L'attentat anti-français de Karachi en 2002 © TF1/LCIY a-t-il eu des opérations de représailles des services secrets français contre des militaires pakistanais après l'attentat du 8 mai 2002 à Karachi ? L'hypothèse figure dans le dossier de l'enquête que mènent deux juges français sur cette action qui fit en tout 14 morts dont 11 appartenant à la Direction des constructions navales. Pour Me Olivier Morice, avocat des familles de victimes, l'existence de ces représailles, si elle se confirmait, démontrerait que l'Etat savait dès le départ que l'attaque de Karachi ne pouvait pas être imputée à des activistes islamistes. Cette piste a pourtant été longtemps privilégiée et ce n'est que récemment que les juges français ont évoqué celle d'une mesure de rétorsion pakistanaise en marge d'un contrat d'armement passé avec la France.
Selon au moins un témoignage et un document versés au dossier, des agents français ont mené une action armée contre des militaires pakistanais tenus pour responsables de l'attentat. Citant des sources non identifiées, le journal Libération a affirmé que les agents de la DGSE ont "cassé les jambes" de trois amiraux pakistanais et ont tué un officier de rang inférieur. Ce bilan supposé ne figure cependant pas au dossier judiciaire.
"Invraisemblable que les familles n'aient pas été prévenues"
Les pièces du dossier semblent laisser penser que l'action de la DGSE aurait été menée après l'attentat, mais elle pourrait aussi l'avoir précédé, les militaires pakistanais menaçant à ce moment les autorités françaises pour qu'elles paient des sommes estimées dues sur un contrat d'armement. Mais dans tous les cas, selon Me Olivier Morice, "c'est invraisemblable que les familles n'aient pas été prévenues. Si l'action a été menée avant l'attentat, on aurait pu prendre des mesures pour protéger nos ressortissants. Si c'est après, l'Etat français savait que l'attaque n'était pas un attentat terroriste". Me Morice entend demander dès la semaine prochaine aux magistrats des auditions dans le milieu de la défense nationale et veut qu'ils entendent aussi des responsables politiques.
La version d'un attentat mené par des activites islamistes a été soutenue officiellement par la France et le Pakistan pendant sept ans. Deux islamistes condamnés à mort en 2003 au Pakistan ont cependant été acquittés en appel en mai. Les deux juges d'instruction chargés de l'affaire, Yves Jannier et Marc Trévidic, ont officiellement informé les victimes jeudi qu'ils privilégiaient le scénario d'une implication des services pakistanais. Selon des participants à la réunion, le juge Marc Trévidic leur a déclaré que la piste d'une opération commanditée par des militaires pakistanais était "cruellement logique".
Les juges disposent d'éléments matériels démontrant que le paiement de commissions, légal à l'époque, avait été convenu au moment de la signature en 1994 entre la DCN et le Pakistan d'un contrat sur la livraison de sous-marins Agosta. D'autres pièces du dossier montrent que le paiement de ces commissions a été interrompu en 1996 sur ordre de Jacques Chirac, devenu alors chef de l'Etat. Enfin, les juges ont obtenu la transmission à leur procédure des documents d'une autre enquête visant la DCN, où est soupçonné un financement de la campagne présidentielle d'Edouard Balladur en 1995 via les marchés d'armement, selon une source proche du dossier. L'hypothèse est donc que l'arrêt des paiements de commissions au Pakistan serait lié au fait que Jacques Chirac avait découvert un retour d'argent ayant profité à Edouard Balladur, son rival malheureux à la présidentielle de 1995.
D'après agence
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