Corazon Aquino, première femme à la tête des Philippines © TF1/LCIL'ancienne présidente des Philippines
Corazon Aquino, héroïne de la révolution de 1986 contre le régime de
Ferdinand Marcos, est décédée samedi après une lutte de seize mois contre un cancer du colon. Agée de 76 ans, Aquino avait appris sa maladie en mars de l'an dernier et elle avait subi une chimiothérapie et une opération.
La présidente
Gloria Arroyo, actuellement en visite aux Etats-Unis, a décrété un deuil national de dix jours et déclaré dans un message : "
Aujourd'hui, les Philippines viennent de perdre un trésor national. Elle a contribué à ce que notre nation connaisse des jours meilleurs".
Corazon Aquino était entrée, contre son gré, en politique le 21 août 1983, jour de l'assassinat de son mari Benigno "Ninoy" Aquino, à l'aéroport de Manille alors qu'il rentrait, en dépit des menaces de mort contre lui, d'un exil de trois ans aux Etats-Unis ; à l'issue d'une longue bataille, elle était devenue la première femme à accéder aux responsabilités de chef d'Etat en Asie. La famille d'Aquino ne souhaite pas de funérailles nationales et compte l'inhumer dans l'intimité mercredi, aux côtés de son mari Benigno, a déclaré leur fils.
Exil et conséquences
Née le 25 janvier 1933 à Manille, Corazon Cojuangco avait été élevée dans une école religieuse avant d'obtenir un diplôme de mathématiques et de français au College Mount Saint-Vincent de New-York, aux Etats-Unis, où elle avait acquis une connaissance intime de ce pays, ancienne puissance coloniale des Philippines. Adepte de jardinage, des bonsaïs, cette catholique fervente s'occupait, avant son entrée dans la vie publique, assidûment de ses cinq enfants, et servait café et gâteaux aux amis politiques de son mari, dévoré alors d'ambition. Elle revint à Manille pour suivre des cours de droit en 1954, année où elle épousa Benigno Aquino, lui aussi héritier d'une grande famille, et auréolé d'exploits journalistiques pendant la guerre de Corée. Héritière de l'un des clans les plus puissants des Philippines, les Cojuangco, d'origine chinoise, grands barons de la terre, du sucre et de l'agro-alimentaire, elle devint le chef de famille dès 1972 lorsque Ferdinand Marcos décréta la loi martiale et emprisonna immédiatement son principal rival, Benigno Aquino, pour l'empêcher d'accéder à une présidence que lui, Marcos, n'avait plus constitutionnellement le droit de briquer. Les échecs de la présidence de Corazon Aquino
Les huit années de prison puis d'exil qui suivirent changèrent du tout au tout Benigno, mais surtout Corazon. Elle devint intransigeante sur le rétablissement des institutions démocratiques, légaliste jusqu'à l'extrême, souffrant de voir son pays aux prises avec les assassinats inexpliqués, les exactions et les violations répétées des droits de l'Homme. Une évolution qui la conduisit à prendre le pouvoir le 25 février 1986, à l'issue de plusieurs journées de révolte du peuple, rejoint par une partie de l'armée, après une victoire électorale de Marcos, entachée de fraudes.
Mais la présidence de Cory Aquino devait être marquée par au moins six coups d'Etat militaires ratés et des désordres politiques. Elle échoua surtout à changer un système politique clanique dominé par une élite issue de grandes familles.