Archives : prière à La Mecque, 5 juin 2008Mathieu Guidère est professeur d'islamologie et de pensée arabe à l'Université de Toulouse II. En 2011, il est l'auteur du livre Le choc des révolutions arabes (Editions Autrement).
Charia en Libye : "le plus inquiétant, c'est l'attitude du président du CNT"
INTERVIEW - Jean-Yves Moisseron, chercheur à l'Institut de recherche pour le développement, souligne que l'attitude de Mustapha Abdeljalil, qui a instauré la charia avant même toute élection, est plus inquiétant que la mise en place de la loi islamique en elle-même, en vigueur dans de nombreux pays.
Publié le 24/10/2011
Jeannette Bougrab : "Il n'y a pas de charia light"
Dans les colonnes du Parisien, la secrétaire d'Etat à la Jeunesse fait part de ses inquiétudes sur les succès des partis islamistes lors des scrutins organisés à la suite des révolutions du "printemps arabe". Et elle assène : "Je ne connais pas d'islamisme modéré".
Publié le 03/12/2011
Tunisie: Ennahda en tête dans plus de la moitié des circonscriptions
Le parti islamiste était toujours en tête des élection de dimanche en Tunisie après le dépouillement de 14 des 27 circonscriptions du pays, selon des résultats annoncés mercredi soir. Ennahda estime en conséquence "naturel" de diriger le gouvernement.
Publié le 26/10/2011
Tunisie : les islamistes d'Ennahda revendiquent la tête du gouvernement
Le mouvement islamiste tunisien Ennahda affirme, sur la base de ses propres chiffres, avoir obtenu plus de 40% des sièges de l'Assemblée constituante. Les discussions pour former une coalition ont déjà commencé. Avec une condition : Ennahda estime "naturel" de diriger le gouvernement.
Publié le 26/10/2011
Tunisie : les islamistes revendiquent près de la moitié des sièges
Le mouvement islamiste Ennahda a affirmé mardi soir, sur la base de ses propres chiffres, avoir obtenu plus de 40% des sièges de l'Assemblée constituante. Les résultats officiels de l'élection sont attendus mercredi matin. Mais les tractations ont déjà commencé entre les différents partis.
Publié le 25/10/2011
Tunisie: Ennahda veut rassurer et propose une alliance aux laïcs
Le parti islamiste donné vainqueur des élections tunisiennes a lancé lundi un message pour "rassurer" et donner des garanties sur son engagement à respecter les droits acquis des femmes et des minorités religieuses. Il propose une alliance à deux partis laïcs.
Publié le 24/10/2011
La charia, une idée qui fait son chemin en Libye
L'annonce d'une législation fondée sur la charia, la loi islamique, en Libye suscite l'inquiétude. Le président du Conseil national de transition a tenté de rassurer lundi la communauté internationale. A Tripoli, l'idée ne scandalise pas les Libyens.
Publié le 24/10/2011
Elections en Tunisie : "Ne soyons ni alarmistes, ni naïfs"
Alors que le parti islamiste d'Ennahda revendique 40% des voix, beaucoup s'inquiètent pour l'avenir de la Tunisie. La victoire de ce parti sonne-t-il le retour à la charia, à la loi islamique ? Décryptage de Patricia Allemonière.
Publié le 24/10/2011
TF1 News : Comment définir la charia ?
Mathieu Guidère : C'est un ensemble de règles morales et pénales qui régissent la vie d'un musulman. Ces règles proviennent du Coran ou de la tradition du prophète, la Sunna. Certaines sont écrites -les "Hudud"- et se référent directement au Coran. Les autres, écrites ou non mais toujours inspirées du Coran et de la Sunna, sont laissées à l'appréciation du juge du droit musulman, le cadi. Ce dernier a appris non pas le code civil de son pays mais la législation musulmane dans une faculté de théologie avant de passer un concours et d'être nommé par le ministre de la Justice.
Aujourd'hui, presque tous les pays musulmans ont un système judiciaire mixte hérité de la colonisation française et britannique. Ils allient les tribunaux civils, mis en place par la France et le Royaume-Uni, et les tribunaux islamiques. En règle générale, les tribunaux islamiques s'occupent des affaires du code personnel (famille, mariage, divorce...). Les tribunaux civils, plus modernes, sont quant à eux en charge du commerce, du droit des sociétés.
TF1 News : Quelles sont les règles écrites de la charia ?
M.G. : Elles correspondent à des délits et des peines précis. La peine du fouet (100 coups) est infligée pour des rapports sexuels hors mariage, la "fausse-imputation" de ce crime (80 coups) ou la consommation d'alcool (de 10 à 100 coups). La lapidation concerne l'adultère entre une femme et un homme mariés. L'amputation (main droite et/ou pied gauche) punit le banditisme et le vol à main armé. Enfin, la peine de mort s'applique pour l'apostasie (l'abandon de l'islam par un musulman), la rébellion et l'insurrection.
TF1 News : Et quelles sont les peines laissées à l'appréciation du juge musulman ?
M.G. : Ce sont les peines de correction. Elles dépendent de la circonstance et de la gravité des faits et de la personnalité de leur auteur : nombre de coups de fouets, prison, amende ou peine morale, voire religieuse (comme le jeûne par exemple).
| "Il y a autant de manières d'appliquer la charia que de pays musulmans" |
TF1 News : Quels sont les pays qui appliquent la charia ?
M.G. : Quasiment tous les pays musulmans. Mais il y a autant de manières d'appliquer la charia que de pays. Ceux qui l'appliquent strictement sont le Pakistan, l'Afghanistan, le Soudan, l'Arabie saoudite, la Somalie (dans la partie gérée par les rebelles islamistes "Shebab") et l'Iran. Certains pays considèrent en revanche que les peines physiques (lapidation, amputation..) sont dépassées. D'autres les conservent à titre uniquement dissuasif, mais ne les prononcent plus.
TF1 News : L'annonce du rétablissement de la charia en Libye gêne les Occidentaux, qui soutiennent le CNT.
M.G. : Mouammar Kadhafi avait déjà rétabli en partie la charia en 1993, principalement pour les affaires familiales. Ce qui change vraiment aujourd'hui en Libye, c'est sa future application aux affaires civiles. Et cela peut s'expliquer pour une raison économique : les pays musulmans qui ont adopté les règles occidentales pour le commerce ont moins résisté à la crise que ceux où la "finance islamique" est toujours appliquée.
TF1 News : Pourquoi ?
M.G. : Les principes de la "finance islamique" permettent d'éviter certains abus. Il est par exemple interdit de pratiquer l'usure lors d'un prêt, interdit de s'enrichir sans projet concret (ce qui empêche de fait la spéculation) ou encore de faire du commerce avec des substances prohibées par l'islam comme l'alcool ou le tabac. Evidemment, la "finance islamique" est plus réduite. Mais elle est aussi plus solide.
| "Distinguer ce que permet le droit musulman et la réalité" |
TF1 News : Mustapha Abdeljalil parle aussi cependant de rétablir la polygamie. Cela peut choquer en Occident.
M.G. : Là aussi, tout est affaire d'application. Aujourd'hui, de tous les pays arabo-musulmans, seule la Tunisie interdit formellement la polygamie. Pour les autres, certes, le Coran dit qu'un homme peut avoir jusqu'à quatre femmes. Mais à condition d'être équitable et d'offrir à sa 2e, 3e voire 4e épouse exactement les mêmes "prestations" que la première. Il doit alors le prouver devant un juge musulman. Et dans les faits, c'est très souvent refusé. Il faut donc bien distinguer ce que le droit musulman formel prévoit et la réalité car il y a une très grande différence.
Chaque règle de la charia ayant une explication, il faut aussi remettre la décision d'Abdeljalil dans le contexte libyen. Selon les estimations, la guerre a fait 50.000 victimes. Il y a aura donc également de nombreuses veuves de guerre. Or la tradition de la polygamie a été instaurée par le prophète après la perte de beaucoup d'hommes dans les guerres de son époque. Il avait alors épousé certaines veuves pour subvenir à leurs besoins. Cela s'est ensuite répété dans l'histoire musulmane. Dans un contexte de guerre et de pertes masculines importantes, il est fort probable qu'un cadi ne discute pas trop le choix d'un homme de devenir polygame. Mais, ensuite, c'est beaucoup moins évident.
M.G. : Globalement, oui, sauf pour les libertés personnelles (liberté de culte, liberté de changer de religion et liberté sexuelle) et le droit des femmes. Au-delà du divorce et de la polygamie, l'égalité stricte entre hommes et femmes n'est pas totale, notamment en matière d'héritage (une femme hérite de la moitié de ce que touche un homme) et de témoignage (il faut deux femmes témoins pour un seul homme).
| "La charia, futur curseur de l'ouverture des islamistes" |
TF1 News : La charia est-elle néanmoins aujourd'hui appliquée dans un cadre qui s'approcherait de la démocratie comme nous l'entendons ?
M.G. : Il est très difficile de répondre à la question car elle repose sur des réalités complexes. La Turquie, pays laïc, est une démocratie musulmane qui s'inspire de la charia sans l'appliquer. A l'inverse, l'Iran est une république islamique qui applique la charia mais qui n'est pas démocratique puisque le Guide religieux, désigné, décide de tout, et ce même si le président et le parlement sont élus au suffrage universel. Au risque de choquer, on pourrait dire que le confessionnalisme libanais permet à la charia d'être appliquée dans un cadre démocratique puisque les musulmans libanais peuvent éventuellement aller voir le cadi pour régler leurs affaires personnelles et familiales.
TF1 News : Plus globalement, la percée des islamistes en Tunisie, et probablement en Egypte le mois prochain, vous surprend-t-elle ?
M.G. : Pas du tout. Tous les régimes autoritaires qui ont tenu les pays arabes ces dernières décennies étaient en total décalage avec la masse populaire et la culture de ces peuples. Traditionnalistes, ils ont une forte identité arabo-musulmane qui s'oppose aux élites occidentalisées. Le printemps arabe conduit donc à un retour à la normale, où l'on redécouvre, par exemple, que la Tunisie est un pays musulman. Il est donc fort probable qu'Ennahda finisse par s'appuyer sur la charia à un moment ou à un autre.
A l'avenir, je pense d'ailleurs que l'alternance dans ces pays se fera entre les islamistes conservateurs, plutôt à droite, et les islamistes progressistes, de gauche. Et ce qui les distinguera, c'est justement leur degré d'application et d'appréciation de la charia. Ce sera le curseur qui montrera ou non leur ouverture.
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Charia en Libye : "le plus inquiétant, c'est l'attitude du président du CNT"
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