Nicolas Sarkozy, le 19 juin 2009 © TF1/LCIL'enquête sur l'attentat contre la DCN à Karachi, qui avait longtemps privilégié la piste islamiste, s'oriente vers un contentieux franco-pakistanais, sur fond de contrats d'armements et de présumées rétro-commissions qui auraient pu financer la campagne d'Edouard Balladur. Le mobile de l'attentat, qui avait fait 14 morts le 8 mai 2002, dont 11 ingénieurs des arsenaux d'Etat DCN, "apparaît lié à un arrêt des versements de commissions" de la France au Pakistan dans le cadre de la vente de sous-marins en 1994, a ainsi indiqué jeudi Me Olivier Morice, avocat de familles de victimes, à l'issue d'une rencontre entre celles-ci et les juges antiterroristes Marc Trévidic et Yves Jannier. Mais cette enquête menace les relations entre Paris et le Pakistan, allié clé des Occidentaux dans la lutte contre l'islamisme radical. Et Nicolas Sarkozy, qui fut ministre du Budget dans le gouvernement Balladur en 1993-1995 et directeur de sa campagne à la présidentielle de 1995, est indirectement concerné.
La question a été évoquée vendredi devant Nicolas Sarkozy, qui tenait une conférence de presse à Bruxelles sur le sommet européen. Le chef de l'Etat a réagi par un démenti catégorique : "Ecoutez, franchement, c'est ridicule, (...) C'est grotesque, voilà. Respectons la douleur des victimes. Qui peut croire à une fable pareille ?". Avant d'interpeller les journalistes : "Si vous avez des éléments, donnez-les à la justice et demandez à la justice qu'ils enquêtent, qu'est-ce que vous voulez que je réponde là dessus ?". La veille, Edouard Balladur avait réagi sur France Télévisions en indiquant que s'il "y a eu effectivement des accords qui ont été passés avec le gouvernement pakistanais", à sa connaissance "tout cela était parfaitement régulier". Et il avait engagé toute personne qui aurait "un témoignage, une preuve à apporter" à saisir la justice.
Aucune preuve matérielle de rétro-commissions
Des éléments, les juges en possèdent : il s'agit notamment de documents commerciaux et d'auditions de témoins. D'autres éléments laisseraient penser que la France et notamment ses services secrets, la Direction générale de la sécurité extérieure, connaissaient ce scénario d'une vengeance pakistanaise depuis longtemps. L'hypothèse que la rivalité entre Edouard Balladur et Jacques Chirac dans la course à l'élection présidentielle de 1995 soit à l'origine lointaine de l'affaire est examinée. Et les contrats commerciaux franco-pakistanais de 1994 relatifs à la vente de sous-marins Agosta par la DCN, la Direction des constructions navales, notamment ceux prévoyant le versement officiel, légal à l'époque, de commissions, sont au dossier de l'instruction, souligne-t-on de source judiciaire.
Les magistrats Marc Trévidic et Yves Jannier disposent en outre d'éléments laissant penser que d'autres accords secrets ont été passés concernant des paiements secrets à des officiels pakistanais, dit-on de source judiciaire. Mais ils ne disposent en revanche d'aucune preuve matérielle de l'existence éventuelle d'un accord sur des "rétro-commissions", un retour de l'argent en France.
Or cet élément est au coeur du dossier, puisque les paiements promis auraient été interrompus par Jacques Chirac après son élection à l'Elysée en 1995 contre Edouard Balladur, qu'il soupçonnait d'avoir financé sa campagne présidentielle avec cet argent généré par la vente des sous-marins. L'attentat a été commis trois jours après la réélection de Jacques Chirac. Cette hypothèse des "rétro-commissions" est émise dans un rapport anonyme secret et interne à la DCN, daté de septembre 2002, et saisi par hasard dans une autre enquête. Il a été versé au dossier sur l'attentat en octobre 2008. Les juges Trévidic et Jannier en ont identifié l'auteur et l'ont auditionné le 14 mai, a écrit vendredi le site Médiapart. Il s'agirait de Claude Thévenet, un ancien agent de la Direction de la surveillance du territoire (DST, contre-espionnage), donc un spécialiste du renseignement.
D'après agence
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