Le militant anticorruption indien Anna Hazare cessant son jeûne (28 août 2011) © TF1/LCISa campagne visant à durcir la législation en matière de lutte contre la corruption, dans un pays où le versement de pots-de-vin fait partie des moeurs, a trouvé un immense écho au sein d'une population révoltée par ce fléau endémique. A tel point qu'il a réussi à faire plier la classe politique. Après une crise de douze jours qui fortement ébranlé le pouvoir, le militant indien anticorruption Anna Hazare a cessé dimanche sa grève de la faim. "Pendant 12 jours, le peuple de ce pays était ici, c'est leur victoire !", a-t-il clamé devant une foule de partisans en liesse - alors que cet homme aux allures de Gandhi (qu'il admire), souriant mais visiblement affaibli, a perdu sept kilos dans ce dur combat politique.
Un combat qui a connu un succès foudroyant auprès des classes moyennes urbaines et des populations rurales, et qui s'était cristallisée sur un projet de loi visant à créer un poste de médiateur de la République pour surveiller les hommes politiques et les bureaucrates. Anna Hazare exigeait le retrait du projet et l'adoption d'une version plus radicale. Il avait entamé pour cela une grève de la faim le 16 août, devenue publique trois jours plus tard, au centre de New Delhi. Samedi, le ministre des Finances, Pranab Mukherjee, a indiqué que les parlementaires avaient accepté le principe des propositions de Hazare, à l'issue d'un long débat à la Chambre haute du parlement. Outre la création d'un médiateur de la République dans chacun des 29 Etats de l'Union indienne, ce nouveau projet prévoit la rédaction d'une "charte du citoyen" expliquant les droits du peuple et l'extension des pouvoirs du médiateur à tous les fonctionnaires du gouvernement.
Le Premier ministre change de ton
La campagne de ce militant hors-normes a fait l'objet de sévères critiques en dépit de l'immense vague de soutien populaire et médiatique. Rahul Gandhi, considéré comme le potentiel futur Premier ministre de l'Inde et fils de la dirigeante du parti au pouvoir, a ainsi jugé que son action menaçait le processus démocratique en forçant la main au pouvoir législatif de la "plus grande démocratie du monde". Sa tactique a aussi été critiquée par des figures du militantisme qui ont dénoncé le "nationalisme agressif" du militant et l'espoir qu'il a fait naître au sein de la population selon lequel un seul projet de loi aurait le pouvoir d'éradiquer la corruption en Inde.
En première ligne pendant la crise, le Premier ministre, Manmohan Singh, avait d'abord qualifié la campagne d'Hazare d'"infondée" au regard de la prérogative exclusive du parlement, avant d'adopter un ton plus conciliant, prenant acte de la "colère" du pays et saluant même l'"idéalisme" du militant. Il est vrai que depuis des mois, des scandales de corruption ont défrayé la chronique, y compris au sein du gouvernement, le plus retentissant d'entre eux ayant porté sur la vente présumée frauduleuse de licences de téléphonie mobile orchestrée par l'ancien ministre des Télécommunications.
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