Un livre, une femme, un pays, l'Afghanistan

Par , le 17 février 2010 à 09h45 , mis à jour le 17 février 2010 à 09h51

Rencontre - Malalaï Joya, ancienne députée afghane, publie "Au nom de mon peuple", où elle dénonce aussi bien les talibans, les seigneurs de guerre et l'Otan.

malalai joya livre"Au nom de mon peuple", de Malalaï Joya © DR

32 ans, déterminée, Malalaï Joya parcourt le monde pour parler de son livre, Au nom de mon peuple, mais  aussi et surtout de son pays. Depuis des années, cette jeune femme se bat  pour la démocratie. "Au nom de mon peuple et de toutes les femmes", précise-t-elle à chaque interlocuteur. C'est ce combat qu'elle veut nous faire partager lorsque nous la rencontrons dans un hôtel du 6e arrondissement à Paris. Plus jeune députée élue au parlement afghan en 2005, elle en a été expulsée deux ans plus tard pour avoir eu, dans une interview télévisée, des mots très durs sur ses collègues : "Dans une étable, il y a des vaches qui donnent du lait et des ânes qui portent des fardeaux. Mais eux, ils sont pires que des vaches et des ânes, ils sont comme des dragons".

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Cette femme fragile, en apparence, a déjà échappé à cinq tentatives d'assassinat. A Kaboul, elle vit dans la clandestinité et change régulièrement d'appartement. Tous les jours, elle reçoit  des menaces de mort, aussi bien sur internet que sur son téléphone portable.  Son combat pour la démocratie l'amène à dénoncer les talibans, les seigneurs de la guerre et les forces internationales de l'Otan.

Les talibans, des "résistants réactionnaires"

 

Derrière le mollah Omar, qualifié de "fasciste", les insurgés sont désignés comme des "résistants réactionnaires" avec lesquels il sera impossible d'établir la démocratie. Lorsqu'on lui parle de la conférence de Londres de fin janvier, Malalaï Joya se met en colère : "vous allez leur donner des millions (ndlr : plus de 160 millions ont été alloués afin que les insurgés déposent les armes) alors que des millions d'Afghans meurent de pauvreté". A ses yeux, les projets du président Hamid Karzaï vont conduire à la réhabilitation des talibans. Et, toujours selon elle, ce sont eux qui contrôleront la Loya Jirga, l'assemblée  des anciens et des représentants des tribus qui doit se réunir prochainement.

Sa deuxième cible : les seigneurs de la guerre qui entourent le président afghan. "Ce sont eux qui sont responsables de  la corruption et du système mafieux qui gangrènent le pays", déclare-t-elle avant de préciser : "Les démocrates n'ont pas de chance, ce sont les seigneurs de la guerre qui gèrent  les affaires". A Kaboul, elle lutte contre eux, à sa manière. "Je collecte des documents pour poursuivre ces criminels en justice... ", explique-t-elle.

"Si les Américains nous libèrent, nous finirons esclaves"

La question

soldat américain gi afghanistan

Les renforts américains permettront-ils de vaincre les talibans ?

Oui
Non

 
 

Son autre combat : celui contre les forces étrangères. "Les Américains, dehors, maintenant". Les mots s'inscrivent en lettres noires sur le badge blanc qui ne la quitte plus. "Laissez-nous tranquilles. Nous n'avons pas besoin de votre aide. Nous sommes assez grands pour prendre notre destin en main", indique-t-elle tranquillement à  tous ses visiteurs. Pour elle, les forces étrangères ne peuvent pas établir la démocratie : "S'ils nous libèrent,  nous finirons esclaves", affirme-t-elle.
 
L'occupation, elle connaît. Ses parents ont fui l'Afghanistan lors de l'invasion soviétique. Malalaï avait alors 4 ans. Elle a ensuite vécu 16 ans dans un camp de réfugiés au Pakistan. "Le président Barack Obama est comme les autre. S'il ne retire pas ses soldats, il y aura plus de sang et plus de désastres", déclare-t-elle. Quant à George W. Bush, il est à ranger dans le camp des criminels de guerre "qui seront un jour poursuivis".

"Cela va changer" 

 

Malalaï croit en la résistance de son peuple, en l'éducation des femmes. L'argent de son livre sera ainsi entièrement consacré à ses projets éducatifs. "Des dizaines de femmes se suicident tous les mois, par désespoir. Si elles étaient éduquées, elles ne se donneraient pas la mort", fait-elle remarquer. "Dans mon pays, martèle Malalaï, il y a beaucoup de héros et d'héroïnes obscurs. Ils luttent dans leurs villes et villages. Mais personne ne les connait". Et d'ajouter : "Aujourd'hui, avec internet, le monde est un village, l'Afghanistan est-peut être un pays reculé mais cela va changer...". On aimerait la croire.  

Malalaï Joya poursuit sa tournée européenne. Mais elle sera de retour dans son pays pour la journée des femmes, le 8 mars.

Par Patricia Allémonière le 17 février 2010 à 09:45
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4 Commentaires

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  • quincy08, le 18/02/2010 à 12h29

    Ce serait sympa si vous pourriez developper, pourquoi dites vous que c'est du pipeau?

  • 1strato, le 18/02/2010 à 01h29

    Pipo!!! Mais elle est super médiatisée et pas vilaine...

  • 94000gege, le 17/02/2010 à 16h36

    Au moins cette femme n'a pas froid aux yeux. Au menton peut-être puisqu'elle n'a pas de moustache.

  • muratori, le 17/02/2010 à 13h57

    Madame, je vais acheter votre livre pour : - être informé sur ce que votre pays, vos compatriotes et vous subissez, autrement qu'à travers le prisme forcément déformant des médias - saluer l'action d'une écrivaine qui est une femme de courage et d'engagement : je vous ai vue au "Grand Journal" de Canal +, et j'avais été impressionné par votre "tranquille détermination". - participer à la réalisation de vos projets éducatifs. Tout mon respect pour vous. Je ne sais pas si j'aurais votre courage.

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