© ReutersJusqu'où iront les talibans au Pakistan ? Face à l'impuissance de l'armée et des autorités, président Asif Ali Zardari compris, ils progressent lentement mais sûrement vers Islamabad, la capitale. Les accords de cessez-le-feu locaux signés en échange de la mise en place de la charia, comme dans la vallée du Swat, dans le nord-ouest du pays, n'y changent rien. L'arrêt des hostilités est en effet rarement respecté par les miliciens islamistes. Et chaque nouvelle reprise des combats leur est favorable.
Cette semaine, le coup de semonce est venu du district de Buner, toujours au nord-ouest. Les talibans de la vallée du Swat, rompant leur promesse, y sont entrés, sans véritable résistance de l'armée. Ils se sont ensuite emparés de bâtiments officiels, d'ONG et de mosquées. Pour montrer leur force, ils patrouillent désormais dans les rues à bord de pick-up et de 4x4 équipés d'armes légères et de lance-roquettes. Ils ont également établi des barrages filtrants sur les principaux axes de circulation. Vendredi matin, alors que l'armée a envoyé des renforts à Buner, ils ont néanmoins commencé à se retirer de la ville.
Etat nucléaire
Même si ce retrait était mené à bien, sans retour ultérieur, il ne changerait pas fondamentalement la nouvelle situation. Buner est en effet situé à environ une centaine de kilomètres d'Islamabad. Le temps où les talibans étaient confinés dans la zone tribale à la frontière avec l'Afghanistan, secteur servant de base arrière contre les forces de l'Otan soutenant le régime en place à Kaboul, est désormais bel et bien révolu. Face à cette inexorable progression, le danger de la prise de la capitale et de l'installation des talibans au pouvoir est donc de plus en plus réel. Avec tout ce qui s'en suit puisque le Pakistan possède l'arme nucléaire.
Les Etats-Unis, qui ont fait du Pakistan le point névralgique de la lutte contre le terrorisme, avant même l'Afghanistan, ont tiré le signal d'alarme. "Nous sommes extrêmement inquiets et c'est une affaire qui occupe beaucoup du temps de Barack Obama", reconnaît Robert Gibbs, le porte-parole de la Maison-Blanche."Ce qui se passe au Pakistan et en Afghanistan est le sujet de préoccupation central de cette administration", souligne-t-il, en rappelant que c'était la raison pour laquelle le président américain avait intégré le Pakistan à sa nouvelle stratégie pour l'Afghanistan. De son côté, Hillary Clinton, la ministre des Affaires étrangères, accuse le gouvernement pakistanais d'avoir "abdiqué" et prévient que l'existence même de l'Etat pakistanais est désormais "menacée".
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