Un "21 avril" bis

Par Propos recueillis par Renaud PILA, le 30 mai 2005 à 02h31 , mis à jour le 30 mai 2005 à 09h58

Politologue et chercheur au CEVIPOF, Pascal Perrineau décrypte pour tf1.fr les clés de ce scrutin. Selon lui, trois ans après le 21 avril, "le scénario se renouvelle" avec deux victimes : Jacques Chirac et la gauche socialiste aujourd'hui divisée.

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Quelles leçons tirez-vous de ce scrutin ? 

La dynamique du non va au delà de ce que les sondages prévoyaient. Cette dynamique est plus due à un effet de contexte qu'à un effet de texte. Quand on analyse les raisons du vote non, arrivent en premier les enjeux économiques et sociaux tels que la peur du chômage. La question du traité européen arrive très loin derrière.

Ce contexte qui a fait le non a trois visages. C'est d'abord le profond pessimisme social qui touche les milieux populaires mais désormais également les classes moyennes. Deuxièmement, ce vote est intervenu dans un contexte de très forte impopularité gouvernementale. Deux-tiers des Français souhaitent un changement de gouvernement.

Mais au-delà du rejet de Raffarin, on assiste à un véritable "21 avril" bis. Enfin, le troisième visage de ce nom, c'est celui d'une France qui est devenue frileuse sur les questions européennes. Une grosse partie de l'opinion française est tentée par le repli sur soi et le protectionnisme.

Comment se décompose le non ? 

Le non est composite. Il est majoritairement de gauche mais 45% du non provient  de l'électorat de droite et de l'extrême-droite. Le malaise s'est généralisé. Mais on retrouve toutefois une structure sociologique proche du scrutin de Maastricht. Seules les personnes âgées, les cadres et les professions intellectuelles sont pour le oui. Ce qui a changé par rapport à 1992, c'est le vote de l'électorat socialiste. Il était alors dans la majorité et a soutenu le traité. Aujourd'hui, il vote à plus de 50% pour le non. On retrouve également les quatre mêmes piliers du non que sont l'extrême-droite, l'extrême-gauche, la droite souverainiste et le PC.

Quelles sont les conséquences pour la gauche de cette victoire du non ? 

Avec Jacques Chirac, la gauche socialiste est la principale victime de ce scrutin. Elle a fait la preuve de sa division électorale et pas seulement de la division de son appareil. L'électorat socialiste est aujourd'hui coupé en deux et hésite entre une culture de protestation et une culture réformiste. On ne voit pas quels sont les hommes qui vont sortir gagnants après cette crise et qui vont pouvoir incarner la réconciliation des socialistes en vue de la bataille de 2007. Le congrès à l'automne va voir s'affronter à la fois des personnalités mais plus profondément des lignes politiques divergentes.

Qu'en est-il à droite ? 

Si le chef de la majorité, Nicolas Sarkozy, n'est pas appelé à Matignon, on va avoir l'impression qu'une fois de plus, le pouvoir au sommet bloque le système et est sourd au vote des Français. Après les régionales et les européennes, c'est le troisième avertissement. Il faut que cette fois le changement de Premier ministre soit réussi. Il ne faut pas que cela soit seulement un changement d'homme mais surtout un changement de cap et de politique. S'il s'agit seulement de trouver un nouveau chef d'état-major au président de la République, la droite va être vite très déçue. La réponse doit être à la fois politique mais également générationnelle avec des têtes nouvelles.

Par Propos recueillis par Renaud PILA le 30 mai 2005 à 02:31
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