Bowe Bergdhal, le soldat américain capturé en Afghanistan par les talibans (vidéo du 19 juillet 2009) © ReutersGeneviève Gobillot est professeur en civilisation arabo-musulmane à l'Université de Lyon-III. Elle est notamment co-auteur du livre Idées reçues : le Coran (Editions Le Cavalier Bleu).
LCI.fr : Les talibans ont institué une "Charte de l'émirat d'islamique en Afghanistan" qui régit notamment leur code militaire. Que dit le Coran à ce sujet ?
Geneviève Gobillot : Il y a très peu d'éléments dans le Coran qui puissent répondre à des
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| Le manuel distribué aux talibans en Afghanistan |
En outre, au cours des siècles, ces rares éléments ont été soumis à beaucoup d'interprétations diverses, voire parfois contradictoires. En effet, au-delà du Coran lui-même, elles se sont appuyées sur les traditions de la Sunna, dont certaines allaient dans des voies encore bien différentes. Enfin, ces traditions, extrêmement nombreuses, ont donné lieu à des interprétations diverses de la part des juristes et des théologiens. De surinterprétation en surinterprétation, tous ces processus se sont très souvent éloignés considérablement du sens voulu par le Coran lui-même.
LCI.fr : Le Coran autorise-t-il les musulmans à prendre des otages, voire à les exécuter, comme le permet la Charte des talibans ?
G.G. : A aucun moment le Coran ne parle explicitement de prise d'otages, encore moins de les exécuter. Un seul passage pourrait éventuellement se référer à la capture d'adversaires. Il s'agit du verset 4 de la sourate 47 : "Lorsque vous rencontrez (ndrl : le verbe utilisé peut vouloir dire : "se trouver face à face" au sens où des combattants se rencontrent) des incrédules frappez-les à la nuque jusqu'à ce que vous les réduisiez à merci. Liez-les alors solidement ; puis vous choisirez entre leur libération et leur rançon afin que cesse la guerre". Plus qu'une prise d'otage, ce verset semble faire allusion à l'autorisation de faire des prisonniers et de négocier leur libération de la manière la plus efficace pour l'arrêt des combats. En aucun cas, il n'est question dans le Coran de tuer des prisonniers.
| "Au regard du Coran et de la tradition, le mollah Omar ne représente que ses hommes" |
| Geneviève Gobillot, professeur |
LCI.fr : Pour les talibans, les otages sont désignés par le terme "infidèle guerrier". Cela correspond-t-il uniquement à un militaire ou bien également à un civil (membre d'une ONG, journaliste, diplomate...) ?
G.G. : Dans le Coran, le guerrier, c'est celui qui combat avec les armes. C'est également le cas dans la tradition, qui n'extrapole pas le guerrier aux civils. Les talibans ont-ils étendu ce principe ? Difficile de répondre catégoriquement sans connaître parfaitement le contexte.
LCI.fr : Le mollah Omar s'est de fait autoproclamé chef des talibans. Au-delà de ses hommes, quelle valeur a cette déclaration ?
G.G. : Il est évident qu'elle ne peut en avoir que pour ceux qui le reconnaissent. Il y a en islam depuis les premiers temps une tradition d'élection du responsable politique. Par exemple, pour ce qui concerne le califat, institution référentielle de l'islam historique, il fallait que le candidat soit reconnu par de "grands électeurs" représentant chacun une faction, une province ou une région concernées par son autorité.
En outre, eu égard à la théologie coranique, les qualités requises pour un responsable doivent être la sagesse, la science, l'interprétation juste des Ecritures, la magnanimité, le pardon, le refus de toute violence, en particulier lorsqu'il s'agit de religion. Ceux qui veulent exercer une autorité répondent-ils à ces critères ? C'est en fait à l'ensemble des musulmans qui se trouvent ou s'estiment directement touchés par cette question d'y répondre, pas seulement aux fidèles des personnes concernées.
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