Bureau de vote à Kaboul pour la présidentielle afghane, le 20 août 2009 © Reuters > Notre interview exclusive : |
Ce jeudi était la journée de la peur en Afghanistan : les talibans allaient-ils perturber la présidentielle, doublée d'élections provinciales, en attaquant les bureaux de vote et les électeurs, comme ils l'avaient annoncé en début de semaine ? Et face à cette menace, les Afghans, déjà peu enthousiasmés par un scrutin qui devrait reconduire le président sortant Hamid Karzaï malgré son faible bilan, allaient-ils se déplacer ?
Finalement, la grande majorité des 17 millions d'électeurs ont eu la possibilité d'accomplir leur devoir de citoyen sans trop de problème, compte-tenu évidemment de la situation. 95% des bureaux de vote, protégés par 300.000 hommes de l'armée afghane et de la coalition internationale ont pu ouvrir, contre une estimation de 90%. Certes, de nombreux incidents mineurs ont été répertoriés un peu partout dans le pays -135 au total, faisant 26 morts-, mais pas réellement plus qu'un autre jour.
Encre indélébile
L'incident le plus notable s'est déroulé à Baghlan, une petite localité du Nord du pays. Sans viser spécifiquement les électeurs, des rebelles y ont indirectement empêché les opérations de vote en raison d'un affrontement avec la police. A Kaboul, où les talibans avaient réussi à perpétrer deux attentats ces derniers jours, un impressionnant dispositif de barrage de policiers qui fouillaient véhicules, conducteurs et passants avait été mis en place. Deux insurgés y ont été tués dans une fusillade avec les forces de l'ordre. Des tirs de roquettes, qui n'ont fait que quelques blessés, et l'explosion de bombes de faible puissance ont également émaillé le début du scrutin dans plusieurs villes. Enfin, dans l'Ouest, les talibans ont réussi à incendier trois bureaux de vote à Zirkoh, dans le district de Shindand. Les bulletins ont tous brûlés, mais personne n'a été blessé.
Trois bémols néanmoins : les journalistes n'étaient pas autorisés à parler des incidents, sous peine d'expulsion et il leur était très difficile d'obtenir des informations sur les événements se déroulant en dehors de Kaboul, notamment dans le Sud, bastion des talibans. Dans cette région, les bureaux de vote étaient d'ailleurs quasi-déserts selon les témoignages. Les électeurs risquent enfin d'être la cible de la milice islamiste dans les jours qui viennent, puisque, afin d'éviter les fraudes, une encre indélébile a été apposée sur leur index.
50% de participation ?
Reste donc désormais l'inconnue de la participation. En 2004, alors que la situation était calme et que la première présidentielle de l'histoire du pays enthousiasmait, elle avait été de 75%. Cette année, avec la menace talibane et la désillusion après un mandat d'Hamid Karzaï jugé très décevant, elle devrait à peine atteindre les 50%. Sans attendre les chiffres officiels, le gouvernement s'en dit "satisfait".
Le résultat de ce premier tour sera connu courant septembre. Le deuxième tour éventuel est programmé le 1er octobre.
L'analyse de l'envoyée spéciale de TF1 à Kaboul :
L'Occident satisfait |
L'Occident s'est félicité de la tenue d'élections historiques, saluant une victoire de la démocratie, malgré des informations faisant état d'une faible participation et des craintes concernant une possible vengeance des talibans. Le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, juge "encourageant" le déroulement des élections. "Il y a eu plus de bureaux de vote d'ouverts que nous le pensions. C'est une preuve claire que le peuple afghan veut la démocratie, veut la liberté, et rejette le terrorisme", estime-t-il. "C'est un succès du point de vue de la sécurité", ajoute-t-il. Les Etats-Unis ont également rendu hommage aux Afghans. "De nombreuses personnes ont défié les menaces de violences et d'attentats pour exprimer leur point de vue sur ce que devrait être le prochain gouvernement du peuple afghan", s'est réjoui Robert Gibbs, le porte-parole du président Barack Obama, Robert Gibbs. Les élections paraissent avoir été "un succès", a ensuite estimé le président américain lui-même. Le secrétaire général de l'ONU a lui aussi rendu hommage au peuple afghan. Ban Ki-moon "félicite les femmes et les hommes d'Afghanistan pour leur participation aux élections présidentielle et provinciales. Il note qu'en exerçant leur droit de vote constitutionnel, les Afghans ont de nouveau manifesté leur désir de stabilité et de développement pour leur pays", déclare un communiqué de son service de presse. Enfin, la France a salué jeudi, par la voix de Bernard Kouchner, le "courage" des Afghans et la tenue "dans des conditions acceptables" de l'élection, jugeant que celle-ci signifiait "la mise en échec politique des extrémistes". |
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