l'Espagne ou l'Italie. Bref, si l'Europe s'unit, elle s'en sortira. Sinon, ce sera coûteux pour tout le monde.
 

"La France doit réagir de manière ferme sur le ton face aux invectives"
Jean-Vincent Brisset
LCI.fr : En pleine crise économique, un nouveau boycott des produits français comme au printemps est-il envisageable alors qu'il touche souvent des employés chinois ?
J.-V. B. : Un boycott de Carrefour est une vitrine très facile et très pratique à mettre en place. Mais, avec le recul, il semble que le boycott du printemps dernier n'ait pas été si néfaste que prévu. Sur ce point, il faut aussi voir la raison cachée. La crise économique provoque une instabilité sociale. Il faut des boucs-émissaires. Le régime a trouvé le sien avec la France.

En fait, s'il y a un boycott, il concerna certainement les ventes d'armes -que la France a voulu relancer au contraire des autres pays européens- et les transferts de technologie. Mais il faut relativiser : les Chinois ont besoin de la France comme acheteurs, mais aussi comme vendeurs.
 
LCI.fr : Quelle sera la marge de manœuvre de la diplomatie française à partir de dimanche, au lendemain de la rencontre ?
J.-V. B. : Elle doit tout d'abord réagir de manière ferme sur le ton face aux éventuelles invectives. Surtout, elle doit se retrancher derrière l'Europe. Les Européens doivent faire passer le message qu'ils ne sont pas contents et qu'ils soutiennent la France. Si l'Europe l'aide et reste donc unie, la Chine cédera. José Manuel Barroso (ndlr : le président de la Commission européenne) est déjà allé dans ce sens.

Par Propos recueillis par Fabrice AUBERT le 05 décembre 2008 à 13:53
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4 Commentaires

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  • Analber, le 05/12/2008 à 16h01

    Je n'ai rien, ni pour,ni contre ce représentant d'un mode de vie d'un autre siècle. Par contre si Monsieur Sarkozy souhaite le rencontrer, c'est son droit, mais qu'il le fasse à titre privé. Car le Dalaï lama n'est actuellement qu'un chef spirituel pas u chef d'Etat. Quant aux mesures de représailles de la Chine envers la France, ceci me fait rire. Car si nous supprimions de nos achats tout ce qui provient de Chine çà ferait beaucoup plus de grabuge en Chine. Ce qu'ils nous importe nt ne représente même pas 1% de leurs importations. Nos entreprises commerciales ou industrielles en Chine les font plus vivre qu'elles nous rapportent. Par contre petit à petit les Chinois viennent de plus en plus directement ouvrir des commerces en France, profiter de nos facultés.... Si nous cessions d'acheter chinois nous aussi , car leur "bon marché" deviendra un jour trop cher. Nous n'aurons plus rien à fabriquer ni à vendre de français et nous serons commercialement et industriellement à leur merci. Personnellement je regarde de près la provenance des produits que j'achète même si je sais qu'il peut y avoir tromperie sur les étiquettes. J'ai acheté un produit marqué "fabriqué en Italie" sur un vêtement et à l'intérieur "made in China".

  • Renaud Bouchard, le 05/12/2008 à 15h19

    La notion de vassalité chinoise est assez floue, puisque l'Annuaire officile du gouvernement chinois classait comme vassaux au XIXè siècle l'Annam, la Birmanie, le Siam, le Laos, l'Angleterre, les Pays-Bas, l'Italie, le Portugal et le Saint-Siège (Eric Dénécé citant J.-P.Ferrier, à propos de la géostratégie chinoise de la Mer de Chine méridionale et des bassins maritimes et de la revendication de la Chine sur les iles Paracels). Si désormais les choses ont changé et que la Chine, ivre de sa puissance économique, ne s'est jamais départie de sa tentation d'exercer sa suzeraineté sur ceux qu'elles considère d'autant plus affaiblis qu'ils furent d'anciennes puissances coloniales, il convient en effet de la détromper et de lui signifier que l'Europe est une et que l'actuel Président de l'Union demeure maître de son agenda et ne saurait à ce titre se voir dicter le choix de ses visiteurs ou invités. La vérité est que ces gens ne connaissent que les rapports de force et que l'Union européenne ne s'en trouvera que plus solide si elle signifie à l'Empire du Milieu que Beijin n'a pas à lui dicter sa diplomatie. On ne peut que souscrire à la clarté de l'analyse de notre ancien Attaché militaire,particulièrement bien placé pour comprendre que l'UE n'a rien à faire des éructations de ??!

  • Tenam, le 05/12/2008 à 15h15

    Quand va -t-on enfin dire au régime criminel chinois; ça suffit ! Il est temps qu'il soit redevable de ses crimes au Tibet, et que les criminels dont le chef Hujin Tao soit jugés! FREE TIBET !

  • Tenam, le 05/12/2008 à 15h13

    Zut ! Va falloir envoyer Rafarin encore une fois !

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