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Pakistan : la fillette chrétienne bientôt libérée... mais menacée


le 07 septembre 2012 à 13h28 , mis à jour le 07 septembre 2012 à 13h47.
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4min
Pakistan : la maison de Rimsha, la jeune chrétienne accusée de blashphème (août 2012)

Pakistan : la maison de Rimsha, la jeune chrétienne accusée de blashphème (août 2012) / Crédits : TF1/LCI

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AsieLa justice pakistanaise a accepté le principe de la libération sous caution de la fillette accusée de blasphème, après l'arrestation d'un imam soupçonné d'avoir voulu la piéger. Mais elle ne pourra rentrer dans son village, où sa vie pourrait être menacée.

Au Pakistan comme en Occident, le cas de Rimsha Masih est devenu emblématique. Cette jeune chrétienne accusée de blasphème antimusulman a obtenu vendredi sa libération sous caution. La décision de la justice pakistanaise a été annoncée quelques jours après l'arrestation d'un imam soupçonné d'avoir organisé un coup monté pour la faire arrêter. Selon son avocat, c'est la première fois qu'une personne accusée en vertu de la loi sur le blasphème, qui prévoit jusqu'à la peine de mort pour quiconque est reconnu coupable d'insulte au prophète Mahomet et la prison à vie pour qui brûle un verset du Coran, bénéficie d'une telle mesure au Pakistan.

Rimsha ne sortira toutefois de prison que lorsque sa caution, fixée à un million de roupies (environ 8300 euros) aura été payée (sans doute au cours du week-end), et que les autorités lui auront trouvé un lieu de résidence sécurisé. Elle pourrait en effet être en danger si elle retourne dans son village. Cette décision ne concerne par ailleurs pas le fond de l'affaire, donc la culpabilité ou l'innocence de la jeune fille, car "l'enquête de la police est toujours en cours", a précisé un des avocats de la jeune fille, ajoutant que l'adolescente ne pouvait donc pas quitter le pays à ce stade. La prochaine audience est attendue dans trois ou quatre mois.

Un imam soupçonné de coup monté

Depuis le début de l'affaire, les accusations portées contre la jeune fille, dont l'âge et les facultés mentales font l'objet d'informations contradictoires, ont entretenu le soupçon. Certains médias affirment que Rimsha Masih a 11 ans et qu'elle est trisomique. Un hôpital a de son côté déclaré qu'elle était âgée de 14 ans mais que ses capacités mentales étaient inférieures à son âge et qu'elle était analphabète. Or, elle était accusée d'avoir brûlé des pages du Coran... qu'elle n'aurait donc pas même été capable de déchiffrer. Attisant la polémique, il y a une semaine, la police pakistanaise a fait savoir qu'un imam est désormais soupçonné d'avoir lui-même déchiré des pages du livre saint et d'avoir placé les morceaux dans un sac de la fillette contenant des papiers brûlés. Hafiz Mohammed Khalid Chishti, qui était à l'origine des accusations contre la fillette chrétienne, a été arrêté après avoir été dénoncé notamment par son assistant. 

Mais il en faudra bien plus pour sauver Rimsha Masih, désormais devenue le centre d'une affaire qui attise les rancoeurs communautaires, et qui, même innocente, pourrait risquer sa vie. Au coeur de la controverse, la fameuse loi sur le blasphème préoccupe tout particulièrement la communauté chrétienne, qui représente 4% des 180 millions de Pakistanais. Les chrétiens du Pakistan estiment que cette législation ne leur offre aucune protection. Et si beaucoup de condamnations pour blasphème contre l'islam ou le prophète Mahomet sont rejetées en appel, de nombreux Pakistanais accusés de blasphème ont été lynchés par la foule.

Les rumeurs tuent

Les chrétiens soulignent que les dénonciations dont ils peuvent être victimes s'appuient uniquement sur des témoignages de voisinage et sont souvent liées à des règlements de compte. Une doléance qu'est venue conforter, il y a quelques jours, l'annonce de l'arrestation de l'imam à l'origine de la plainte contre Rimsha... Mais le mal est déjà fait : plusieurs centaines d'habitants chrétiens du village de Rimsah Masih ont fui leurs domiciles quand les mosquées ont commencé à dénoncer par haut-parleur les actes présumés de la jeune fille.

Car même si la justice pakistanaise n'intervient pas, les seules rumeurs peuvent être meurtrières. En 2009, une quarantaine de maisons et une église avaient été incendiées par un millier de musulmans dans la ville de Gojra, province du Pendjab, et au moins sept chrétiens avaient été brûlés vifs à la suite de rumeurs de profanation du Coran. En juillet 2010 à Faisalabad, deux frères chrétiens accusés d'avoir écrit un texte insultant envers le prophète Mahomet avaient été abattus à la sortie d'un tribunal.

Commenter cet article

  • nezdegoret : Fait pas bon être chrétien là bas!!!

    Le 08/09/2012 à 22h14
  • jjtournan : Faire payer une caution pour libérer une innocente ! ! !

    Le 08/09/2012 à 13h31
  • coincoin1981 : No comment

    Le 08/09/2012 à 02h25
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