"Chat" avec J.F Copé : "Notre principal adversaire, la désinformation"

Par Propos recueillis par Sylvain Lefort (Sofres), le 10 mai 2005 à 21h00 , mis à jour le 11 mai 2005 à 15h57

Le ministre du Budget a répondu mardi pendant une heure aux questions des internautes de tf1.fr. Selon lui, "plus les gens sont informés sur le Traité, plus ils ont envie de voter oui" car "les gens qui veulent voter non le font pour exprimer leur ras-le-bol".

Copé

Elise (i-mode) : Selon vous, le débat politique sur TF1 a t-il pu faire pencher la balance en faveur de l'un ou l'autre des deux camps ?
Jean-François Copé : Il a eu le mérite de préciser les positions de chacun. Le "non", ce sont les conservateurs qui veulent que rien ne bouge. Pour le "oui", notamment Sarkozy, on a vu les enjeux énormes de la Constitution et cela donne envie de voter pour elle.

Aurelien (i-mode) : Honnêtement, pensez-vous que le "oui" fait une bonne campagne ? 
Jean-François Copé : Nous déployons une énergie folle et considérable : membres du gouvernement aussi bien que partisans du oui (UMP, PS...). Nous multiplions les débats et les réunions. Notre objectif : faire le maximum d'informations. Plus les gens sont informés sur le Traité, plus ils ont envie de voter oui. Notre principal adversaire, c'est la désinformation.

Adrien (i-mode) : Quel est pour vous l'argument massue du "oui" ?
Jean-François Copé : Il est simple : cette Constitution n'a que des plus et des avantages pour la France et les Français. Son poids est renforcé en Europe, l'Europe va mieux fonctionner qu'avant, l'Europe et donc la France auront les moyens de se préparer aux défis de la mondialisation. Cette constitution n'a que des plus, elle n'a pas d'inconvénients.

Tania : Si le oui passe, quelle sera l'influence de la Constitution européenne sur l'économie française ?
Jean-François Copé : l'intérêt de la Constitution permet enfin de créer un grand espace économique européen de taille mondiale. Nous travaillerons de manière plus efficace avec les nouveaux entrants, sur les grands projets industriels. Nous pourrons généraliser tous les projets sur lesquels nous travaillons actuellement de manière empirique. Mais la politique économique sera affaire de chaque Etat membre, comme aujourd'hui.

LN (i-mode) : La constitution, "fille de 1789", n'est-ce pas un peu exagéré ? 
Jean-François Copé : Non, si l'on replace l'Europe dans la perspective historique. En 1789, il y a un rendez-vous majeur : le discours sur les valeurs humanistes de la France et de l'Europe, c'est la déclaration des Droits de l'homme et du citoyen. Nous avons travaillé dessus depuis. Il y a donc bien un lien avec 1789 : démocratie, droits fondamentaux de l'homme, droits et devoirs de la République. Et c'est aussi, comme l'a dit le président, la fille de 1989 avec la chute du Mur de Berlin et l'arrivée des pays de l'ancien bloc communiste.

Fanfan : Ne pensez-vous pas qu'il aurait été plus logique que la Constitution européenne soit ratifiée par le Parlement ? 
Jean-François Copé : On ne peut pas se plaindre de trop de démocratie. La référendum, c'est la forme la plus aboutie de la démocratie. Il met chaque Français devant ses responsabilités. Quel que soit son âge ou sa situation, il vote pour son avenir et celui de ses enfants.

Running : A vous entendre, la seule réponse possible c'est le oui. Dans ce cas, pourquoi faire un référendum et proposer un bulletin non ? 
Jean-François Copé : Tout simplement car la démocratie exige que sur les sujets importants, il y ait des rendez-vous démocratiques. Or en France, il y a un courant historique souverainiste hostile à la construction européenne. Il est donc normal de demander aux Français de se prononcer. Ce qui est illogique, c'est de voter non et de se dire Européen.

Vincent : Pourquoi ne pas être rentré plus tôt en campagne ? 
Jean-François Copé : Le "non" a intéressé beaucoup plus que le "oui. Ses arguments passaient mieux que celui du oui car ils étaient basés sur la désinformation et le catastrophisme. C'est ce qui explique sa montée fulgurante. C'est à ce moment que le "oui" a commencé à se faire entendre pour permettre aux Français de se prononcer en connaissance de cause.

Romain : La force du non ne vous inquiète-t-elle pas sur l'état de la France après 10 ans de présidence Chirac ? 
Jean-François Copé : Il y a plusieurs composantes dans le "non" : le non anti-européen et le non de contestation globale. On le voit dans nos réunions : les gens veulent voter non pour exprimer leur ras-le-bol. Il faut convaincre que sur un sujet aussi important, il ne faut pas se tromper. Si on veut exprimer sa contestation, il faut une élection nationale. Or là, si nous manquons ce rendez-vous, ce sera très grave pour la France.

Soiz (i-mode) : Une polémique sur le droit à l'avortement semble être née d'un article de la Constitution ? S'agit-il d'une mauvaise compréhension ou y a-t-il réellement une clause inconditionnelle sur le droit à la vie ? 
Jean-François Copé : Les choses doivent être claires. Ceux qui ont fait croire -les partisans du non- que la Constitution interdisait l'avortement, ont menti de manière délibérée. Je veux être clair : l'avortement relève de la seule compétence des Etats. Beaucoup de pays l'ont déjà intégré dans leur législation nationale, il est hors de question de revenir dessus.

Vincent : Pourquoi le président de l'Union européenne ne serait pas élu au suffrage universel par l'ensemble des peuples ? 
Jean-François Copé : Une haie après l'autre comme dit Guy Drut. Aujourd'hui, nous avons une innovation majeure. Le président européen sera désigné par ses pairs et par le parlement européen. Mais rien n'empêche à notre internaute de passer à l'étape majeure, celle du suffrage universel

Toot : L'Europe va t elle continuer a être crédible a 25 ? Ne risque t'elle pas de devenir un microcosme avec un tassement par le bas de son influence et de ses moyens ? 
Jean-François Copé : Au contraire, l'intérêt d'être à 25, c'est d'être à la taille du monde. 450 millions d'habitants, c'est grosso modo deux fois plus que les USA ou le Japon. C'est donc un moyen de bénéficier des atouts et de se protéger des méfaits de la mondialisation

Megablast : Les gens ont peur d'une perte de souveraineté ou d'identité. Comment pouvez vous les rassurer ? 
Jean-François Copé : En leur confirmant que la France comme chaque Etat membre préserve sa souveraineté et son idendité. L'idée de la Constitution, c'est que les Etats membres donnent des prérogatives à l'Union européenne, tout en gardant leur spécificité.

Julien : Pourquoi n'a-t-on pas organisé un référendum européen, c'est à dire sans aucune distinction de la nationalité ? 
Jean-François Copé : Justement car on préserve les idendités nationales. C'est donc la décision de chaque Etat. En revanche, la Constitution prévoit un droit de pétition qui n'a pas de frontières.

Marathon man : On présente la création d'un ministre des Affaires étrangères comme un avancée. Mais en cas de désaccord majeur comme sur la guerre en Irak, que fera-t-il ? Rien, il rentrera chez lui et attendra un tsunami pour exprimer la position européenne unie. Bref, il ne servira à rien sauf sur les sujets consensuels.
Jean-François Copé : Je confirme. Les choses sont claires : le ministre des Affaires étrangères ne peux s'exprimer que s'il y a unanimité. C'est néanmoins une avancée car sur de nombreux sujets, il y a eu unanimité dans le passé (ex-yougoslavie, Congo, Asie lors du tsunami) mais personne pour exprimer la position de l'Europe et parler d'une seule voix en son nom.

Cle (i-mode) : Quelle est votre position concernant l'entrée de la Turquie dans l'Europe? Selon vous, le Traité constitutionnel implique-t-il une ouverture future de l'Europe à ce pays ?
Jean-François Copé : Les choses sont claires : en l'état actuel, la Turquie ne remplit pas les conditions pour entrer, donc je suis contre son entrée. Mais la question ne se pose pas aujourd'hui, elle se posera dans 10-15 ans. La Turquie devra donc respecter les règles de l'UE, que l'unanimité des membres disent oui, et ensuite que les Français, consultés par référendum, disent également oui. ¨Même si les partisans du non mettent la question en avant, en fait, elle ne se pose pas du tout maintenant

Elisa : Ne pensez vous pas que les délocalisation des usines françaises déservent le camp du oui ?
Jean-François Copé : Dès lors que les partisans du non veulent agiter toutes les peurs, même celles qui n'ont pas de lien avec la Constitution, alors les délocalisations desservent en effet le camp du oui. Il faut donc faire preuve de pédagogie. Ce problème concerne la politique nationale des Etats membres. C'est donc le défi de la France de faire en sorte qu'il n'y ait plus de délocalisations. -

Julien : En terme de droits de vote, est-il vrai qu'avec l'adoption de la Constitution, la France va perdre du pouvoir au sein du Conseil européen? 
Jean-François Copé : C'est l'inverse. C'est d'ailleurs l'un des arguments les plus forts pour voter oui. Le poids politique de la France est considérablement renforcé dans le Conseil. Un exemple : la France a 20 millions d'habitants de plus que la Pologne. Or elle n'a que 29 voix pour 27. Après, avec la constitution, 62 contre 38

Aurelien : pourquoi n'avons nous pas été consultés pour l'élargissement a 25 ? 
Jean-François Copé : Car le choix était celui de la ratification par le Parlement. Le président avait considéré que l'élargissement pouvait relever du Parlement. Or il a considéré que l'importance de la Constitution nécessitait un rendez-vous direct avec les Français

Marilyn : Pensez vous que certains font campagne pour revenir sur le devant de la scène, comme Lionel Jospin qui revient après des années de silence ? 
Jean-François Copé : C'est à lui qu'il faut poser la question. C'est un homme de conviction, il est venu s'engager comme d'autres personnalités françaises (Jacques Delors, Simone Veil) pour exprimer sa position. Dans un débat comme celui ci, cela a du sens que l'ancien Premier ministre s'exprime.

Jimmy : Pourquoi les partisans du oui font-ils peur aux Francais en disant "attention si vous dites non, la France sera hors circuit ou affaiblie ? Que répondez-vous aux Suédois, Anglais et Danois qui ont refusé l'euro et qui s'en sortent beaucoup mieux que nous tous ?
Jean-François Copé : 1er point : je persiste et signe. Si le non l'emporte, la France sera dans une situation difficile : elle va connaître le discrédit auprès de ses partenaires, elle sera à côté de la table au lieu d'être autour sur de nombreux sujets comme la PAC. 2e point : sur l'euro, c'est vrai que la France connaît une croissance moindre que l'Angleterre. Mais elle connaît une croissance supérieure au Danemark. Je crois que l'euro est un plus pour limiter la facture pétrolière et pour la stabilité monétaire. Ca vaut de l'or.

Sophie : Je travaille à la Commission européenne et je constate que l'image de la France et des Français s'est fortement dégradée à Bruxelles en raison des hésitations sur le "oui". Le reproche principal est que la Présidence de la Convention a largement imposé le modèle français dans le texte de la Constitution, et à présent nos compatriotes la boudent. Penses-tu que la France va réussir à rétablir son image auprès des dirigeants européens ? Bonne continuation pour la suite...
Jean-François Copé : Cela dépendra beaucoup du résultat du vote. Si le oui gagne, cela rassurera nos partenaires. Il faut aussi avoir à l'esprit que la France a pris le risque du référendum. A posteriori, elle peut donc avoir l'admiration de ses partenaires. Si le oui gagne, cela fera école dans les autres pays.

Devin : Quelle va être l'attitude de la France le 30 mai vis à vis des autres pays européen en cas de victoire du non ?
Jean-François Copé : La France sera dans une position de discrédit majeur. Toutes les fadaises des partisans du non sur un soi-disant "électro-choc" .sont fausses.

Julien : Mercredi, ce sera De Villiers à votre place. Quel message avez-vous a lui adressé? Jean-François Copé : Je lui reconnais une cohérence : il a toujours été hostile à toutes les avancées de l'Europe. Il est logique qu'il appelle à voter non. Je veux simplement lui dire qu'il ne peut donc pas se prétendre Européen. J'espère que le oui va l'emporter et que la France n'aura pas à vivre un refus dont les conséquences seront néfastes pour le pays et son économie.

Fanfan33 : Ne trouvez-vous pas injuste et inégal que pour le lundi de Pentecôte, beaucoup de Français ne vont pas travailler (surtout dans le public car eux on le choix) et que ce sont surtout les gens du privé qui vont bosser ?
Jean-François Copé : La loi s'impose à tous. Si ce n'est pas le cas, ces salariés ne seront pas payés. C'est notamment vrai pour la fonction publique. Je trouverais aussi désolant que l'on n'applique pas une loi au service de la solidarité. On ne peut pas ressentir d'un côté l'émotion de l'été 2003 et de ne pas accepter les mesures que nous avons prises pour les personnes âgées. Le premier principe de la République, c'est que chacun respecte la loi.

Julien : Est-ce que J.P Raffarin va mieux ?
Jean-François Copé : Oui. Il va mieux. Beaucoup mieux même. C'était une intervention chirurgicale bénigne. Il a quitté l'hôpital hier soir. Il se repose mais il s'est également remis au travail. Je vous le confirme.

Participez au Chat avec Philippe de Villiers mercredi 11 mai à 16h00.

Par Propos recueillis par Sylvain Lefort (Sofres) le 10 mai 2005 à 21:00
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