30 ans après, "Douch" premier Khmer rouge enfin jugé

le 17 février 2009 à 05h45 , mis à jour le 17 février 2009 à 16h04

Trente ans après le génocide, un tribunal cambodgien à participation internationale juge le premier responsable présumé des atrocités commises au nom de la révolution communiste.

douch ouverture procès cambodge"Douch", à l'ouverture de son procès, le 17 février 2009 © TF1/LCI
 
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Enfin ! Pour la société cambodgienne, encore traumatisée par le règne des Khmers rouges entre 1975 et 1979 et le génocide qui s'en est suivi -entre 1,5 et 2 millions de morts-, le procès qui s'est ouvert ce mardi à Phnom Penh est une délivrance. Les Cambodgiens ont notamment pu suivre l'événement en direct puisque la télévision a retransmis en direct l'arrivée dans la salle d'audience de l'ex-tortionnaire en chef Kaing Guek Eav, alias "Douch". 

"Cette première audience représente la réalisation d'efforts significatifs dans l'établissement d'un tribunal honnête et indépendant chargé de juger ceux qui occupaient des fonctions de direction dans l'appareil des Khmers rouges", a déclaré le juge Nit Nonn, qui présidait la séance. Le tribunal, composé de juges cambodgiens et internationaux, s'est péniblement mis en place en 2006 après une décennie de tractations entre l'Onu et le gouvernement de Hun Sen, lui-même ancien Khmer rouge mais qui avait dû fuir le pays en 1977. Selon les ONG, Hun Sen a cherché à contrôler le processus des préparatifs judiciaires par crainte que le tribunal n'éclabousse certains membres du pouvoir actuel.

"Pardon"
 
"Douch", aujourd'hui âgé de 66 ans, commandait à l'époque des faits le camp S-21. Baptisé "Tuol Sleng", il s'agissait d'un centre d'interrogatoires établi dans un ancien lycée de Phnom Penh. Plus de 12.380 personnes y ont été torturées avant d'être tuées dans le cadre des vastes purges organisées par l'équipe au pouvoir de Pol Pot. L'accusé -un ancien professeur de mathématiques converti au christianisme dans les années 1990- avait été arrêté en 1999. La cour ayant exclu la peine de mort, il risque au maximum la réclusion à perpétuité.

Après avoir demandé, selon son avocat français Me François Roux, "pardon" à ses victimes la veille, "Douch", vêtu d'une chemise bleue, maigre et petit de taille, s'est assis, le regard impassible, dans le box des accusés installé sur une estrade derrière une immense vitre pare-balles.

Audience préliminaire

La première audience de ce mardi était en fait une audience préliminaire destinée à fixer certaines procédures. Il s'agissait notamment de finaliser la liste des témoins et d'examiner d'éventuelles objections. Me Roux a ainsi rappelé aux juges que son client avait été détenu sans procès pendant "neuf ans, neuf mois et sept jours", situation qu'il a qualifiée "d'inacceptable". "Selon la loi cambodgienne, une personne ne peut être maintenue en détention pendant plus de trois ans", a-t-il lancé, en promettant de soulever la question lorsque les véritables débats commenceront le mois prochain.

La ligne de défense de "Douch" devrait alors être simple : sans nier les faits, il devrait affirmer qu'il n'était qu'un exécutant parmi d'autres et qu'il ne faisait qu'appliquer les ordres de ses supérieurs communistes, sous peine d'être lui éliminé.

Quatre autres procès ?


Après "Douch", dont le procès devrait durer plusieurs mois, quatre autres responsables du régime de Pol Pot (décédé en 1998), au profil plus politique seront jugés à des dates ultérieures. Ils sont quant à eux âgés de 76 à 83 ans et de nombreux Cambodgiens redoutent qu'ils ne meurent avant que justice ne soit rendue.


 

le 17 février 2009 à 05:45
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8 Commentaires

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  • Flo, le 17/02/2009 à 21h21

    Je suis née en France d'un père cambodgien qui a fuit durant la guerre. Il a laissé derrière lui ses parents qui lui avaient promis de le rejoindre mais ils ne sont jamais venus. Il ne fera jamais le deuil de ses parents, il ne sait même pas comment ont-ils été tués, il ne sait même pas où sont les corps. Mon père est traumatisé et n'ose plus se rendre au cambodge, il a peur de ce qu'il va revoir, des souvenirs qu'il va ressentir. C'est un sujet délicat pour lui. Mon père ne pleure jamais sauf quand nous abordons ce sujet. C'est en effet un procès historique mais il ets difficile, ils sont quasis tous des victimes, ceux qui devaient obéir pour savuer leur peau et ceux qui ont subit la torture mais c'est un grand pas pour les millions de gens qui sont morts et pour ceux dont nous ne saurons jamais. Car il n'y a même pas de tombe là-bas, et pas d'état civil, juste des charniers. Je vais suivre le procès de près!

  • Historix, le 17/02/2009 à 17h18

    à MARC qui se demande ce qu'on faisait pendant ce temps , la réponse est: on plantait le drapeau khmer rouge sur la sorbonne ........

  • Fred, le 17/02/2009 à 12h25

    J'espère que ce n'est qu'un début et que les autres seront également poursuivi... afin que les âmes puissent reposer enfin en "paix". Mais avec la corruption, la politique et le gouvernement actuel cela relèverait d'un miracle!

  • Guytou1949, le 17/02/2009 à 11h24

    Juger l autre bord est plus facile que de juger sa propre famille bravo sans doute vos reflexions seront toujours meilleurs et pertinents que vos ennemis!

  • David, le 17/02/2009 à 11h16

    Je suis un cambodgien né en France, j'ai eu de la chance de n'avoir pas vécu le régime des khmers rouges. Pour moi ce procès est essentiel car l'histoire doit connaître le génocide des cambodgiens. Je parles en connaissance de cause car ayant visité la prison et discuté avec la population locale, je peux vous dire que ce traumatisme restera toujours présent.

  • Marc, le 17/02/2009 à 08h03

    Qu'à fait le "monde" (ONU) durant toute cette période d'autodestruction, de massacre et d'ignominie : rien de rien. Qu'on dit nos pseudos intellectuels, artistes, bonnes âmes d'occident ou d'ailleurs : rien. Ce pauvre type devrait être entouré de tous ces crapauds qui ont participé "intellectuellement" à l'avènement de ce régime "libérateur". Pour se faire, il suffit de relire les articles ou les commentaires de l'époque. Heureusement pour eux, nous avons une mémoire de poisson rouge (aucune) et les journalistes d'investigation n'ont aucune envie de se trouver de facto qualifiés au mieux de démago au pire de facho par nos biens pensants survivants ou leurs héritiers.

  • La debacle, le 17/02/2009 à 07h54

    A 500.000.00 personnes tuees pres, il faut rire ou pleurer ou......

  • Le Citoyen, le 17/02/2009 à 07h34

    C'est trop tard... beaucoup trop tard. Aujourd'hui, bourreaux et victimes vivent désormais côte à côte. Certains sont même devenus amis. Qui étaient les bourreaux, qui étaient les victimes, au fond ? Ils étaient tous victimes. Un procès nécessaire pour l'Histoire. Mais inutile.

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