Violences aux abords de Khao San Road à Bangkok : au moins 15 morts

Par D.H. (avec agences), le 10 avril 2010 à 17h38 , mis à jour le 10 avril 2010 à 22h11

La manifestation des "chemises rouges" a dégénéré samedi en Thaïlande quand l'armée est intervenue. Les militaires se sont repliés alors que les heurts se déplaçaient vers la très touristique Khao San Road.

[Expiré] [Expiré] bangkok-chemises-rouges-armée-thaïlande © AFP/R.Rahman

Ce sont les affrontements les plus meurtriers en Thaïlande en près de 20 ans. Au moins 15 personnes (dont 4 soldats) ont été tuées et plus de 600 blessées samedi dans des violences à Bangkok, selon les autorités, où les forces de l'ordre ont tenté de reprendre le contrôle d'un quartier occupé de manière pacifique depuis un mois par des manifestants antigouvernementaux, avant de renoncer. Parmi les morts figure un caméraman japonais de Reuters, qui a reçu une balle dans la poitrine.
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Militaires et manifestants, les "chemises rouges" qui réclament la démission immédiate du Premier ministre Abhisit Vejjajiva et en appellent désormais au roi pour sortir de la crise, se sont violemment affrontés pendant plusieurs heures autour de l'avenue Ratchadamnoen, dans la vieille ville, première opération musclée depuis l'instauration mercredi de l'état d'urgence. L'armée a tiré des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc sur les manifestants, avant d'appeler au repli, les violences ayant gagné le quartier ultra-touristique de la capitale Khao San Road ainsi que deux villes du nord de la Thaïlande. Les "rouges" avaient en effet riposté avec des grenades, des armes à feu et des cocktails Molotov.

Des soldats otages

De nombreux coups de feu ont ensuite été entendus par des journalistes de l'AFP. 20 soldats ont été blessés dans une explosion, vraisemblablement celle d'une grenade. Plus tard, un dirigeant de l'opposition a lui aussi appelé les manifestants à se replier vers les lieux des premières manifestations. Cinq soldats thaïlandais ont en revanche été pris en otages par les manifestants, selon l'armée.

C'est la première opération musclée des autorités depuis l'instauration mercredi de l'état d'urgence. Selon un photographe de Reuters, le quartier de Khao San Road ressemblait samedi à une zone de guerre. Vitrines brisées et voitures détruites entouraient plusieurs blessés couchés au sol. Selon la police, des manifestants ont enflammé des bonbonnes de gaz avant de les faire rouler vers les forces de l'ordre. Après la tombée de la nuit, les militaires ont tiré des balles en caoutchouc à 500 mètres de distance depuis une intersection menant au quartier de Khao San Road. Certains soldats ont tiré en l'air à balles réelles, et selon les médias thaïlandais, des gaz lacrymogènes ont été largués par hélicoptère.

Le Premier ministre répète qu'il ne démissionnera pas
 
Le quartier commerçant de la ville est aux mains de plusieurs dizaines de milliers de manifestants qui ont bloqué les rues avec des taxis et des camionnettes et ont recouvert de drapeaux les objectifs des caméras de surveillance. Plusieurs autres manifestations se sont déroulées samedi en province, dont une qui a réuni au moins 500 personnes dans les jardins du gouverneur de Chiang Mai, principale ville du nord, d'où Thaksin est originaire.
 
"Nous n'exigeons plus la dissolution du parlement dans les quinze jours mais sa dissolution immédiate. Et nous demandons à Abhisit de quitter le pays", a prévenu Veera Musikapong, l'un des chefs de file des "chemises rouges", tandis que le Premier ministre Abhisit Vejjajiva s'est retranché dans une caserne. Les "rouges", partisans de l'ex-Premier ministre en exil Thaksin Shinawatra, réclament des élections législatives anticipées et considèrent M. Abhisit, au pouvoir depuis décembre 2008, comme totalement illégitime.

Si l'armée s'est repliée samedi, le Premier ministre a répété après les heurts qu'il refusait de démissionner, après avoir déjà accepté d'avancer la date des élections à la fin 2010, au lieu de 2011. Les événements de samedi sont intervenus à  un moment où la presse thaïlandaise s'interroge sur l'attitude des forces de l'ordre, ironisant sur les "soldats pastèques", verts à l'extérieur comme leur uniforme militaire et rouges à l'intérieur, comme leur sympathie présumée pour l'opposition. La Maison Blanche a appelé samedi à la retenue en Thaïlande

Par D.H. (avec agences) le 10 avril 2010 à 17:38
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