Sur son profil Facebook, Anne-Laure a posté des photos de la soirée crêpes qu'elle a organisée chez elle. Les clichés montrent cette Française de 35 ans avec ses amies japonaises. C'était il y a une semaine, chez elle, dans son petit appartement à Ota-ku, dans la banlieue de Tokyo où elle venait juste d'emménager. Depuis la terre a tremblé au Japon, un tsunami a eu lieu suivi de catastrophes nucléaire et humanitaire. Il y a deux jours, Anne-Laure est rentrée en France. Un crève-cœur, de la culpabilité aussi.
Voilà deux ans qu'elle vivait au pays du Soleil levant. Elle aimait ce pays, sa mentalité, sa culture. A Tokyo, Anne-Laure menait la même vie que les Japonais, pas celle d'expatriés. Chez eux, elle aime leur simplicité, leur gentillesse, leur curiosité. "La vie ici y est plus saine, elle était plus sûre", raconte la jeune femme. Passé, présent ; elle oscille entre les deux constamment. Elle est revenue de France sans rien ou presque "deux culottes, un passeport, le minimum", rigole-t-elle. Sans savoir quand elle repartira.
"On leur dit que ça va s'arranger, ils y croient"
Une certitude, elle n'y aura plus de boulot. Elle travaillait dans une société japonaise de relations publiques et au Japon, on n'abandonne pas son poste. Catastrophes ou pas. "Malgré la situation, la majorité des entreprises fonctionnent, les enfants vont à l'école, les magasins sont ouverts, raconte-t-elle. Arrêter de travailler est inconcevable pour un Japonais, cela revient à arrêter l'économie, et là, que deviendrait le pays ?" Une mentalité différente qui explique aussi que peu de Japonais, du moins parmi les amis d'Anne-Laure, quittent Tokyo. "L'un d'eux m'a ainsi expliqué qu'il était de son devoir de rester pour aider à reconstruire son pays, dit-elle. Partir, c'est abandonner. Je pense d'ailleurs que certains de mes amis se sentent trahis que je sois partie..."
Le déclic ? Le message de l'empereur
Depuis mercredi, pourtant progressivement les Japonais réalisent que le drame qui se joue est encore plus grand. L'inquiétude grandit. "Le déclic a été le message télévisé de l'empereur Akihito, un homme vénéré par les Japonais", explique Anne-Laure. Depuis son accession au trône en 1989, c'est la première fois que ses concitoyens entendaient le son de sa voix. "Sa prise de parole a inquiété les Japonais, pour eux, voilà qui montre que la situation est réellement grave..." La dernière fois qu'un empereur avait pris la parole, c'était après Hiroshima.
Sur son profil Facebook depuis la catastrophe, Anne-Laure poste régulièrement des liens et des informations. Elle communique un maximum de données à ses amis japonais restés sur place. A l'un d'entre eux habitant non loin de la centrale de Fukushima et père d'un enfant en bas à âge, elle a fait jurer de partir si la situation se dégradait encore plus. Car, s'ils sont très patriotes, les Japonais, selon Anne-Laure sont des hommes de paroles. Dès qu'elle le pourra, Anne-Laure repartira à Tokyo pour récupérer ses affaires. Elle ne pense pas qu'elle y restera. "Ce n'est pas à cause de la menace du nucléaire, dit-elle. Je ne veux pas prendre le travail d'un Japonais, je préfère laisser ma place à quelqu'un qui est obligé d'y être pour nourrir sa famille."









