Le "J'accuse" de Delors

le 27 avril 2005 à 17h08 , mis à jour le 27 avril 2005 à 18h16

L'ancien président de la Commission européenne présente dans le Nouvel Observateur à paraître jeudi une défense énergique de la Constitution européenne et accuse les partisans du non de "mentir" aux Français. Il les qualifie de "mauvais bergers" et de "joueurs de flûte".

delors_europe © DR

Contrairement à Lionel Jospin qui accordera jeudi soir sa première interview télévisée depuis le 21 avril, Jacques Delors est un vrai retraité de la vie politique. Et celui qui a consacré tout son engagement politique à l'idéal européen n'entend pas ménager sa peine face à la menace d'une victoire du non. L'ancien président de la Commission européenne a choisi de ne pas mâcher ses mots dans le long et vigoureux plaidoyer pour le oui que publie le Nouvel Observateur jeudi. Faisant la une de l'hebdomadaire, il lance une formule accusatrice choc aux partisans du non : "ils vous mentent".

Infatigable avocat de la cause européenne, Jacques Delors s'applique à démonter les arguments des opposants au traité qu'il qualifie de "mauvais bergers" et de "joueurs de flûte" qui "mentent par omission". S'adressant à ceux qui "ne veulent pas une nouvelle fois voter avec Chirac", il les exhorte à "ne pas confondre 2005 et 2007". "Le mécontentement, que je comprends très bien, aura toute possibilité de s'exprimer", assure-t-il en renvoyant aux élections présidentielle et législatives de 2007, "de grâce, ne prenez pas l'Europe comme bouc émissaire".

Quant à ceux de ses camarades du PS qui appellent à voter non, le leader socialiste trouve "déprimant de voir certains socialistes français renoncer, dire non et abdiquer alors qu'ils n'ont que le mot "luttes" à la bouche". S'agissant de la défense des droits sociaux, l'un des arguments développés par les partisans du non, Jacques Delors affirme que le traité constitutionnel est "un grand progrès" . "Dans la déclaration de principes comme dans la charte des droits, les conquêtes sociales sont protégées au niveau juridique le plus élevé", dit-il. "Ce texte est le plus social de tous les textes européens jusqu'ici mis en oeuvre", assure-t-il.

"Pas de plan B"

Sur la partie III, la plus contestée par les adversaires du traité, l'ancien président de la Commission fait valoir qu'elle reprend les précédents traités. "Nous avons approuvé" ces textes, "nous n'allions pas les annuler tout de même", s'écrie-t-il. "C'est un règlement de co-propriété", explique-t-il, "s'ils disparaissent, l'Union européenne n'a plus de base juridique pour son fonctionnement quotidien".

Il réplique à ceux qui craignent que le texte soit "gravé dans le marbre". "Ce qu'on grave dans le marbre en disant non, c'est la perte d'influence de la France et des pays fondateurs", affirme-t-il. Enfin il avertit qu'il n'y a "pas de plan B" alternatif. "Si la Constitution est rejetée, nous resterons avec le traité de Nice et une Europe plus libérale que celle de la Constitution", dit-il. "Chaque citoyen doit savoir qu'en votant non, il vote non à l'Europe", déclare encore Jacques Delors qui explique avoir refusé de suivre les conseils des communicants qui jugent contre-productifs les arguments "catastrophistes". Pour lui, un rejet du traité serait un "séisme".

le 27 avril 2005 à 17:08
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