Hamid Karzaï, le 28 janvier 2010, à la conférence internationale de Londres sur l'Afghanistan © TF1/LCIJeudi, à la conférence de Londres à laquelle participaient 70 délégations d'Etats ou d'organisations internationales, Hamid Karzaï, le président afghan, a rallié la communauté internationale à son plan de réconciliation avec les talibans qui renonceront à la violence. 100 millions d'euros ont été promis pour soutenir cette réintégration. Deuxième volet de la réunion : l'annonce d'un transfert aux Afghans de la responsabilité en matière de sécurité d'ici cinq ans sur l'ensemble du territoire. Aucun calendrier de retrait des troupes étrangères n'a en revanche été annoncé.
Fillon en visite surprise en Afghanistan
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Publié le 29/01/2010
L'agenda d'Hamid Karzaï
Jeudi, l'homme qui arrive à Londres est affaibli par sa réélection, entachée de fraudes, et par son incapacité à former un gouvernement. Il doit impérativement marquer des points sur la scène internationale. C'est chose faite. Celui qui rentre à Kaboul peut se vanter d'avoir été, une fois de plus, adoubé par la communauté internationale.
Et pourtant personne ne lui fait vraiment confiance. La corruption continue de gangréner le pays. Six millions de dollars sortiraient clandestinement chaque jour, par l'aéroport. Quant aux postes qu'il offre à d'anciens seigneurs de guerre, ils inquiètent plus d'un diplomate. Le futur chef d'état major pourrait être le général Abdul Rashid Dostom. En 2001, ce chef de milice ouzbek avait été accusé de crimes de guerre après la mort par suffocation de 2000 talibans enfermés dans des conteneurs.
Quoi qu'il en soit, Hamid Karzaï revient de loin. Il a obtenu un blanc-seing à Londres avec un plan de réconciliation qui est loin de faire l'unanimité. Les Etats-Unis l'ont accepté du bout des lèvres. Hillary Clinton s'est prudemment contentée de faire le parallèle avec l'Irak. Dès 2006, des anciens combattants sunnites, après la chute de Saddam Hussein, y avaient rejoint les rangs d'Al-Qaïda avant de basculer dans le camp des autorités. "On ne fait pas la paix avec ses amis", souligne la ministre américaine des Affaires étrangères. La communauté internationale qui, n'avait, il est vrai, pas d'autre choix, a préféré l'unité à la division.
L'autre agenda des Occidentaux
Les Occidentaux mettent en avant l'accélération du transfert de la sécurité aux autorités afghanes d'ici cinq ans. Sur le terrain, les talibans marquent des points depuis trois ans. Avec 520 morts en 2009, les chiffres de pertes occidentales n'ont jamais été aussi élevés. Les sept attaques coordonnées du 18 janvier, à Kaboul, ont frappé tous les esprits. Barack Obama, Nicolas Sarkozy, Gordon Brown et Angela Merkel voient leurs opinions publiques de plus en plus hostiles à cette guerre qui ne conduit nulle part. Il leur faut désormais sortir la tête haute.
A Londres, Hamid Karzaï leur a offert cette opportunité. Une stratégie de sortie de dessine : les Afghans négocient avec les talibans et prennent en charge la sécurité du pays avec une armée et une police plus importantes et mieux formées par les Occidentaux. Avec, à terme, un retrait des troupes américaines et de l'Otan. Problème : ce bel échafaudage ne tiendra que si les talibans acceptent de venir s'asseoir à la table des négociations.
Des talibans courtisés et en position de force
Ce n'est pas la première qu'Hamid Karzaï tend la main aux insurgés, Chaque fois, ces derniers ont répondu par une fin de non-recevoir. Après l'attaque contre Kaboul, leur porte-parole, Zabibullah Mujahid, n'avait pas hésité à affirmer que c'était leur réponse à l'ouverture faite par le président afghan. Quant au chef du Hezb-i-Islami, Gulbuddin Hekmatyar, vers lequel tous les regards se tournent, il a toujours affirmé qu'il était prêt à discuter si les troupes étrangères se retiraient. Une condition qui ne semble pas à l'ordre du jour, à l'heure où l'on parle d'envoyer des renforts.
L'entourage du président afghan affirme que son plan s'adresse aux combattants de base, désenchantés. De leur côté, tous les experts s'accordent à dire que les autorités afghanes auront bien du mal à le mettre en place. Nasrullah Stankzai, professeur en sciences politiques à Kaboul, estime notamment que le problème se situe ailleurs. A ses yeux, seul un développement économique durable peut faire basculer la population. Une population qui vit au quotidien aux cotés des talibans. Dans les provinces, ces derniers ont établi des gouvernements locaux fantômes. Et rien ne les oblige à accepter les conditions posées par Hamid Karzaï. Ils ne reconnaissent déjà pas la constitution qui comporte plusieurs paragraphes sur le droit des femmes.
Un jeu de dupe
Sur le terrain, les militaires occidentaux sont conscients des difficultés. Aujourd'hui, les généraux américains n'hésitent plus à contourner le gouvernement afghan pour négocier directement avec les tribus. Ils viennent ainsi de passer un accord dans l'Est avec les Shinwari, soit 400.000 personnes. En échange de leur aide dans la lutte contre les talibans, les Américains vont investir un million de dollars d'aide directe au développement. Ils vont donc financer des projets sans passer par l'administration afghane, jugée trop corrompue.
Reste que cette initiative est isolée. Et rien n'indique qu'elle ne sera pas remise en question au premier incident. Le colonel Randy George, en charge de la région, ne déclare pas victoire. Aux yeux de tous les Afghans, il sait que la présence militaire occidentale s'apparente à une occupation. Et c'est bien là tout le problème.
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