"Douch", à l'ouverture de son procès, le 17 février 2009 © TF1/LCI
Cambodge : Douch, l'ancien Khmer rouge, écope de la perpétuité
Le directeur de la prison de Phnom Penh sous le régime cambodgien des Khmers rouges, où 15.000 personnes ont été torturées et exécutées, a été condamné en appel à la perpétuité vendredi.
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Enfin ! Pour la société cambodgienne, encore traumatisée par le règne des Khmers rouges entre 1975 et 1979 et le génocide qui s'en est suivi -entre 1,5 et 2 millions de morts-, le procès qui s'est ouvert ce mardi à Phnom Penh est une délivrance. Les Cambodgiens ont notamment pu suivre l'événement en direct puisque la télévision a retransmis en direct l'arrivée dans la salle d'audience de l'ex-tortionnaire en chef Kaing Guek Eav, alias "Douch".
"Cette première audience représente la réalisation d'efforts significatifs dans l'établissement d'un tribunal honnête et indépendant chargé de juger ceux qui occupaient des fonctions de direction dans l'appareil des Khmers rouges", a déclaré le juge Nit Nonn, qui présidait la séance. Le tribunal, composé de juges cambodgiens et internationaux, s'est péniblement mis en place en 2006 après une décennie de tractations entre l'Onu et le gouvernement de Hun Sen, lui-même ancien Khmer rouge mais qui avait dû fuir le pays en 1977. Selon les ONG, Hun Sen a cherché à contrôler le processus des préparatifs judiciaires par crainte que le tribunal n'éclabousse certains membres du pouvoir actuel.
"Pardon"
"Douch", aujourd'hui âgé de 66 ans, commandait à l'époque des faits le camp S-21. Baptisé "Tuol Sleng", il s'agissait d'un centre d'interrogatoires établi dans un ancien lycée de Phnom Penh. Plus de 12.380 personnes y ont été torturées avant d'être tuées dans le cadre des vastes purges organisées par l'équipe au pouvoir de Pol Pot. L'accusé -un ancien professeur de mathématiques converti au christianisme dans les années 1990- avait été arrêté en 1999. La cour ayant exclu la peine de mort, il risque au maximum la réclusion à perpétuité.
Après avoir demandé, selon son avocat français Me François Roux, "pardon" à ses victimes la veille, "Douch", vêtu d'une chemise bleue, maigre et petit de taille, s'est assis, le regard impassible, dans le box des accusés installé sur une estrade derrière une immense vitre pare-balles.
Audience préliminaire
La première audience de ce mardi était en fait une audience préliminaire destinée à fixer certaines procédures. Il s'agissait notamment de finaliser la liste des témoins et d'examiner d'éventuelles objections. Me Roux a ainsi rappelé aux juges que son client avait été détenu sans procès pendant "neuf ans, neuf mois et sept jours", situation qu'il a qualifiée "d'inacceptable". "Selon la loi cambodgienne, une personne ne peut être maintenue en détention pendant plus de trois ans", a-t-il lancé, en promettant de soulever la question lorsque les véritables débats commenceront le mois prochain.
La ligne de défense de "Douch" devrait alors être simple : sans nier les faits, il devrait affirmer qu'il n'était qu'un exécutant parmi d'autres et qu'il ne faisait qu'appliquer les ordres de ses supérieurs communistes, sous peine d'être lui éliminé.
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