Giscard ne s'affole pas

Par , le 24 mars 2005 à 15h16 , mis à jour le 24 mars 2005 à 16h29

L'ancien président a affirmé qu'il "était sûr que les Français diraient oui lors du référendum". Selon lui, "on se moque des Français" en disant que la Constitution n'est pas assez sociale.

Giscard

A deux mois du référendum, le père de la Constitution européenne n'est pas inquiet car selon lui, le oui va l'emporter. Et Valéry Giscard d'Estaing veut faire partager aux Français son optimisme tranquille. Car les Français, il les connaît, "ce sont des gens raisonnables depuis Descartes". Et aux Français, il ne faut pas raconter de "blagues" affirme l'ancien président de la République. Lors d'une rencontre jeudi matin avec des journalistes, ce mot est revenu plusieurs fois dans sa bouche. Comme s'il était persuadé que le bon sens allait l'emporter et que les arguments du non n'allaient pas tenir la distance. 

Ces arguments "prennent les Français pour des imbéciles", avec "de faux procès faits par de faux témoins", explique-t-il en présentant à la presse un petit livre sur la Constitution européenne de la collection "Explique-moi" *. "Chaque fois que l'on cite des exemples pour prouver que l'Europe marche mal, cela démontre qu'il faut la réformer et c'est précisément le but de la Constitution" avance-t-il. A ceux qui reprochent au texte de na pas être "assez social", il répond qu'un traité ne définit pas le contenu de la politique sociale. Et toujours avec un souci de pédagogie, Valéry Giscard d'Estaing d'expliquer qu' "une Constitution, comme les statuts d'un club de football, fixe les règles de fonctionnement du système mais ne définit pas la façon de jouer des joueurs !". Et si on lui dit que ce sont justement les joueurs, la classe politique française, qui sont responsables de la montée du non en France, il concède que l'Europe a trop souvent servi de bouc émissaire aux mécontentements de toutes sortes. Mais il n'en dit pas plus.

"En terme d'image, un rejet du traité serait catastrophique"

En tant que membre de droit du Conseil constitutionnel, VGE refuse de s'immiscer dans le débat politique français. Pourtant, ses réponses traduisent une volonté d'expliquer et une passion intacte pour la chose politique. "Les Français n'ont pas une culture du référendum mais une culture de plébiscite. Il faut qu'ils apprennent à répondre à la question posée" lance-t-il. En contrepartie, "les interventions gouvernementales doivent éviter de transformer la nature de la consultation référendaire". Autrement dit, Jean-Pierre Raffarin est prié de ne pas faire campagne. La désapprobation du gouvernement ainsi que le débat sur la Turquie expliquent, selon lui, la baisse récente du oui dans les sondages. Toues les enquêtes montrent que la zone d'approbation réel du traité se situe au niveau de 58-60% contre 42-40% pour le non. C'est la raison pour laquelle l'ancien président pronostique une assez large victoire du oui.

Ultime conseil d'un fin stratège, les partisans du traité ne doivent pas utiliser d'arguments catastrophistes. "Il ne faut jamais s'affoler" fait-il remarquer, avec le sourire de celui qui géra les destinées du pays pendant sept ans. Mais en bon connaisseur des affaires du monde, il ne manque pas de préciser immédiatement après "qu'en terme d'image, un rejet du traité par les Français le 29 mai serait catastrophique". "Vous savez, il faut être bien conscient que notre réputation à l'étranger n'est pas toujours excellente. On nous reproche de temps à autre notre arrogance et notre frilosité au changement. Imaginez l'autorité future de la France si elle rejetait une Constitution qu'elle a elle-même réclamée !"  Valéry Giscard d'Estaing, lui, ne l'imagine pas et salue les journalistes, avec le sourire.

* Explique-moi... la Constitution européenne - Collection du citoyen (NANE Editions)

Par Renaud Pila le 24 mars 2005 à 15:16
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