© AFPNovice en politique, la dirigeante de l'opposition thaïlandaise Yingluck Shinawatra s'apprête à diriger le futur gouvernement du pays après sa victoire aux législatives de samedi. La Commission électorale a projeté que sa formation politique, le Puea Thaï (Pour les Thaïs) remporterait 264 des 500 sièges au parlement, soit une victoire décisive. Ce scrutin constitue un revers pour la classe dirigeante traditionnelle, composée de vieilles familles fortunées, de généraux de l'armée et de conseillers du palais royal, qui soutenaient le Premier ministre Abhisit Vejjajiva : il sera difficile aux adversaires résolus du clan Thaksin, au sein de l'armée et de l'establishment, d'empêcher Yingluck d'arriver au pouvoir. Le Premier ministre sortant a reconnu dès ce week-end sa défaite et a félicité Yingluck Shinawatra. L'armée thaïlandaise, toujours soupçonnée de vouloir s'immiscer dans les affaires politiques du pays, s'est elle aussi inclinée lundi.
Thaïlande : les urnes et les fusils
Les législatives qui se sont déroulées ce dimanche en Thaïlande font figure de véritable référendum pour ou contre Thaksin, chassé du pouvoir par un coup d'Etat militaire. Son parti est donné grand gagnant. Mais l'armée est soupçonnée de vouloir tout faire pour empêcher son retour.
Publié le 03/07/2011
Reste pourtant qu'un an après les violentes manifestations du printemps 2010, qui ont conduit à la mort de plus de 90 personnes, la Thaïlande reste profondément divisée entre les élites de la capitale gravitant autour du palais royal et les masses défavorisées, en majorité fidèles à l'ancien Premier ministre thaïlandais Thaksin Shinawatra, chassé par un coup d'Etat et en exil à Dubaï. Le scrutin de ce week-end tenait d'ailleurs lieu de référendum pro ou anti-Thaksin, et c'est la propre soeur de l'exilé, son "clone" comme il le dit lui-même, qui en est sortie victorieuse.
Prévenir les accusations de "dictature parlementaire"
Mais face au risque toujours important de troubles, l'ancien Premier ministre, dont beaucoup espèrent le retour, a estimé lundi depuis Dubaï que cette question devait s'effacer devant les nécessités de la réconciliation nationale. Après quoi viendra la grande question de la remise sur pied de l'économie. A la demande de savoir s'il allait tenter de récupérer quelque 1,4 milliard de dollars de ses avoirs, gelés par la Cour suprême en 2010, il a répondu: "ne vous en faites pas, je ne meurs pas encore de faim".
Tout aussi prudents, ses partisans désormais victorieux s'efforcent de fédérer. Le Puea Thai a remporté à lui tout seul la majorité absolue des suffrages avec 265 sièges, contre 159 à son principal adversaire, le Parti démocrate du Premier ministre sortant Abhisit Vejjajiva. Il n'a donc mathématiquement pas besoin de former une coalition. Mais Thaksin a lui même insisté dimanche sur la nécessité d'avoir un gouvernement de coalition. "Ce n'est pas bon pour le Puea Thai de travailler tout seul", a-t-il estimé. Voilà pourquoi le parti est en train de mettre sur pied un gouvernement de coalition. Le Puea Thai sera rejoint par quatre partis minoritaires dans le futur gouvernement, a d'ores et déjà annoncé la future Premier ministre, Yingluck Shinawatra. Pichai Chuensuksawadi, rédacteur en chef du quotidien Bangkok Post, voit aussi dans cet appel aux autres formations politiques une volonté de prévenir les "accusations de dictature parlementaire" que les alliés de Thaksin ont essuyé par le passé lorsqu'ils gouvernaient seuls. Au total, la future coalition, qui inclut le Chart Thai Pattana et ses 19 députés, devrait compter 299 sièges sur 500 dans la future assemblée.
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