La vieille garde fait la leçon

Par , le 25 avril 2005 à 18h26 , mis à jour le 26 avril 2005 à 10h31

A cinq semaines du référendum, Giscard, Barre, Jospin ou Simone Veil entrent en scène. Inquiets d'une possible victoire du non, ils jugent que la génération politique aux manettes n'a pas su trouver les mots pour expliquer aux Français l'enjeu de ce scrutin.

giscard papon affaires justice france france © INTERNE

Comme la nature, la politique a horreur du vide. Or depuis le début de la campagne référendaire, le camp du oui n'est pas incarné et n'a pas de voix qui porte. Certes, François Hollande, Nicolas Sarkozy ou François Bayrou ne ménagent pas leurs efforts lors de multiples réunions publiques mais tout porte à croire que leurs yeux sont plus rivés vers l'année 2007 que vers le scrutin du 29 mai. Quant à la parole de Jacques Chirac, elle s'est diluée pendant deux heures dans un direct télévisuel inédit où l'on vit la plus haute autorité de l'Etat confesser son incompréhension face à une jeunesse angoissée et pessimiste. Du jamais vu dans l'histoire politique française.

Trois ans après son élection à plus de 80%, le chef de l'Etat semble avoir perdu la symbolique qui s'attache traditionnellement à sa fonction, celle d'un point de repère important lorsque la nation doute. François Mitterrand avait su lui trouver les formules qui emportèrent la décision des Français lors du référendum de Maastricht. Rappeler sa mémoire n'est pas une figure obligée; il s'agit seulement de se souvenir de son profond engagement européen dont on retrouve la trace dans la plupart de ses grands discours après le tournant de 1983.

Le duo Barre-Giscard

Cet engagement européen se retrouve-t-il dans la génération politique aujourd'hui aux commandes ? Le père de la Constitution européenne répond par un de ses coups de griffe dont il est coutumier. "Les dirigeants actuels français n'apportent pas de voix au oui car ils ne sont pas personnellement engagés dans la construction de l'Europe" lance en effet Valéry Giscard d'Estaing. Dans le Figaro, Raymond Barre ne dit pas autre chose. L'ancien Premier ministre dit "ne pas comprendre qu'il n'y ait pas eu un effort soutenu du pouvoir et de la majorité pour faire comprendre aux Français qu'il s'agissait d'une grande affaire nationale". Revoilà donc plus de trente ans après le duo Barre-Giscard faisant la leçon à leurs successeurs, coupables de ne pas avoir préparé les esprits au débat de fond sur l'Europe.

A droite, une autre grande figure européenne souffrait depuis des semaines de ne pas pouvoir apporter sa contribution au oui; en se mettant officiellement en congé pour un mois du Conseil Constitutionnel, Simone Veil a fini par lever le strict devoir de réserve auquel sont normalement soumis tous les sages. Par delà les clivages partisans, l'ancienne ministre des Affaires sociales et de la Santé jouit toujours d'une bonne image dans l'opinion et peut être une voix forte dans les dernières semaines de campagne.  Mais que peut peser chez un électeur de 18 ans hésitant ce recours-secours aux anciens, aux vieilles figures médiatiques qui fonctionnent depuis des décennies mais qu'il ne connaît qu'à travers ses livres d'histoire ?

Jospin en patron du PS

Enfin à gauche, que peut penser un électeur qui voit Lionel Jospin revenir en sauveur du oui ? Il y a trois ans, son élimination au premier tour de la présidentielle avait déjà sanctionné une gauche socialiste fatiguée, en panne d'un vrai projet tout au long de ses deux dernières années au pouvoir. Mais face à l'incapacité de François Hollande de faire cesser les bagarres internes et de sanctionner les dissidents, l'ancien Premier ministre voit s'ouvrir une possibilité de réenfiler son costume de patron du PS.

Quel que soit le résultat au soir du 29 mai, l'hypothèse durable de la victoire du non aura mis en lumière certaines faiblesses de la nouvelle génération politique censée prendre la relève. La leçon européenne des anciens révèle-t-elle le manque de vision historique des quinquagénaires aux portes du pouvoir ? Il leur reste deux ans pour présenter aux Français en 2007 un débat européen à la hauteur de l'enjeu.

Par Renaud Pila le 25 avril 2005 à 18:26
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