La décision, la semaine dernière, du gouvernement japonais de nationaliser un petit archipel de la mer de Chine orientale, appelé Senkaku par le Japon et Diaoyu par la Chine, a provoqué le courroux de Pékin, tandis que de nombreuses manifestations antijaponaises ont eu lieu dans des villes chinoises. Maladie chronique des relations entre Pékin et Tokyo, les "coups de fièvre" anti-japonais donnent lieu en Chine à des mobilisations populaires canalisées par le pouvoir communiste, ponctuées de slogans volontiers haineux qui peuvent dégénérer en violences de rue. Six Japonais ont ainsi été pris à partie dans les rues de Shanghai la semaine dernière. Nombre de chauffeurs de taxis chinois assurent qu'ils ne prendront "plus jamais" de clients nippons. Et à Shenzhen, la foule a appelé dimanche à un "bain de sang" à Tokyo, quand d'autres pancartes appelaient à "vitrifier" la capitale japonaise.
Face à ces tensions, diverses sociétés japonaises implantées en Chine ont annoncé lundi la suspension de l'activité de certaines de leurs usines. "En raison des récents troubles en Chine, nous avons temporairement suspendu nos opérations dans les trois usines suivantes afin d'assurer la sécurité de tous nos employés qui y travaillent", a indiqué Canon dans un communiqué, en citant les sites concernés : Suzhou, Zhuhai et Zhongshan. D'autres entreprises japonaises ont également pris des décisions similaires. La société Panasonic a ainsi annoncé lundi suspendre "pour le moment" l'activité de son usine de Qingdao, dans le nord-est de la Chine, après un incendie dont elle n'a pas expliqué la cause.
La menace de sanctions commerciales
Et les tensions ne semblent pas devoir s'apaiser, bien au contraire. "Les manifestations antijaponaises se propagent à une échelle jamais vue. Certaines se sont transformées en émeutes", a relevé lundi le ministre japonais des Affaires étrangères, après sa rencontre avec le secrétaire américain à la Défense Leon Panetta. Mardi s'annonce une journée encore plus chaude dans les rues chinoises : dans la foulée des manifestations de ce weekend, qui ont réuni plusieurs dizaines de milliers de Chinois, les rassemblements attendus ce jour-là coïncideront avec la date-anniversaire de "l'incident de Moukden" qui, le 18 septembre 1931, avait fourni le prétexte à l'invasion de la Mandchourie par le Japon.
La presse d'Etat chinoise n'est pas en reste : elle a brandi lundi la menace de sanctions commerciales contre le Japon. "L'économie du Japon n'est pas immunisée contre des mesures économiques chinoises", a mis en garde lundi le Quotidien du Peuple, organe officiel du Parti communiste au pouvoir. "Le Japon serait-il prêt à perdre de nouveau 10 ans, voire même à reculer de 20 ans ?", a ajouté le journal officiel, en faisant allusion à la triple crise boursière, immobilière et bancaire que le Japon a connue au cours des années 1990 et qui avait débouché sur une "décennie perdue". Des menaces à prendre au sérieux pour Tokyo : la Chine est le premier partenaire commercial du Japon, alors que pour la Chine le Japon ne vient qu'après l'Union européenne et les Etats-Unis en termes de volume des échanges commerciaux.










