Kim Jong-il, le leader nord-coréen à Pyongyang. © TF1/LCIValérie Niquet est la directrice du centre Asie à l'Ifri (Institut français des relations internationales).
LCI.fr : Quel message veut faire passer Pyongyang en procédant à ce nouvel essai ?
Valérie Niquet : Il faut lire cet essai à deux niveaux. Tout d'abord, vis à vis de l'extérieur. Sur ce point, il traduit la volonté de Pyongyang de réaffirmer auprès de la communauté internationale, et notamment de la nouvelle administration américaine, sa capacité de nuisance et donc de négociations. Le but est de faire monter les enchères dans l'hypothèse d'une reprise des pourparlers à Six (ndlr : Corée du Nord, Corée du Sud, Etats-Unis, Chine, Russie, Japon).
Ensuite, au niveau intérieur, il faut s'interroger jusqu'à quel point cet essai s'inscrit dans la lutte d'influence qui a lieu au sein du pouvoir nord-coréen lui-même. Depuis son accident cérébral présumé, Kim Jong-il est fragilisé pour imposer ses possibles successeurs. Son fils est notamment contesté par l'armée. En procédant à ce tir, il entend réaffirmer sa prédominance sur les militaires.
LCI.fr : Lequel de ces deux messages est le plus important ?
V.N. : Il est impossible de répondre à cette question.
LCI.fr : Sur le plan extérieur, ce tir est donc un test envers Barack Obama.
V.N. : Cet essai est en effet une provocation envers l'administration américaine. Jusqu'ici, Washington n'a pas encore défini une politique précise envers la Corée du Nord. Barack Obama, ayant déjà d'autres problèmes (la crise économique, le Proche-Orient, l'Iran) à gérer, espérait pouvoir laisser la question nord-coréenne de côté un certain temps. Cela va être difficile désormais. Il va devoir prendre une position claire sur le sujet rapidement.
"Des sanctions de l'Onu auraient un effet limité"
LCI.fr : Plus globalement, de quelles marges de manœuvre l'Onu et la communauté internationale disposent-elles ?
V.N. : Le Conseil de sécurité et les pays impliqués dans les négociations à Six vont être convoqués. Le premier va sans doute proposer de nouvelles sanctions. Contrairement au mois dernier après la mise en orbite d'un satellite, elles devraient d'ailleurs être adoptées car la Chine ne devrait cette fois pas menacer de mettre son veto. Mais ces sanctions auront un effet limité sur le plan économique puisque la Chine tient son allié à bout de bras dans ce domaine.
LCI.fr : Une abstention de la Chine lors du vote des sanctions au Conseil de sécurité marquerait-elle un tournant ?
V.N. : C'est difficile à dire. Cet essai pourrait en effet amener Pékin à réviser sa position. Jusqu'à présent, la Chine a toujours défendu la Corée du Nord en affirmant qu'elle pouvait l'amener à infléchir sa position lors des négociations. Ce discours sera moins valable désormais. Pékin va donc devoir choisir entre soutenir son allié à n'importe quel prix ou bien le presser (ndlr : en attendant la réunion du Conseil de sécurité, la Chine s'est déjà dite "opposée" à l'essai et demande à Kim Jong-il de ne pas "envenimer la situation").
Sur ce point encore, les luttes de pouvoir à l'intérieur du régime nord-coréen sont à prendre en compte pour expliquer l'essai nucléaire. La volonté de Kim Jong-il de prouver qu'il ne se laisse pas dicter sa conduite par Pékin peut l'avoir amené à cette stratégie de provocation qui pourrait en fait nuire aux intérêts nord-coréens à long terme.
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