
Ce n'est certes pas une surprise, mais la ratification du traité constitutionnel européen par l'Allemagne, devenue effective ce vendredi avec le vote de la chambre haute, a valeur de symbole à deux jours d'un référendum à l'issue incertaine en France. Le Bundestag (la chambre des députés) avait approuvé le texte le 12 mai à une écrasante majorité. Tous les grands partis s'étaient alors prononcés pour le oui. Le vote positif du Bundesrat (la chambre des Etats régionaux) ce 27 mai apparaissait plutôt comme une formalité. Une majorité des deux-tiers des 69 membres était requise. Seuls les trois délégués du Land de Mecklenbourg-Poméranie se sont abstenus en bloc, les ex-communistes du PDS qui participent avec les sociaux-démocrates au gouvernement de cet Etat régional refusant d'approuver le traité.
De ce vote sans surprise, qui fait de l'Allemagne le 9ème pays de l'Union européenne à ratifier la Constitution après la Lituanie, la Hongrie, la Slovénie, l'Italie, la Grèce, la Slovaquie, l'Espagne et l'Autriche, Valéry Giscard d'Estaing a voulu faire une tribune à destination des Français. L'ancien président français, qui avait piloté les travaux aboutissant à la rédaction de la Constitution, était en effet présent ce vendredi au Bundesrat. Lors d'une intervention en allemand, en français et en anglais, il a tout d'abord souligné la "responsabilité particulière" de l'Allemagne et de la France "dans la grande entreprise politique" qu'est la construction européenne.
"Veiller à ce que notre rêve commun devienne la réalité"
De cette brève évocation du rôle historique du couple franco-allemand à chaque étape du projet européen, l'ancien président est aussitôt passé aux enjeux actuels. "La double ratification en Allemagne et en France marquerait un passage historique pour l'avenir de la Constitution et pour l'Europe. A partir du 30 mai, nous - Français et Allemands, de tous âges et de toutes conditions -, serons appelés à veiller à ce que notre rêve commun devienne la réalité de l'Europe", a-t-il dit. Un rappel mâtiné d'une mise en garde : face aux autres "Etats continents", "aucun des pays de l'Union européenne, même les plus grands, ne peut peser seul", a souligné Valéry Giscard d'Estaing. "Nous comptons sur l'Allemagne, pour franchir le pas vers cette nouvelle étape de la construction politique de l'Europe".
Aspect peu souvent cité dans le débat sur la constitution, l'ancien président a insisté sur l'émergence d'une culture européenne au gré de l'histoire du continent : "la glorification de l'Europe de Leibniz, Kant, Beethoven et Goethe, est fondée sur la reconnaissance d'une culture commune en Europe", a-t-il dit. Avant de se livrer à un dernier appel, clairement à destination des électeurs français, à la fin de son discours : le "père" du traité constitutionnel européen a cité en anglais Benjamin Franklin répondant à George Washington, premier président des Etats-Unis d'Amérique : "je veux voter pour cette Constitution car je ne vois pas de meilleure alternative, bien que je ne sois pas sûr que cela soit la meilleure".
Sur le même thème, au nom du gouvernement allemand, le vice-chancelier et chef de la diplomatie Joschka Fischer a appelé les Allemands, les Français et les autres peuples à ratifier le traité, affirmant qu'"il n'y en aurait pas de meilleur" et que "le monde ne va pas nous attendre, nous Européens" si les Etats de l'UE ne sont pas unis. Quant à la Commission européenne, elle a estimé que la ratification allemande représente "un signal très fort" en direction des électorats français et néerlandais.
Pour Valéry Giscard d'Estaing, si la France vote non, "il n'y aura pas d'autre solution" que d'organiser un nouveau scrutin, sur le même texte, à l'issue du processus de ratification. C'est ce que l'ancien président est venu dire, vendredi matin, sur le plateau de LCI.En cas de non, "pas d'autre solution que de revoter"
Photo d'ouverture : la séance du Bundesrat au cours de laquelle le traité constitutionnel européen a été ratifié - DR
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