© AFPJean-François Susbielle enseigne la géopolitique à l'Ecole de Management de Grenoble. Il est l'auteur de plusieurs livres, dont Chine-USA : la guerre programmée (First Editions, 2006). Les autorités chinoises ont convoqué vendredi l'ambassadeur des Etats-Unis pour lui faire part officiellement de leur mécontentement après la rencontre entre le président Barack Obama et le dalaï-lama. Pour ne pas trop éveiller la colère de la Chine, la rencontre a eu lieu dans la salle des cartes de la Maison-Blanche et non dans le Bureau ovale. Et la presse n'était pas conviée. Cela reste une violation des normes internationales, a réagi Pékin. Colère à Pékin : le président américain reçoit ce jeudi à la Maison-Blanche le leader tibétain pour un entretien privé loin des caméras. "Nous appelons les Etats-Unis à reconnaître le caractère très sensible de la question tibétaine et à la gérer de manière appropriée afin d'éviter de porter encore plus atteinte aux relations sino-américaines", a déclaré mercredi le gouvernement chinois. En pleine bataille sur la censure, le géant américain a annoncé le report sine die du lancement de deux portables en Chine et enquête sur d'éventuelles taupes au sein de Google Chine. Pékin affirme défendre un Internet "ouvert" après l'annonce par Google d'un possible retrait de Chine. Pour Microsoft, c'est "le problème de Google". Le géant du Web menace de fermer son portail Internet et ses activités dans le pays, affirmant ne plus vouloir subir la censure des autorités chinoises. Le groupe informatique américain Cybersitter dépose plainte contre le gouvernement chinois l'accusant de lui avoir volé un logiciel de filtrage sur Internet pour en faire un instrument de censure Le président américain a entamé lundi en Chine la dernière étape de sa tournée asiatique. Il a notamment plaidé pour un internet sans censure.
Plus d'infosLe dalaï-lama à la Maison Blanche, la plainte de la Chine

Obama reçoit le dalaï lama en catimini, Pékin furieuse quand même

Obama va recevoir le dalaï lama

Rencontre Obama/dalaï lama: la Chine hausse le ton

Chine : Google ne lâche rien

Google contre la Chine : Microsoft pas solidaire

Google défie la Chine

La Chine censure américain

Obama en Chine : amitié, droits de l'Homme et Internet

TF1 News : Tous les sujets se transforment en bras-de-fer entre la Chine et les Etats-Unis depuis le début de l'année. Pourquoi ?
Jean-François Susbielle : Il faut poser la question de manière inverse. Pourquoi, en 2009, alors que la rivalité entre les deux pays est incontournable et inévitable depuis la présidence Bill Clinton, tous les sujets s'étaient transformés en discours apaisés et bienveillants, voire en déclaration de paix ?
TF1 News : Quelle est votre réponse ?
J.-F. S. : Je pense que Barack Obama, plus préoccupé par sa réforme de la santé, avait fait de 2009 une année de transition sur le plan international. Avec un objectif : gommer la mauvaise image laissée par George W. Bush et si possible la restaurer positivement. Il a donc prononcé de nombreux discours apaisés vis-à-vis du Japon, du monde musulman et aussi de la Chine. Cette politique, illisible car perçue comme des "courbettes" par les Chinois, a en fait affaibli la position américaine.
Ensuite, pour 2010, les Etats-Unis sont tout simplement repartis sur une politique classique de défense de leurs intérêts stratégiques et de leur hégémonie. Cela passe logiquement par une stratégie d'endiguement de la Chine dans tous les domaines et donc plus de fermeté.
"Les ventes d'armes à Taïwan, une provocation"
TF1 News : Vous estimez donc que les Etats-Unis ont le plus de responsabilités dans la crise actuelle ?
J.-F. S. : Tout à fait. Tout d'abord, Hillary Clinton a transformé l'affaire Google en affaire diplomatique pour parfaire l'image de durcissement. Les Etats-Unis veulent utiliser ce dossier pour donner l'image que la Chine bride Internet. C'est faux. Il y a par exemple 400 millions d'internautes chinois et entre 10 et 20 millions de blogs. Certes, le mot "Tian an men" n'apparaît pas sur les moteurs de recherche. Mais soyons franc : en vérité, personne ne s'y intéresse.
Ce qui est surtout très mal perçu, ce sont les ventes d'armes à Taïwan. Les relations avec l'île nationaliste étaient reparties sur une bonne base depuis le retour du Kuomintang au pouvoir à Taipeh. Ces ventes d'armes sont considérées comme de la provocation. Pékin a donc réagi fortement en menaçant les entreprises américaines de sanctions. C'est la première fois. Il s'agit d'un langage des puissances qui ont acquis le respect des autres. En utilisant ces termes, la Chine revendique un nouveau statut sur la scène internationale, statut acquis en grande partie l'an passé avec la crise et le profil bas adopté par Barack Obama lors de son voyage dans le pays.
TF1 News : Le dalaï lama, que Barack Obama doit rencontrer prochainement, et le faible niveau du yuan sont aussi à l'origine de tensions.
J.-F. S. : Concernant le dalaï lama, tous les présidents américains l'ont rencontré. La Chine avait alors déjà émis des protestations officielles. Cette année, elles sont plus fortes car le contexte est plus tendu. Sinon, ce rendez-vous serait passé quasi-inaperçu. La polémique sur le yuan n'en est pas une. Si on le réévalue, on aura une forte inflation dans les pays occidentaux. Mais les politiciens américains sont obligés d'en parler pour montrer qu'ils défendent leurs entreprises.
"L'affrontement est inévitable"
TF1 News : Pékin veut-il montrer via cette crise qu'il revendique désormais la place de première puissance mondiale ?
J.-F. S. : Non, bien au contraire. Même si la Chine est désormais de fait la 2e puissance mondiale, elle ne veut pas réellement apparaître telle quelle. Le proverbe "Tao Guang Yang Hui" ("cacher la lumière et cultiver l'obscurité") résume bien sa stratégie : elle n'a aucun intérêt à apparaître comme une grande puissance et préfère être toujours perçue comme une puissance toujours en développement. Ainsi, elle peut prendre pied en Afrique ou en Amérique latine en se présentant comme le résistant aux "méchants impérialistes" que sont les Etats-Unis et l'Europe. Quand les Chinois accepteront officiellement au grand jour le statut de numéro 1, ils le seront en fait depuis bien longtemps.
TF1 News : Les deux pays se tiennent néanmoins sur le plan économique avec les exportations chinoises vers les Etats-Unis d'un côté et les emprunts américains tenus par la Chine de l'autre. Sont-ils condamnés à s'entendre ?
J.-F. S. : Ils tomberaient alors dans l'émotivité. A terme, je pense que les bons du trésor américain détenus par les Chinois ne seront plus payés, comme pour les emprunts russes en 1917. Quoi qu'il en soit, les deux pays sont condamnés à l'affrontement, sous toutes ses formes, éventuellement militaire. Mais il faut savoir une chose : les Chinois ne veulent pas de mal aux Etats-Unis et aux Occidentaux en général, mais ils ne nous veulent pas de bien non plus.
Un centre de hackers fermé |
Selon le China Daily, la police chinoise a fermé un site internet spécialisé dans le piratage et l'espionnage informatiques. Les trois gestionnaires de Black Hawk Safety Net, baptisé "plus grand centre d'entraînement pour hackers" par les médias, sont soupçonnés d'avoir fourni en ligne des programmes et logiciels d'attaques. |
Retour MYTF1
Le dalaï-lama à la Maison Blanche, la plainte de la Chine
Chargement en cours...




