3.000 milliards de dollars : le trésor afghan

Par , le 23 juin 2010 à 05h14 , mis à jour le 23 juin 2010 à 12h27

Décryptage - Riche en minerais, le sous-sol de l'Afghanistan vaudrait une fortune. L'information, connue depuis longtemps, a refait surface la semaine dernière avec des annonces du Pentagone et du gouvernement afghan. Montant de l'enjeu : 3.000 milliards de dollars !

[Expiré] [Expiré] afghanistan vue © AFP/S. Marai

Le 20 juillet, une conférence internationale fera le point à Kaboul sur les réserves minérales de l'Afghanistan et sur l'exploitation des richesses de son sous-sol. Et dès cette semaine, Waheedullah Shahrani, le ministre afghan des Mines et de l'Industrie, sera à Londres pour présenter à plus de 200 investisseurs potentiels l'un des plus grands gisements de fer de la région. De son côté, Hamid Karzaï, le président afghan, a déjà appelé les Japonais à investir dans les mines de lithium.

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Le grand marchandage a donc commencé. Son point de départ : le 14 juin, le New York Times rend public un mémo du Pentagone. Le document indique qu'un groupe de géologues et d'experts du ministère américain de la Défense ont mis en évidence les immenses richesses du sous-sol afghan. Les ressources minérales sont estimées à mille milliards de dollars. En quelques heures, la nouvelle fait le tour de la planète. Quelques jours plus tard, le gouvernement afghan fait monter les enchères. Il annonce qu'il s'agit, en fait, de trois mille milliards. Trois fois plus. Le monde entier découvre que ce pays, l'un des plus pauvres du globe, est assis sur un véritable trésor.

Cuivre, or, nobium, lithium...

Le sous-sol afghan regorgerait de fer, de cuivre, d'or, de potasse, de cobalt, d'argent mais aussi de nobium (métal mou utilisé dans la fabrication des supraconducteurs) et de lithium (composant indispensable à la production de batteries rechargeables pour portables et ordinateurs). Selon un expert du Pentagone, cité par le New York Times, l'Afghanistan pourrait ainsi devenir "l'Arabie saoudite du lithium". Dans le Nord du pays, les réserves de pétrole et de gaz sont quant à elles plus importantes que prévues.

Après ces révélations, les déclarations s'enchaînent. Le Général David Petraeus, commandant en chef américain en Afghanistan et en Irak, estime "qu'il y a, là bas, un potentiel stupéfiant". Le conseiller du ministre afghan des Mines et de l'Industrie va jusqu'à affirmer que l'industrie extractive deviendra "la colonne vertébrale de l'économie afghane".

Faux scoop

 

Pourtant, l'information n'est pas nouvelle. Depuis les années 70, des rapports font en effet état des richesses du sous-sol afghan. Dans les années 80,  les géologues soviétiques avaient ainsi prospecté le pays et dressé les premières cartes. En 1985, le gouvernement afghan s'apprêtait même à se lancer dans l'exploitation de ces ressources, comme l'indique l'Institut technologique de l'Illinois. Mais la guerre  enterrera tous les projets.

Les ingénieurs afghans cacheront ensuite les cartes aux talibans quand ceux-ci prendront le pouvoir en 1996. Il faudra attendre 2004 pour qu'ils les ressortent. Une première équipe de chercheurs de l'USGS (United States Geological Survey) reprend alors leurs travaux et rend son rapport en 2007. A l'époque, l'information ne fait pas la "Une" des journaux.

Un coup de "com"

A qui profite donc aujourd'hui cette soudaine publicité ou bien à qui nuit-elle ? La question mérite d'être posée.  La Chine s'intéresse ainsi au sous-sol afghan. En 2007, une entreprise d'Etat avait par exemple mis trois milliards de dollars sur la table pour obtenir la concession d'une mine de cuivre -dans la  vallée d'Aynak,  à 25 km de Kaboul, les gisements sont évalués à 88 milliards de dollars. Malgré la présence des insurgés, la China Metalurgical  Group Corporation n'avait pas hésité à investir. Pourquoi ? Tout simplement car Pékin a besoin de métal rouge.

De leur côté, les stratèges américains ont compris que la guerre contre l'insurrection serait difficile à gagner. Le gouvernement stable et légtime sur lequel ils doivent nécessairement s'appuyer pour gagner les cœurs n'est pas encore celui qui siège à Kaboul. La richesse du sous-sol pourrait donc leur permettre de réussir là où les armes ont  échoué. A la tête d'un pays avec un tel potentiel, Hamid Karzaï  devient un homme fréquentable. Dans ce contexte, investir est attrayant pour l'Inde, la Russie, le Japon, la Chine, les Européens ..... L'opération de "com" permet donc de faire comprendre aux partenaires internationaux qu'il faut soutenir le gouvernement s'ils veulent bénéficier des richesses.

Selon le ministère afghan des Mines et de l'Industrie, il faudra entre cinq à dix ans pour mettre en valeur ses réserves. "L'industrie extractive doit s'appuyer sur des études et  elle a besoin d'infrastructure », explique son porte-parole. Pour les experts du Pentagone, il est préférable de parler en décennies. L'Afghanistan  n'a en effet ni chemin de fer ni réseau électrique, autant d'infrastructures nécessaires au développement d'une industrie minière. A l'engouement médiatique répond également la prudence de certains géologues. Stan Coats, l'un des premiers à s'être penché sur la question en 2005, estime qu'il "faut faire encore de nombreuses explorations afin de prouver que ces réserves sont exploitables, viables".

Les mauvais scénarios

La question

soldat français afghanistan

La France doit-elle envoyer des renforts en Afghanistan ?

Oui
Non

 

Surtout, paradoxalement, cette richesse pourrait se retourner contre les Afghans. Les convoitises des insurgés pourraient en effet entraîner une augmentation des combats pour le contrôle des zones riches. Et, en l'absence d'un pouvoir fort et stable, le pays pourrait suivre la voie de la RDC. La République Démocratique du Congo, très riche en minerais, est confrontée à une guerre larvée depuis plus de 15 ans.

L'étude du Pentagone pourrait, enfin, se retourner contre ses auteurs. Tout comme en Irak, Washington pourrait se retrouver  accusé de faire la guerre pour le contrôle des richesses du sous-sol. Voici qui brouillerait sérieusement le message de la Maison-Blanche étant donné que Barack Obama défend l'intervention militaire au nom de la lutte contre Al-Qaïda. Bref, le grand jeu ne fait que commencer. Avec une mise à trois mille milliards de dollars, la partie sera difficile.

Par Patricia Allémonière le 23 juin 2010 à 05:14
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5 Commentaires

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  • sama031, le 24/06/2010 à 02h04

    Terry_dallas_tx, le fonctionnement du monde est bien plus complexe que ce que vous avez l'air d'en comprendre jusqu'à maintenant...

  • terry_dallas_tx, le 23/06/2010 à 17h35

    Selon vous, 3000 personnes auraient donc ete "etrangement" tuees afin de permettre a la Chine de construire une mine de cuivre 10 ans plus tard ? C'est votre commentaire qui est etrange.

  • sama031, le 23/06/2010 à 14h34

    On comprend mieux pourquoi les américains sont là-bas, suite à l'étrange 11 septembre 2001... Merci TF1 de publier sans censurer les sujets qui dérangent !

  • lo83400, le 23/06/2010 à 13h53

    Et c'est compris dans le tarif l'invasion américaine? l'armement de ses soldats, leurs nourriture, leurs cercueils?... Ces généraux qui jouent au petits soldats de plomb... ça me dégoute.

  • bastiat2, le 23/06/2010 à 11h31

    Le chiffre de 3000 milliards est des plus fantaisistes. Tant qu'on n'a pas creusé, on n'en sait rien. C'est 3000 milliards plus ou moins 3000 milliards. Alors pourquoi ce titre?

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