
En préambule du débat sur TF1, Jacques Chirac a affirmé jeudi soir qu'il s'adressait "à tous les Français" au travers des 83 jeunes représentés sur le plateau. Cravate club, chemise bleu clair à carreaux, le chef de l'Etat, apparemment détendu, avait pris place à une table avec le journaliste Patrick Poivre d'Arvor, entouré des jeunes sélectionnés par la Sofres.
Interrogé sur l'opportunité de dialoguer avec des politiques favorables au non, il a répondu "je n'ai rien contre les débats d'initiés", mais, selon lui, "chacun affirme sa vérité sans aucun espèce d'esprit réel de dialogue". De plus "au nom de quoi vais-je choisir un porteur du non, alors que le non est aussi divergent ?", a-t-il demandé. "Je pourrais accaparer les antennes en faisant une série de débats d'initiés, je préfère m'adresser à tous les Français", a ajouté Jacques Chirac.
"Une logique non libérale"
Le président de la République a affirmé que le traité européen n'obéissait pas à "une logique libérale" mais à des "valeurs sociales". "C'est une logique qui est non libérale, elle ne conteste pas l'économie de marché mais face à une Europe économique, elle essaie d'instituer une Europe politique", a dit le chef de l'Etat. Il a souligné que "les valeurs sociales auxquelles nous sommes attachés" avaient inspiré le Traité, récusant toute "dérive" libérale dans le texte sur lequel les Français se prononceront le 29 mai.
Il a estimé jeudi que "l'Europe doit être forte et organisée" pour s'opposer à la montée des nouvelles puissances mondiales. "Le monde d'aujourd'hui, donc la place de la France, se caractérise par deux grandes évolutions", a expliqué M. Chirac en réponse à une première question sur l'utilité de la Constitution, posée par Alexandra, 18 ans, originaire de Marseille. "La mondialisation qui inquiète les Français et les Françaises, et qui est portée par un courant ultralibéral, se fait au profit des plus forts", a-t-il expliqué.
Pas de démission si le non l'emporte
Prié de dire s'il renoncerait à ses fonctions en cas d'une victoire du "non", le chef de l'Etat a répondu: "Non !" A la question de savoir s'il changerait de Premier ministre dans ce même cas de figure, il a déclaré: "Ce n'est pas la question qui est posée aux Français."
"Pas possible de renégocier"
Jacques Chirac a assuré qu'il ne serait "pas possible de renégocier" le traité constitutionnel européen si le non l'emportait au référendum du 29 mai, ajoutant que dans cette hypothèse "la construction européenne s'arrête". "Je ne veux pas faire de dramatisation", a assuré le chef de l'Etat, interrogé sur les conséquences d'un non. "Il y a une première conséquence, c'est que la construction européenne s'arrête".
"L'argument selon lequel on pourrait renégocier n'est pas sérieux", selon le chef de l'Etat, parce que '"nous sommes 25 et que les 24 autres n'accepteront jamais de renégocier". Il a cité les exemples des non au Danemark à Maastricht et de l'Irlande au traité de Nice. "Il n'y a pas eu de renégociation", a-t-il expliqué. "L'Europe a simplement accepté que le Danemark et l'Irlande se retirent de certaines des politiques européennes". "Ces pays se sont simplement mis en retrait".
"Opération boomerang"
Jacques Chirac a mis en garde contre "l'opération boomerang" qu'entraînerait, selon lui, le rejet par les Français de la Constitution européenne. Interrogé sur la précarité par un des 83 jeunes gens, le chef de l'Etat a répondu : "ça n'a rien à voir avec la Constitution !". "Ce qui m'impressionne, c'est que chaque fois qu'il y a quelque chose qui ne va pas, personne ne se pose la question de savoir si ça a quelque chose à voir avec la Constitution, on dit : +alors, dans ces conditions...+", a observé Jacques Chirac. "Alors naturellement", a poursuivi le chef de l'Etat, "on peut dire "rejetons tout ça". Sachez qu'en rejetant tout ça, vous ne règlerez naturellement aucun problème", et "vous affaiblirez considérablement la voix de la France et donc sa capacité à défendre ses intérêts". "C'est ce que j'appelle l'opération boomerang", a dit le chef de l'Etat.
"Ne pas mélanger la Turquie avec le traité"
Jacques Chirac a estimé qu' "aujourd'hui, les valeurs, le mode de vie, le fonctionnement de la Turquie" sont "incompatibles avec nos valeurs" et qu'il ne fallait pas mélanger cette question avec le référendum sur la Constitution européenne. "C'est un énorme effort qu'on demande à la Turquie, qui mettra dix ans, quinze ans, vingt ans pour se réaliser, s'il se réalise", a fait valoir le chef de l'Etat lors de l'émission. "Et donc, vouloir aujourd'hui mélanger ce problème avec la Constitution est absolument ou de mauvaise foi ou d'une grande légèreté de réflexion", selon lui.
Vendredi à 15h, participez au "chat" avec le politologue Olivier DUHAMEL qui reviendra sur la prestation de Jacques Chirac.
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