Hamid Karzaï, président aghan, en août 2009 © REUTERSPrésent ce dimanche à Kaboul, en mission de bons offices auprès des candidats rivaux à l'élection présidentielle, Bernard Kouchner s'est dit "inquiet" du "blocage" autour de ce scrutin, "car il semble que tout le monde ne soit pas prêt à en accepter les résultats", deux mois après le vote. "En France, en Europe, dans le monde, on voudrait bien comprendre ce qui se passe", a lancé le chef de la diplomatie française lors d'un point presse, précisant s'exprimer "au nom des 27 pays de l'Union européenne".
La présidentielle du 20 août a été entachée de nombreuses accusations de fraude et ses résultats n'ont toujours pas été annoncés, sur fond de négociations serrées entre les deux principaux candidats, le président sortant Hamid Karzaï et l'ancien ministre des Affaires étrangères Abdullah Abdullah, que le Français a rencontrés séparément. Tous deux ont d'ailleurs "évoqué la nécessité de travailler ensemble", avait souligné un peu plus tôt Bernard Kouchner en insistant : "Honnêtement, c'est le moins qu'ils puissent faire". Mais à part cette timide reconnaissance d'un besoin de dialogue, pas de réels progrès.
Les difficultés d'un nouveau scrutin
Hamid Karzaï et ses partisans refusent les conclusions de la Commission des plaintes électorales, qui aurait tranché en faveur d'un second tour, disent diplomates et observateurs. "Ils résistent", résume-t-on de source proche des discussions. "Légalement, on ne voit pas sur quelle base ils pourraient récuser ses conclusions", ajoute-t-on. Tenue de valider les recommandations de la Commission des plaintes, la Commission électorale indépendante doit ajuster les résultats préliminaires en conséquences et les proclamer, mais la résistance du chef de l'Etat et les tractations entreprises pour l'amener à accepter un second tour ou, à défaut, la formation d'un gouvernement d'union, retardent l'échéance. Hamid Karzaï n'a pas caché son hostilité à un retour aux urnes et s'est montré critique à l'égard de l'enquête sur les fraudes, dénonçant à demi-mot une ingérence étrangère.
Avant la venue de Bernard Kouchner, Hamid Karzaï s'était entretenu samedi par téléphone avec la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton. Outre le chef de la diplomatie française, le sénateur américain John Kerry s'est également rendu en Afghanistan, où il a invité Barack Obama à ne prendre aucune décision stratégique en l'absence d'interlocuteur légitime à Kaboul.
Un éventuel second tour opposant Karzaï à Abdullah devrait être organisé dans un délai de deux semaines. Mais les problèmes de sécurité dus à l'insurrection et le début du dur hiver afghan, qui rend de nombreuses routes impraticables, pourraient rendre très difficile l'organisation d'un nouveau scrutin. Néanmoins, des préparatifs seraient d'ores et déjà en cours pour organiser ce nouveau vote. Dans un entretien accordé à CNN, Hillary Clinton a jugé un second tour "probable" et a estimé que le président sortant en sortirait vraisemblablement vainqueur. Des résultats préliminaires créditent Hamid Karzaï de 54,6% des suffrages. Pour que ce score passe sous le seuil des 50%, nécessaire pour être élu au premier tour, il faudrait que plus de 250.000 bulletins soient invalidés.
D'après agences
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