© AFPLa Thaïlande serait-elle en train de tourner la page de six années de crise politique ? Comme les premières tendances le laissent présager, le Puea Thaï - pour les Thaïs -, parti de Yingluck Shinawatra, soeur cadette du chef de gouvernement déchu Thaksin Shinawatra, a largement remporté les élections législatives. Selon les dernières estimations de la Commission électorale sur la base du dépouillement de 97% des voix, le parti d'opposition a remporté 263 sièges, soit la majorité absolue, contre seulement 161 pour les Démocrates.
Thaïlande : les urnes et les fusils
Les législatives qui se sont déroulées ce dimanche en Thaïlande font figure de véritable référendum pour ou contre Thaksin, chassé du pouvoir par un coup d'Etat militaire. Son parti est donné grand gagnant. Mais l'armée est soupçonnée de vouloir tout faire pour empêcher son retour.
Publié le 03/07/2011
Plus surprenant, le premier ministre sortant, Abhisit Vejjajiva, a admis sa défaite. "Le résultat est clair : le Puea Thai a gagné les élections et les Démocrates sont battus", a déclaré Abhisit, ajoutant vouloir "voir l'unité et la réconciliation" dans le pays après les violences de ces dernières années. Peu après, la soeur de Thaksin Shinawatra, de facto leader de l'opposition depuis son exil à Dubaï, a estimé que le peuple lui avait donné "une chance" de gouverner le pays. "Je vais travailler de mon mieux pour le peuple", a déclaré Yingluck, femme d'affaires de 44 ans, en passe de devenir la première femme à diriger un gouvernement dans le pays.
Thaksin appelle un gouvernement de coalition
Le parti d'opposition aurait donc mathématiquement la possibilité de gouverner seul. Mais Thaksin lui-même a déclaré dimanche, depuis Dubaï où il vit en exil pour échapper à la prison, qu'une coalition était "toujours nécessaire". "Ce n'est pas bon pour le Puea Thai de travailler tout seul". Yingluck, que Thaksin a décrite comme son "clone", n'avait aucune expérience lorsqu'elle a été propulsée sur la scène politique il y a moins de deux mois. Mais elle a su admirablement surfer sur une campagne qui, comme lors des trois précédents scrutins, s'apparentait à un référendum pour ou contre son frère.
Alors que le Puea Thai a évoqué une amnistie pour tous les hommes politiques condamnés, dont lui, les Démocrates ont crié au scandale. Les résultats de dimanche ne signifient pas que les électeurs "ont donné mandat pour blanchir quiconque", a insisté Abhisit, promettant que les Démocrates "s'opposeraient à toute tentative d'amnistie". "Je n'ai pas besoin de rentrer à la maison bientôt (...). Je ne veux pas causer de problèmes en rentrant", a tenté pour sa part de rassurer le milliardaire, ajoutant toutefois qu'il "espérait absolument assister au mariage de sa fille" en décembre en Thaïlande.
Le scrutin s'est déroulé dans le calme, en dépit de déclarations alarmistes de nombreux experts et protagonistes qui craignaient des violences, un an après les manifestations des "chemises rouges" au printemps 2010. Jusqu'à 100.000 manifestants, pour la plupart fidèles à l'ancien magnat des télécommunications, avaient alors occupé le centre de Bangkok pendant deux mois pour réclamer la démission d'Abhisit, avant d'être délogés par l'armée au terme de plusieurs jours de guérilla urbaine. La crise, la plus grave qu'ait connu la Thaïlande moderne, avait fait plus de 90 morts et1.900 blessés.
Une intervention militaire peu probable
Dans un pays qui a connu 18 coups d'Etat ou tentatives depuis 1932, l'armée est elle aussi soupçonnée de vouloir s'immiscer dans le processus électoral. Et malgré ses dénégations, son puissant chef Prayut Chan-O-Cha, qui avait appelé à voter pour les "bonnes personnes", n'a pas réussi à complètement apaiser les rumeurs de putsch. L'ampleur de la victoire de l'opposition complique pourtant une intervention militaire.
Thaksin et ses alliés ont remporté toutes les élections depuis 2001. Mais ils ont été chassés du pouvoir par les militaires en 2006, puis à deux reprises par la justice en 2008, permettant l'arrivée au pouvoir d'Abhisit à la tête d'une coalition de six partis. Le milliardaire vit en exil pour échapper à une condamnation à deux ans de prison pour malversations financières. La moitié de sa fortune a été saisie l'an dernier. Il est également poursuivi pour terrorisme pour son soutien présumé aux manifestations du printemps 2010.
Retour MYTF1
Thaïlande : les urnes et les fusils
Chargement en cours...




