Malgré les talibans, l'école continue à Swat

Par Michel SCOTT, envoyé spécial au Pakistan, le 11 septembre 2009 à 09h52 , mis à jour le 11 septembre 2009 à 10h58

Reportage - L'équipe de TF1 qui se trouve actuellement dans le pays s'est rendue dans un établissement détruit par la milice islamiste.

pakistan swat ecole Cours à l'école de Mingora, dans la vallée de Swat, au Pakistan, septembre 2009 © LCI.fr

Michel Scott est actuellement en reportage au Pakistan avec une équipe de TF1. Il livre son carnet de route pour LCI.fr.


Troisième carnet de route : vendredi 11 septembre

Comme en France, les cours ont repris à Mingora. Seulement ici, les murs n'existent plus et les grandes vacances ont duré beaucoup plus longtemps, dans une ambiance de terreur. L'école numéro 1 était le plus gros établissement de la vallée de Swat. Elle accueillait les enfants du primaire et du secondaire. 
 
En arrivant le matin, nous avons trouvé un champ de ruines et un grand rectangle de cailloux bien aplatis de 200m sur 100.  Des tentes de l'UNICEF ont été installées dans ce qui reste de la cour de récréation. Dix en tout. Pas suffisant pour accueillir tout le monde. Mais certaines classes abritées du soleil peuvent s'y tenir.  
 
"D-U-C-K !"  
pakistan swat ecoleEt puis, provenant d'un petit sous-bois situé juste derrière, nous percevons des voix : c'est une sorte de récitation scandée ensemble par de petites voix aigües. En nous approchant, nous découvrons cinq classes. Les cinq groupes sont installés sous les arbres, chacun avec son maître.

Les élèves sont assis à même le sol, face à un petit pupitre. Des mots, très simples, y ont été inscrits au marqueur. En anglais. Avec une branche coupée, un petit garçon pointe les lettres en les énonçant à haute voix : "D-U-C-K !" Et le groupe reprend en chœur : "D-U-C-K". Et pour que les choses soient tout à fait claires, le prof a dessiné un canard à côté. La litanie dure dix minutes avant que l'on passe au mot suivant. L'un des maîtres s'appelle Shakir Muhammed. Lui-même maîtrise si peu la langue de Shakespeare qu'il faut l'aide de l'interprète pour lui parler.
 
Mais peu importe, via ces quelques sonorités étrangères, les petits pashtouns de la vallée de Swat peuvent accéder à nouveau à des ferments de connaissances.  Parmi eux des filles. Mais peu. Privées d'écoles sous les talibans, elles y reviennent progressivement. L'école numéro 1 était d'ailleurs essentiellement ouverte aux garçons auparavant. Alors ici, on comprend encore moins la décision des commandants islamistes de la faire sauter.
 
"Les talibans ne vous ferons jamais aucun mal"
 
Au moment où nous prenons congé, un membre de l'équipe enseignante nous rattrape. Il tient à nous dire quelque chose. A voix basse, et aussi étrange que cela paraisse, il nous certifie que les talibans ne sont pas aussi mauvais qu'on le dit.  "Si vous ne vous en prenez pas à eux et que votre moralité est bonne, ils ne vous ferons jamais aucun mal", affirme-t-il. "Moi-même je n'ai pas eu à souffrir de leur présence. C'est le gouvernement pakistanais qui échafaude toute une propagande à leur encontre", ajoute-t-il.
 
Je regarde bien l'homme qui me parle. Rien dans son allure ne trahit une appartenance particulière à un groupe ou une idéologie. Il porte la barbe, comme un homme sur deux dans la région. Mais le sentiment me vient, plus vif encore que d'habitude, qu'au-delà des activistes armés, l'Etat pakistanais doit aussi lutter contre la force des liens communautaires, dans cette société très islamisée dont il a pourtant toujours favorisé l'existence.

Par Michel SCOTT, envoyé spécial au Pakistan le 11 septembre 2009 à 09:52
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1 Commentaires

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  • Alpha, le 11/09/2009 à 13h24

    Il en faut du courage! Continuez!

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