Forces de sécurité déployées après les troubles ethniques à Urumqi, au Xinjiang (7 juillet 2009) © TF1/LCIUne nouvelle fois mercredi, la Chine a déployé des moyens de sécurité impressionnants pour prévenir toute flambée de violence à Urumqi. Sans empêcher pour autant des groupes de se constituer dans les rues pour un face-à-face tendu avec la police, après trois jours de confusion qui ont vu tour à tour les Ouïghours, ethnie traditionnellement implantée dans cette région, musulmane et turcophone, et les Hans, ethnie majoritaire sur l'ensemble du pays, se livrer à des violences et à des intimidations lors des pires troubles interethniques qu'ait connus depuis longtemps la capitale régionale du Xinjiang.
Le coeur de la ville est quadrillé par les soldats et policiers, armés de fusils automatiques surmontés d'une courte baïonnette, chargés de séparer, avec plus ou moins d'efficacité, les membres des deux communautés qui en viendraient aux mains. Les Hans avaient été la cible d'émeutiers ouïghours dimanche soir lors de violences qui, outre les 156 morts, ont aussi fait plus d'un millier de blessés, selon un bilan officiel. Ils ont à leur tour envahi les rues d'Urumqi mardi, armés de bâtons, de pelles et de machettes, clamant leur colère et leur soif de vengeance contre les Ouïghours.
Le poids économique croissant des Han
Les frictions interethniques sont traditionnellement vives dans cette région de vingt millions d'habitants, majoritairement musulmans, issus de différentes communautés ethniques (Ouïghours, mais aussi Kazakhs, Kirghizes, Tadjikes, Ouzbeks, Mongols notamment). Les troubles actuels sont toutefois les plus graves depuis plusieurs décennies et ont poussé le président Hu Jintao à interrompre son voyage officiel en Italie, où il devait aussi participer jeudi au deuxième jour des travaux du G8. Il est arrivé mercredi à l'aube en Chine.
De nombreux Ouïghours supportent mal le poids économique croissant des Han, majoritaires dans certaines villes dont Urumqi, et le contrôle du pouvoir central sur la religion et la culture. Le pouvoir central consacre des fonds importants à l'exploitation des riches gisements de pétrole et de gaz de la province, ainsi qu'à la protection de sa zone frontalière bordée par le Pakistan, l'Afghanistan et l'Asie centrale. Mais les Ouïghours, qui avaient lancé une série d'attaques durant la préparation des Jeux Olympiques de Pékin l'an dernier, considèrent que les Han en sont les principaux bénéficiaires.
Après les émeutes meurtrières de dimanche, Pékin a imputé les violences aux indépendantistes en exil, visant en particulier Rebiya Kadeer, avocate de la cause ouïgoure qui vit aux Etats-Unis. Dans une tribune publiée mercredi par l'Asian Wall Street Journal, cette dernière a condamné les violences, d'où qu'elles viennent, et a de nouveau rejeté la responsabilité des troubles. "Des années de répression chinoise des Ouïghours, qui ont culminé avec la confirmation que les autorités chinoises ne se souciaient pas de l'état de droit lorsque des Ouïghours sont concernés, sont la cause du malaise actuel des Ouïghours", écrit-elle. Une situation face à laquelle la communauté internationale ne peut rester silencieuse mais qui n'a suscité de la part de l'Europe qu'une réaction embarrassée : l'UE, "profondément préoccupée" par les troubles, a appelé mardi "toutes les parties" à la retenue. Pour sa part, le Vietnam a franchement apporté son soutien à son allié communiste chinois, en estimant que Pékin prenait les mesures "appropriées" pour faire face aux troubles. Et pour la Russie, les émeutes au Xinjiang sont une affaire intérieure chinoise.
D'après agences
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