Le discours du gouvernement japonais, qui se voulait jusqu'alors rassurant, est en train d'évoluer devant l'évidence de la contamination et sous la pression politique. Le plutonium décelé dans le sol de la centrale atomique de Fukushima Daiichi a renforcé mardi les inquiétudes concernant les longs efforts que va devoir poursuivre le pays pour venir à bout du pire accident nucléaire depuis celui de Tchernobyl. Au parlement, le Premier ministre japonais, Naoto Kan, a été vivement critiqué pour sa gestion de la crise. Il a assuré que son gouvernement était "en état d'alerte maximum", tout en reconnaissant que la situation restait "imprévisible" dans la centrale, dont les systèmes de refroidissement de quatre réacteurs sur six sont en panne et où les fuites radioactives se sont multipliées depuis le séisme et le tsunami du 11 mars - l'agence japonaise de sûreté nucléaire a d'ailleurs dû reconnaître mardi une "forte probabilité" de fuite de matériaux radioactifs hors de l'enceinte de confinement. Quant aux critiques qui ont commencé à s'exprimer sur le choix du lieu d'implantation de la centrale, il a platement reconnu : "Nous ne pouvons pas nier que l'évaluation des risques d'un tsunami à l'époque a été largement erronée".
En ce qui concerne l'opérateur de la centrale, Tokyo Electric Power (Tepco), dont les carences ont été plusieurs fois soulignées depuis le début de la crise (il avait notamment omis de faire des inspections obligatoires), le gouvernement japonais pourrait envisager sa nationalisation de la compagnie. L'avenir de cette compagnie d'électricité, la plus importante d'Asie, est largement remis en question par la catastrophe nucléaire ; l'action Tepco a chuté de 70% depuis lors. Les polémiques s'enchaînent d'ailleurs pour la compagnie, la dernière en date étant née de la révélation d'un rapport rédigé en 2007 par lingénieurs chargés de la sécurité des installations : ils estimaient notamment à 10% la probabilité qu'une vague sismique dépassant les 6 mètres, limite maximale retenue pour la sécurité du site, frappe la centrale sur une période de cinquante ans. Mais Tepco n'avait pas tenu compte de cette mise en garde...
Des fuites radioactives jusque dans le Pacifique ?
Pendant que s'ébauchent ces débuts d'autocritique de la part des autorités japonaises, le combat se poursuit dans la centrale accidentée pour tenter de maîtriser le situation. De l'eau fortement radioactive a inondé le sous-sol de la salle des machines des réacteurs 1, 2 et 3, et s'est également déversée dans des tunnels techniques passant dans le sol. Tepco a reconnu que des fuites contaminées pourraient avoir déjà ruisselé jusqu'au rivage de l'océan Pacifique bordant la centrale. La société va inspecter tous les puits de regard conduisant à ces tunnels et s'assurer que leur étanchéité n'a pas été endommagée par le séisme et le tsunami, afin d'empêcher l'eau polluée de s'échapper.
La présence de ces nappes sur le site perturbe fortement les opérations de remise en route des systèmes de refroidissement des réacteurs, mais les travaux de pompage de cette eau vont être compliqués, car les techniciens doivent trouver un moyen de la transvaser dans des réservoirs sans s'exposer à des doses de radiation mortelles.
Elément qui complique encore plus la donne : afin d'empêcher le combustible d'entrer en fusion, les techniciens de Tepco et les pompiers doivent arroser en permanence les quatre réacteurs endommagés et leur piscine de stockage des barres de combustible irradié. Ce qui pourrait expliquer la quantité importante d'eau contaminée sur le site... en rend d'autant plus difficile de s'en débarrasser. "Nous devons éviter que les barres de combustible soient exposées hors de l'eau et ne chauffent trop. Refroidir les installations est indispensable", a souligné le porte-parole du gouvernement, Yukio Edano, lors d'une conférence de presse, ajoutant que tous les efforts étaient faits pour "utiliser le minimum d'eau".
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