Leur détention aura été la plus longue pour des journalistes français depuis la crise des otages au Liban, dans les années 1980. Alain Juppé a précisé que la libération des deux autres accompagnateurs des journalistes remontait à "il y a un certain temps" mais avait été tenue secrète pour des raisons de sécurité.
Quel scénario ?
Si l'on ignore officiellement les conditions de leur libération, BFM TV croit savoir que l'opération de libération aurait été 100% française, chapeautée par le "service action" de la DGSE. Les ravisseurs auraient, selon la chaîne, amené mardi par la route les otages à un point de rendez-vous pour les échanger contre une rançon de plusieurs millions d'euros. Selon France 2, ils auraient d'abord été remis aux forces spéciales afghanes. Puis, selon BFM TV, les otages auraient été récupérés par un hélicoptère Cougar, tandis que la rançon aurait aussitôt été changée en monnaie locale et envoyée au Pakistan où se trouveraient les chefs talibans. Un scénario démenti par Alain Juppé dans la soirée. "La France ne paie pas de rançons", a rétorqué le chef de la diplomatie française dans une brève allocution à la presse.
Le communiqué de l'Elysée se borne lui a "remercier le président (afghan Hamid) Karzaï pour la gestion de cette crise ainsi que tous ceux qui ont participé à la libération des otages", tandis que le gouvernement afghan félicite la France.
En route vers la France
François Fillon a pour sa part assuré qu'ils étaient "en bonne santé" (lire aussi >Il a vu Ghesquière et Taponier : "leur moral semble bon"), annonçant devant les députés que les ex otages étaient "depuis quelques heures" déjà "entre les mains des forces françaises sur la base de Tagab" dans la vallée de Kapisa, au nord-est de Kaboul, là même où ils avaient été enlevés : "nous attendions pour l'annoncer que les familles aient été directement informées" (voir la vidéo >François Fillon annonce la libération des otages à l'Assemblée). Nicolas Sarkozy a ainsi téléphoné en personne à Béatrice, la compagne d'Hervé Ghesquière, pour lui annoncer la nouvelle alors même qu'elle participait au rassemblement parisien marquant les un an et demi de détention des deux hommes et de leurs accompagnateurs, selon Jean-François Julliard, secrétaire général de Reporters sans frontières.
Pour la suite, selon le Premier ministre, les journalistes seront "sur le sol français dans quelques heures". Ils devraient ainsi arriver à Villacoublay dès jeudi matin 8h, selon une source proche du dossier, tandis que place Igor Stravinski, dans le Ier arrondissement de Paris, le rassemblement de soutien se transformait en fête -à 18h30 les proches étaient toujours là pour célébrer la nouvelle. Mercredi soir, ils étaient déjà en route vers la France, selon une source proche du dossier.
"Détermination"
Le Premier ministre a également lancé un appel pour les autres otages français dans le monde (ils sont au nombre de 9, y compris le Franco-Israélien Gilad Shalit, dont 6 enlèvements ont été revendiqués) : "nous allons oeuvrer avec la même détermination pour obtenir leur libération et j'en profite pour lancer un appel à ceux qui les détiennent".
Les journalistes et leurs accompagnateurs avaient été enlevés le 29 décembre 2009 alors qu'ils réalisaient un reportage pour l'émission "Pièces à conviction" de France 3. Leur enlèvement avait été revendiqué par les talibans qui exigaient notamment la libération de plusieurs dizaines de prisonniers, détenus par l'Afghanistan mais aussi par les Etats-Unis, pour remettre en liberté les otages. La dernière preuve de vie connue des deux hommes, un enregistrement vidéo, datait de novembre 2010. Les autorités françaises avaient, à plusieurs reprises cru en une libération imminente, avant de voir leurs espoirs douchés, les négociations s'avérant complexes.
> A lire : Pourquoi la détention des journalistes a tant duré
> A voir : Qui étaient les ravisseurs de Ghesquière et Taponier ? et Journalistes pris en otage : les précédents
| Le soulagement général |
Entre autres réactions, Richard Coffin, porte-parole du comité de soutien, a dit sur LCI son "émotion intense". Pascale Crayssac, amie de Stéphane Taponier, a à son tour évoqué sur LCI sa "joie", disant avoir encore du mal à trouver les mots, tandis que Patricia Philibert, amie d'Hervé Ghesquière, expliquait comment la mobilisation devait se poursuivre : "tout cela est désormais inutile. On est très heureux !". Elle a aussi remercié tous les Français pour leur soutien. Jean-François Julliard, président de RSF, a également décrit le "soulagement de tout le monde". "Le jour même des 18 mois de leur détention, c'était inespéré !", s'est félicité Gaëlle-Anne Dolz, président de la Société des journalistes de France 3. Un peu plus tard, la mère d'Hervé Ghesquière a dit être "folle de joie", selon le maire de Marcq-en-Baroeul, ville d'origine du journaliste, tandis que la femme de Stéphane Taponier laissait couler ses larmes de joie. "On est passé des larmes au rire, c'est magique", a raconté Florence Aubenas, la présidente du comité de soutien, journaliste et ex otage en Irak. |








