Femmes votant à Kaboul pour la présidentielle afghane, le 20 août 2009 © ReutersNotre interview exclusive : |
Malgré les incessantes menaces des talibans, le seconde élection présidentielle de l'histoire de l'Afghanistan, doublée d'un scrutin provincial, a débuté ce jeudi. Les 6.000 bureaux de vote ont ouvert à 7h, heure locale. Quelque 17 millions d'Afghans, protégés par 300.000 hommes des armées afghane et étrangères, placées en alerte maximale, sont appelés à accomplir leur devoir civique, A la mi-journée, la Commission électorale estimait que la participation pourrait s'établir à 50% (contre 75% en 2004). Néanmoins, dans le Sud, bastion des talibans, les bureaux de vote étaient déserts.
De nombreux incidents ont été répertoriés un peu partout dans le pays, mais pas plus qu'un autre jour. A Kaboul, quadrillée par un impressionnant dispositif de barrage de policiers qui fouillaient véhicules, conducteurs et passants, deux insurgés ont ainsi été tués dans une fusillade avec les forces de l'odre. Des tirs de roquettes qui n'ont fait que quelques blessés et l'explosion de bombes de faible puissance ont également émaillé le début du scrutin dans plusieurs villes, mais sans le perturber outre mesure.
Encre indélébile
Aucune attaque directe contre un bureau de vote n'a notamment été signalée. Sans viser spécifiquement les électeurs, des rebelles ont cependant empêché les opérations de se dérouler à Baghlan, dans le nord, où d'intenses combats, ayant fait une vingtaine de morts, les ont opposé aux forces de l'ordre.
Deux bémols néanmoins : les journalistes ne sont pas autorisés à parler des incidents, sous peine d'expulsion. Les électeurs risquent d'être quant à eux la cible de la milice islamiste dans les jours qui viennent, puisque, afin d'éviter les fraudes, une encre indélébile est apposée sur leur main.
Deuxième tour ?
Sur le plan strictement politique, les électeurs ont à choisir parmi 41 candidats à la présidence et 3196 prétendants aux 420 sièges des 34 conseils de provinces, des parlements locaux chargés de faire le lien entre le gouvernement de Kaboul et la population. Porté au pouvoir à la fin 2001 avec le soutien des Etats-Unis, puis élu en 2004, le président sortant Hamid Karzaï est le favori du scrutin présidentiel, mais pourrait, selon les analystes, être contraint à disputer un deuxième tour face à son ancien ministre des Affaires étrangères Abdullah Abdullah.
Les insurgés islamistes ont menacé d'attaquer les bureaux de vote jeudi, dénonçant une "imposture orchestrée par les Etats-Unis". Washington a mené fin 2001 la coalition qui a chassé les talibans du pouvoir et fournit deux tiers des 100.000 forces étrangères déployées dans le pays. S'ils ne peuvent rivaliser directement avec les forces afghanes et internationales, les rebelles peuvent, avec des attaques ciblées, effrayer les électeurs et favoriser une forte abstention qui discréditerait les élections. Et, au-delà de la menace des insurgés, dans un pays dévasté par plus de 30 ans de guerre et aux traditions peu démocratiques, de possibles achats de vote, manipulations des listes électorales et pressions diverses menacent la crédibilité du scrutin.
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