Rassemblement des Lashkar, la milice anti-talibans de la vallée de Dir, au Pakistan, septembre 2009. © TF1/LCIMichel Scott est actuellement en reportage au Pakistan avec une équipe de TF1. Il livrera un carnet de route pour LCI.fr.
Dimanche 6 septembre
Il aura fallu environ 6h de route pour faire les 80 km séparant Peshawar de Maina Dogdar, au fond de la vallée de Dir. La zone est située entre la vallée de Swat et le district de Bajaur, limitrophe de la frontière afghane. Les talibans y ont imposé leur loi pendant près de 3 ans, avant qu'un début de révolte populaire ne les fasse déguerpir. C'est en effet ici que le 5 mai dernier, après un attentat suicide qui avait fait 32 morts dans une mosquée, les anciens ont décidé, en accord avec la population, de prendre les armes contre ceux qui tentaient de les asservir. Le Lashkar, la milice auto-constituée des villageois de Dir, était née.
Nous sommes donc arrivés ce week-end dans cet ancien fief taleb récupéré par les civils. A l'image de l'habitat très spartiate de cette région montagneuse, la maison du chef est toute simple : deux pièces sans mobilier, hormis le poste de télévision branchée à l'énorme antenne satellite installée à l'extérieur, des tapis au sol, quelques coussins et quatre lits rudimentaires pour les visiteurs de passage. Sur les murs en torchis, quelques posters de Benazir Bhutto témoignent de la fibre anti-taliban du maître des lieux. Il s'appelle Malek Sarajuddin. Les yeux cernés par le manque de sommeil et la fatigue nerveuse encore accrue en cette période de ramadan, l'homme ne paie pas de mine. Ses compagnons moquent d'ailleurs son allure de vieillard fatigué derrière laquelle se cache en fait la redoutable détermination qui a fait plier l'ennemi taliban.
"Nous continuons à les harceler"
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| Pour tourner avec les Lashkar, Michel Scott, l'envoyé spécial de TF1, a dû enfiler un costume traditionnel |
"Tout le monde en avait assez. Quand on a pris les armes, il y a eu des affrontements presque tous les jours. Ils ont eu une centaine de morts dans leurs rangs. Nous, un seul. Certains se sont rendus tandis que les autres sont montés plus haut dans la montagne, où nous continuons à les harceler", affirme-t-il. Le 15 août dernier, 63 talibans ont en effet rendu les armes. Depuis, le front est calme.
En plein milieu de la conversation, une sonnerie de téléphone se fait alors entendre. La scène est aussi incongrue dans cet environnement dénudé que la présence du poste de télévision branché au même moment sur une chaîne de clips indiens. Malek Sarajuddin décroche. Aussi étrange que cela paraisse, c'est un chef taliban qui parle à l'autre bout de la ligne. Il annonce ni plus ni moins qu'il veut se rendre lui aussi dès le lendemain avec treize de ses hommes. Son groupe se cache quelque part dans les hauteurs, à moins cinq kilomètres de là.
Reddition manquée
Le lendemain, dans les rues du bazar, c'est une véritable démonstration de force à laquelle nous assistons. 200 miliciens en armes nous sont montrés. Ils ont tous les âges et la même volonté d'empêcher les islamistes de revenir. En traversant les rues de cette bourgade arrachée aux talibans, chacun nous montre les devantures des échoppes éventrées, la maison du médecin réduite en cendres et les bureaux réquisitionnés par les commandants d'en face puis désertés précipitamment.
Mais de reddition, nous n'en verrons finalement pas ce matin là. Les talibans ont en effet eu vent qu'une équipe de télévision était présente et n'ont pas voulu apparaître en posture humiliante. Malek Sarajuddin en a été bien contrarié. Nous aussi d'ailleurs. De cette visite chez les Lashkar, il nous reste l'impression qu'il suffit d'une vraie cohésion populaire et de quelques chefs déterminés pour faire fuir les bien mal nommés "étudiants en religions".
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