Novices, mais pas motivés

Par L.V., le 14 juin 2004 à 11h32 , mis à jour le 14 juin 2004 à 12h20

Hormis Malte et Chypre, les électeurs des nouveaux membres de l'Union européennes ont spectaculairement boudé les urnes. En Pologne, 80% des électeurs se sont abstenus, "preuve de l'immaturité" de la société civique du pays, selon son président.

drapeau europeen © INTERNE

Seuls parmi les nouveaux entrants dans l'Union européenne, les Maltais et les Chypriotes, deux peuples insulaires de l'Europe méditerranéenne, sont allés voter en masse. Chez les huit autres nouveaux membres, la mobilisation a été totalement défaillante, avec un point culminant en Pologne, où à peine plus de 16% des électeurs se sont rendus aux urnes. Les nombreux appels à la mobilisation des dirigeants nationaux, des responsables européens et même de la puissante Eglise catholique polonaise n'ont pas réussi à convaincre des électeurs, trop peu informés des vrais pouvoirs dont disposeront les 732 députés. Pour le président Kwasniewski, le taux d'abstention record est "une preuve d'immaturité" de la société civique en Pologne.

Dix ans de réformes douloureuses

L'Europe orientale a donc été sévère avec le parlement de Strasbourg. Si l'on prend en compte les 25 pays membres, c'est dans les huit pays de l'ancienne Europe communiste que la participation a été la plus faible. Chez eux, seuls 26% des électeurs se sont déplacés. En Slovaquie, la Commission électorale estimait que l'abstention atteindrait 80%. En Estonie, seulement un peu plus d'un quart (26,7%) des électeurs s'est déplacé aux urnes. En République tchèque, moins d'un électeur sur trois est allé voter. En Hongrie, le taux de participation était de 38,47% contre 42,82% lors des dernières législatives en 2002. Même en Slovénie, un pays plutôt euro-enthousiaste, seulement 28,34% des électeurs se sont déplacés.

Selon les analystes, les peuples nouvellement européens, encore peu familiers du fonctionnement de l'UE dans laquelle ils viennent d'entrer début mai, sont aussi souvent désabusés par une classe politique qui leur impose des réformes douloureuses depuis plus de dix ans. "Les élections européennes sont quelque chose de trop nouveau", tentait quant à lui d'expliquer le politologue tchèque Bohumil Dolezal. "Les Slovaques ne considèrent pas ces élections comme quelque chose qui peut influencer directement leur vie, ils sont persuadés que Bruxelles est trop loin", ajoutait de son côté son homologue Grigorij Meseznikov, président de l'Institut pour des affaires publiques à Bratislava. Pour leur premier mandat, les députés européens de l'ancien Pacte de Varsovie vont devoir représenter des pays qui au mieux les regardent avec indifférence, et au pire les méprisent.

La Méditerranée à l'honneur

Pour les Maltais, petit pays de marins et de commerçants habitués, comme les Suisses, à l'empoignade démocratique, la forte participation est habituelle. Dirigée par des nationalistes pragmatiques, au discours parfois rude, l'île de Malte enverra toutefois à Strasbourg 3 membres de l'opposition europhile travailliste et 2 députés du parti au pouvoir. A Chypre, où les électeurs ont été échaudés par le fiasco du plan de réunification de l'ONU, les urnes ont confirmé les préférences de la population hellénophone : les communistes et les centristes qui se partagent le pouvoir enverront leurs hommes à Strasbourg, pour n'avoir pas failli à représenter leur peuple dans des échéances cruciales.

Par L.V. le 14 juin 2004 à 11:32
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