Préparatifs d'un bureau de vote à Kaboul, pour la présidentielle afghane d'août 2009 © Reuters
Karim Pakzad est chercheur associé à l'Institut des relations internationales et stratégiques. D'origine afghane, il était notamment professeur de sciences politiques à l'Université de Kaboul dans les années 70.LCI.fr : Fallait-il maintenir ces élections présidentielle et provinciales malgré la situation chaotique qui prévaut en Afghanistan, avec des talibans contrôlant de fait une bonne partie du pays ?
Karim Pakzad : Oui. Tout d'abord, reporter, ou pire, annuler, le scrutin n'aurait pas servi à mieux
mener la guerre par la suite. Et cela aurait surtout été admettre la victoire des talibans puisqu'ils clament depuis plusieurs mois qu'ils vont tenter de perturber ces élections.
Enfin, il faut rappeler que le mandat d'Hamid Karzaï a déjà été prolongé de plusieurs mois. Il était impossible de le reconduire indéfiniment. Au-delà de ses déboires sur la sécurité, la communauté internationale aurait alors admis avoir échoué dans la mise en place d'un gouvernement stable et d'un Etat de droit.
LCI.fr : La dernière menace des talibans, celle d'attentats contre les bureaux de vote et les votants, va-t-elle dissuader les électeurs, à qui on apposera de l'encre sur la main s'ils accomplissent leur devoir ?
K.P. : Il est certain que dans certaines régions, notamment le Sud, où les talibans sont bien implantés, il faudra être courageux pour aller voter. D'ailleurs, signe de leur puissance, dans environ 10% du pays, les bureaux de vote ne pourront pas ouvrir car la sécurité n'y sera pas assurée. On s'attend ainsi à une participation d'environ 55-60%, loin des 74% de 2004 quand l'environnement était plus calme. Mais au-delà de la menace des talibans, le scrutin
| "Karzaï n'a tenu aucune de ses promesses" |
| Karim Pakzad, chercheur à l'Iris |
suscite également beaucoup moins d'intérêt dans la population.
LCI.fr : Pourquoi ?
K.P. : L'échec de Hamid Karzaï et plus globalement de la communauté internationale. Le président n'a tenu aucune de ses promesses, il s'est montré incapable d'endiguer la corruption, il ne possède aucun projet à long terme pour le pays. Comme il a été soutenu par la communauté internationale, il en représente de fait également son échec. Tout ceci explique d'ailleurs la montée en puissance du principal candidat de l'opposition, Abdullah Abdullah.
LCI.fr : Se dirige-t-on vers un second tour ?
K.P. : Oui, Pourtant, Hamid Karzaï a fait alliance avec de nombreux chefs de guerre, comme le général Dostom, accusé de crimes de guerre -un choix même critiqué par les Etats-Unis. La plupart s'étaient d'ailleurs présentés contre lui en 2004. Mais il est néanmoins quasiment acquis qu'Abdullah Abdullah obtienne environ 30% et pousse donc Hamid Karzaï à ce second tour. Ce qui serait un désaveu à la fois pour lui et aussi pour la communauté internationale et les Etats-Unis. Ils ont d'ailleurs pris leurs distances en le soutenant moins ouvertement qu'en 2004. Enfin, Abdullah Abdullah présente un projet politique ambitieux.
LCI.fr : Hamid Karzaï sortira-t-il affaibli d'un second tour ?
K.P. : Oui. Pour obtenir l'appui des seigneurs de guerre, il leur a promis beaucoup, notamment des ministères. Il devra respecter ses engagements pour garder leur appui. Son futur gouvernement sera logiquement moins cohérent, donc plus faible, que le précédent.
| "Il faudra négocier avec les talibans" |
| Karim Pakzad, checheur à l'Iris |
LCI.fr : Certains affirment déjà, que quoi qu'il arrive, la guerre contre les talibans est perdue. Sont-ils trop pessimistes ?
K.P. : Une chose est sûre : cette guerre ne se gagnera pas sur le plan militaire. La stratégie mise en place par George W. Bush, validée par l'Otan et la France, a débouché sur un échec. Barack Obama a légèrement modifié cette stratégie, en admettant que les Etats-Unis ne pourront pas rester éternellement sur place, qu'on ne peut pas trouver une solution contre les Afghans ou encore en limitant les bombardements aveugles de l'aviation qui ont fait de nombreuses victimes civiles pour privilégier les interventions au sol. C'est la seule manière pour conquérir le "cœur et l'esprit des Afghans", selon la formule consacrée.
Mais la vraie solution réside dans la négociation avec les talibans. Elle sera inévitable à un moment ou à un autre. Reste à savoir dans quelles conditions se dérouleront ces négociations. Les autorités doivent y arriver en position de force. Or, aujourd'hui, c'est tout le contraire, avec un gouvernement faible et des talibans en progression. Il faut donc mettre en place un Etat fort, représenté par un gouvernement fort, soutenue par une armée forte avant de se mettre autour d'une table. Cela passera notamment par des pressions sur le Pakistan.
Hamid Karzaï favori par défaut |
Environ 17 millions d'Afghans sont appelés aux urnes ce jeudi pour le premier tour de la seconde élection présidentielle de leur histoire après celle de 2004. Après des tractations avec ses anciens ennemis, Hamid Karzaï, le sortant, porté au pouvoir par l'Occident, part favori face à une quarantaine d'adversaires. Le plus sérieux est donc Abdullah Abdullah, son ancien ministre des Affaires étrangères. Les résultats préliminaires seront annoncés le 3 septembre, |
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