Rétrospectivement, le porte-parole du gouvernement japonais au moment de la catastrophe de Fukushima, Yukio Edano, reconnaît avoir eu des sueurs froides. Devant une commission indépendante enquêtant sur la réaction des autorités, il a dévoilé le scénario-catastrophe sur lequel avait planché le gouvernement japonais au pire de la crise. On savait déjà que des plans avaient été dressés au cas où une immense évacuation de la capitale aurait été nécessaire, à la mi-mars, au moment où la maîtrise de la crise nucléaire en cours était encore très incertaine. Or la préfecture de Tokyo compte 13 millions d'habitants. En y ajoutant la population des trois préfectures voisines constitutives du "grand Tokyo", la mégapole compte 35 millions d'habitants, formant la plus importante agglomération urbaine du monde. Mais les précisions apportées devant les enquêteurs par Yukio Edano montrent un peu plus le désarroi des autorités japonaises à l'époque, qui envisageaient sérieusement que la capitale aurait pu devenir durablement inhabitable. "J'ai pensé à un scénario diabolique" où les réacteurs nucléaires auraient explosé les uns après les autres, a-t-il admis. Et à l'époque, il se souvient d'avoir pensé : "Si ça arrive, Tokyo est fini".
Ce témoignage, ainsi que des données plus précises sur les plans du gouvernement durant cette période de crise, ont été publiés dans un rapport d'une commission d'experts chargée d'enquêter sur les événements entourant la pire crise nucléaire planétaire depuis l'accident de Tchernobyl en 1986. Cette même étude révèle que Tepco, le gérant de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima Daiichi (située à 220 km au nord-est du centre de Tokyo), a voulu au pire de la crise évacuer le site atomique où ses employés tentaient de maîtriser le désastre. Mais Tepco, qui a refusé de répondre aux questions de la commission, s'est vu ordonner à l'époque par le Premier ministre, Naoto Kan, démissionnaire depuis, de continuer le travail en maintenant ses travailleurs sur place. D'après les experts, si le Premier ministre n'avait pas insisté et obtenu gain de cause, l'accident de Fukushima aurait davantage dégénéré, entraînant des conséquences catastrophiques.
Près d'un an après le début de la crise, l'accident est aujourd'hui en cours de contrôle et les réacteurs sont en état "d'arrêt à froid", c'est à dire que leur température interne est descendue sous les 100°C. Une centaine de milliers de personnes, habitant les environs de la centrale dans la préfecture de Fukushima, ont été évacuées dans les premières semaines de l'accident. Et la radioactivité continuera durablement à rendre inhabitables certaines des zones vidées de leur population.









