Journalistes otages : une revendication quasiment irréalisable ?

Par , le 13 avril 2010 à 19h25 , mis à jour le 28 juillet 2010 à 10h25

Dossier : Otages français

Eclairage - Les talibans exigent la libération de plusieurs prisonniers détenus par le régime afghan ou par les Etats-Unis pour épargner les deux reporters de France 3. Mais jamais Washington n'a cédé à un chantage similaire.

Journalistes otages Afghanistan Les images floutées des journalistes de France 3 otages en Afghanistan. © TF1/LCI

 "L'Emirat islamique d'Afghanistan (ndlr : le nom que se donnent les talibans) a soumis une liste de prisonniers des plus ordinaires au gouvernement de France pour qu'ils soient libérés en échange des deux Français et de leurs collègues afghans (...) La France doit amener les Américains et le gouvernement Karzaï à accepter les demandes françaises afin de ne pas laisser passer la chance de faire libérer les Français".

Plus d'infos

 
La revendication des talibans, exprimée dans une vidéo envoyée dimanche à plusieurs médias occidentaux (lire notre article : "l'identité des journalites otages en Afghanistan dévoilée), est claire : ils exigent la libération de plusieurs des leurs, détenus soit par l'Afghanistan soit par les Etats-Unis, pour épargner la vie de Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière, les deux reporters de France 3 enlevés le 30 décembre.

"Discrétion"
 

C'est peu dire que, dans ce contexte, les deux hommes se trouvent dans une situation délicate. Expliquant préférer "la plus grande discrétion", le Quai d'Orsay n'a pas indiqué s'il avait pris contact avec ses homologues afghan et américain pour aborder la question. "Nous restons pleinement mobilisés, tant à Paris qu'à Kaboul, en vue d'obtenir leur libération", a-t-il laconiquement répondu, dans un style tout diplomatique.
 
Par cette revendication, les talibans agissent d'une manière quasi-identique à celle d'Al-Qaïda au Maghreb islamique il y a quelques mois. Après avoir enlevé Pierre Camatte au Mali en novembre, la branche du réseau d'Oussama ben Laden en Afrique du Nord avait exigé la libération de quatre de ses membres -deux Algériens et deux Mauritaniens- détenus au Mali. Fin février, Pierre Camatte avait été remis en liberté... quelques heures après celle des quatre terroristes présumés. A la demande -ou sous la pression selon Alger et Nouakchott- de Nicolas Sarkozy.

Ce dernier avait alors expliqué que "le rôle du président de la République française, c'est de ramener vivant à la maison les ressortissants français. Notre certitude, notre conviction, c'est que ceux qui ont pris Pierre Camatte avaient l'intention de le tuer. Nous tenons à remercier -je veux le faire du fond du coeur- le président du Mali, qui a été un homme courageux, humain et qui a accepté de considérer que la vie d'un homme, méritait un certain nombre d'efforts, de prises de responsabilité. Si le président Amadou Toumani Touré n'avait pas décidé ce qu'il avait décidé, je l'ai dit à Pierre Camatte, il ne serait pas là aujourd'hui", avait alors souligné le président de la République.

Daniel Pearl, égorgé au Pakistan
 

La question

La police afghane aux abords du ministère de la Justice, à Kaboul, le 11 février 2009

Faut-il encore envoyer des journalistes en Afghanistan ?

Oui
Non

 

Nicolas Sarkozy pourra-t-il rééditer auprès de Barack Obama et Hamid Karzaï ce qu'il a réussi avec Amadou Toumani Touré ? Rien n'est moins sûr. La mission s'avère même quasiment impossible. Jamais ou presque l'administration américaine n'a en effet cédé au chantage de terroristes exigeant la libération de certains d'entre eux. Et ce même quand il s'agissait d'épargner la vie d'un citoyen américain.

 

Le cas de Daniel Pearl en est l'exemple le plus célèbre et le plus dramatique. Enlevé par des islamistes au Pakistan en février 2002, le journaliste avait ensuite été égorgé après le refus de George W. Bush, alors président des Etats-Unis, d'accéder aux exigences des ravisseurs. Ceux-ci demandaient justement la remise en liberté de plusieurs prisonniers. Comme les talibans avec Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière. Reste désormais à savoir si Barack Obama agira ou non comme son prédécesseur si  Nicolas Sarkozy lui demande d'intervenir.

Par Fabrice Aubert le 13 avril 2010 à 19:25
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3 Commentaires

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  • ouzouz31, le 14/04/2010 à 08h39

    Si il faut liberer les prisonniers talibans ,mais apres leur avoir introduit dans le corps une puce permettant de les localiser ,quand ils sont avec les leurs afin de mieux les localiser pour les combattre.

  • dam175, le 14/04/2010 à 00h19

    Les Etats-Unis ne négocient pas avec les terroristes, et c'est bien. Quand on accède a leurs demandes, on libère les otages, mais on ouvre la porte a d'autres enlèvement car ces terroristes savent très bien qu'ils sont face a un gouvernement qui cède facilement, ce qui est le cas de la France.

  • syberya, le 13/04/2010 à 19h23

    Les Etats Unis ne céderont rien , espérons que le gouvernement français fera ce qui se doit, et qu'il n'ait pas la mémoire trop courte..

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