Le Kirghizistan, stratégique pour les Etats-Unis et la Russie

Par , le 08 avril 2010 à 15h57 , mis à jour le 08 avril 2010 à 18h27

Ancienne république soviétique, ce petit pays situé aux confins de l'Asie centrale est aujourd'hui utilisé par Washington comme relais pour l'Afghanistan. Moscou y dispose aussi toujours d'une base militaire. Le changement de régime y est donc scruté de près.

[Expiré] [Expiré] manas_base americaine © AFP

Petit pays pauvre d'Asie centrale, sans véritables ressources énergétiques, le Kirghizistan est pourtant le théâtre de luttes d'influence entre la Russie et les Etats-Unis. C'est en effet la seule nation au monde à posséder sur son sol à la fois une base militaire américaine et une autre russe. La base russe de Kant est bien sûr l'héritage du passé soviétique du Kirghizistan, qui était l'une des quinze républiques de l'URSS. La base américaine, située à Manas, dans la banlieue de Bichkek, la capitale, a de son côté été ouverte au lendemain du 11-Septembre. A l'époque, le pouvoir kirghize souhaitait en partie s'affranchir de la tutelle du Kremlin et s'ouvrir vers l'Ouest. Les deux installations se trouvent à seulement une dizaine de kilomètres l'une de l'autre.

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Pour les Etats-Unis, cette base aérienne est aujourd'hui la dernière en Asie centrale. Elle revêt donc une importance stratégique considérable. Destinée uniquement à la logistique, elle sert notamment de point de transit pour les opérations en Afghanistan. Une bonne partie des soldats déployés sur le terrain passe ainsi par Manas avant d'aller lutter contre les talibans -quelques militaires français y stationnent également. Cette solution est beaucoup plus sûre que le Pakistan, trop instable. Evidemment, tout ceci n'est pas du goût de Moscou qui considère la présence des "boys" comme une intrusion supplémentaire dans son pré-carré. Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine tentent donc d'influencer les dirigeants kirghizes pour qu'ils demandent aux Américains de partir.

Enchères
 

Kourmanbek Bakiev, le président renversé mercredi, jouait quant à lui de cette rivalité pour renflouer ses caisses. En février 2009, il avait, dans un premier temps, exigé la fermeture de la base américaine après avoir reçu un crédit russe de deux milliards de dollars. Une manière de faire monter les enchères ? Quatre mois plus tard, il revenait sur sa décision après que Barack Obama a accepté de multiplier par trois le loyer de sa base -il tourne aujourd'hui autour de 60 millions de dollars par an, sans compter de nombreuses aides diverses ! Kourmanbek Bakiev s'était ensuite montré réticent sur l'octroi à Moscou d'une deuxième base à Och, dans le sud du pays.
 
Résultat : Washington et Moscou scrutent avec attention la nouvelle révolution, qui intervient cinq ans après celle des "tulipes" ayant justement porté Kourmanbek Bakiev au pouvoir. Dès mercredi, les Etats-Unis ont fait avoir qu'ils "surveillaient la situation". Jeudi matin, Vladimir Poutine, le Premier ministre russe, a adoubé le nouveau régime en assurant la nouvelle Premier ministre par intérim, Rosa Otounbaïeva, de son soutien et en se disant prêt à fournir une "aide humanitaire nécessaire à la population". D'où la question suivante : le Kremlin  est-il derrière le renversment ? Moscou a également dépêché des renforts sur sa base militaire, officiellement pour protéger les familles des soldats.

Situation toujours confuse

Jeudi, le gouvernement par intérim porté au pouvoir la veille a promis l'organisation d'une élection présidentielle dans les six mois. "Le pouvoir est sous le contrôle du gouvernement provisoire. Cette construction du système politique va fonctionner durant six mois pour préparer une nouvelle Constitution et organiser la tenue d'une élection présidentielle conforme à toutes les règles démocratiques", a déclaré la Premier ministre par intérim, Rosa Otounbaïeva. De son côté, Kourmanbek Bakiev tenterait de rassembler ses partisans dans le sud du pays. Mais il a dû admettre que la police et l'armée étaient loyales au nouveau gouvernement.

Selon les sources, les affrontements de mercredi entre l'opposition et les forces de l'ancien régime auraient fait une centaine de morts. Le nouveau ministre de l'Intérieur a donné jeudi après-midi l'ordre de tirer sur les pillards.

Par Fabrice Aubert le 08 avril 2010 à 15:57
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