Chat avec Philippe de Villiers : " Chirac nous ment"

le 11 mai 2005 à 20h49 , mis à jour le 12 mai 2005 à 10h09

Le président du MPF a répondu pendant une heure aux questions des internautes mercredi lors d'un chat. Selon lui, le "non français sera l'avant-garde d'un non européen dans cinq autres pays car c'est le moment de dire stop et de faire repartir l'Europe sur d'autres bases".

Villiers

Bono : Sur l'Europe, partagez-vous les mêmes valeurs que J.M Le Pen ?
Philippe de Villiers : Il y a deux conceptions de la France par rapport à l'Europe. Celle exprimée par Le Pen en 2002 : que la France sorte de l'Europe. La mienne est différente : la France doit rester dans l'Europe mais il faut qu'on change d'Europe. Un exemple : je crois à une Europe basée sur la préférence communautaire, une Europe protectrice et une Europe européenne indépendante des USA. Je ne crois pas que la France puisse être isolée mais je ne crois pas qu'une France qui aura disparu si la Constitution est votée soit plus forte car elle aurait perdu la maîtrise de son destin. Une France ambitieuse et indépendante n'exclut par la construction européenne, au contraire.

Nico : Quelles seraient, selon vous, les conséquences pour la France si le oui l'emportait ? Que pourrait bénéficier la France si le non l'emportait ?
Philippe de Villiers : Si le oui gagne, d'abord, c'est la continuité : les délocalisations, le chômage, Bolkestein revient, et on a la Turquie dans l'UE. A un moment donné, il faut dire stop et on repart sur d'autres bases et je crois que ce moment est venu.
Si le non gagne, il sera à la fois contagieux et fondateur. Contagieux car il sera le premier, les Pays-Bas suivront deux jours après, la Pologne, le Danemark et le Royaume-Uni diront sûrement non. Nous ne serons pas le mouton noir comme le dit Chirac. Le "non" français sera l'avant-garde d'un non européen dans ces cinq autres pays.

Vincent : Quel serait votre projet en commun, si le non l'emportait, avec d'un côté l'extrême droite et de l'autre l'extrême gauche ?
Philippe de Villiers : Ce ne sont pas les partis ou leur porte-parole qui répondent à la question posée, c'est le peuple français. Donc la vraie question est : qu'aura voulu dire le peuple français ? Moi, je ne me sens pas autorisé à parler au nom du peuple français en disséquant son message. Plutôt qu'une Europe qui cherche à se faire sans les peuples, il faut une Europe qui se fasse avec les peuples. Le peuple français ne veut pas que la France disparaisse, il n'accepte plus d'être gouverné par des commissaires et des banquiers extérieurs.  Le 30 mai, il ne s'agit pas de construire une coalition de gouvernement si le non a gagné. Chirac devra être le mandataire du peuple français et porter son message lors de la réunion des chefs d'Etat qui aura lieu le 16 juin à Bruxelles par application de la déclaration numéro 30 (page 186 du Traité).  "Il n'y pas de plan B, mais il y a au moins plusieurs plans A" comme le dit M. Borrel. Le non n'est pas un non partisan, c'est un non de survie et de sursaut.

Erdogan : On vous accuse ça et là ce matin d'absentéisme au parlement. Pour quelqu'un qui se dit féru d'Europe, ç'est pas très crédible non ?
Philippe de Villiers : Vous faites allusion à un article de Libération. Voici ma liste de présence au Parlement européen : J'ai été présent à 65,7% des séances selon le document officiel du Parlement. Quand on sait l'activité que je déploie dans la campagne, cela veut dire que je cherche aussi à concilier ma mission de député européen (notamment contre la directive Bolkestein) avec cette campagne. Il faut savoir aussi qu'au Parlement européen, le vote est binaire. Parfois, je fais le choix de ne pas prendre part au vote.

Bono : Pourquoi n'êtes-vous pas favorable à l'entrée de la Turquie dans l'UE ?
Philippe de Villiers : Une raison simple : la Turquie n'est pas en Europe. Je suis attaché à l'idée d'une Europe européenne, ce qui n'empêche pas naturellement le renforcement des liens entre l'UE et son pourtour méditerranéen. La Turquie n'est pas européenne, ni par sa géographie, ni par sa culture ni par son histoire. En revanche, je suis favorable à un partenariat privilégié. Ce qu'oublient de dire les partisans du oui et c'est un mensonge : la Turquie était présente à Rome en octobre dernier pour signer l'acte final de la Constitution (page 165).J'invite les internautes à s'y référer. En droit juridique, l'acte final valide un traité. Comme elle a signé cet acte final, c'est un énorme pas pour elle, et c'est imprudent.  Le 6 octobre prochain doivent s'ouvrir les négociations avec la Turquie. Si le oui gagne, elles débuteront comme prévu et seront irréversibles. Si le non gagne, elles seront suspendues. Par respect pour le peuple turc, et par esprit de franchise, je préfère qu'on stoppe une négociation avant qu'elle ait commencé plutôt que de la suspendre quand elle est terminée. Soyons prudents : si on est contre l'entrée de la Turquie, votons non dès maintenant.

Ramos : Pourquoi ne pas créer un grand mouvement ni droite ni gauche mais souverainiste avec Chevènement, et d'autres ?
Philippe de Villiers : Je comprends très bien cette question. Je dirais simplement que les clivages traditionnels de la vie politique me paraissent aujourd'hui obsolètes. La victoire du non donnera plus de liberté et de vérité aux hommes politiques. L'idée d'une fusion est absurde, car la fusion des libertés est toujours une réduction. Mais l'idée d'un intérêt supérieur aux clivages, pour la France et l'Europe, est une évidence. J'ai regardé Mr Chevènement dans une intervention, je l'ai trouvé excellent. Dans mes meetings, je vois aussi des gens qui me disent être de gauche et qui me disent merci.

Jojo : Pensez-vous que le président Chirac doive démissionner en cas de victoire du non ? 
Philippe de Villiers : Non. C'est sa responsabilité. Il ne s'agit pas d'une élection présidentielle ni législative. Il a pris beaucoup de risques en devenant le chef du oui. Le sous-chef du oui, c'est Raffarin qui attend de revenir sur les plateaux. A l'opposé, il n'y a pas de chef du non. Le chef du non, c'est le peuple français.

Rico : Philippe de Villiers, pourquoi faites-vous double jeu contre la politique de Jacques Chirac et au moment des élections appeler a voter pour lui, soyez sincère !
Philippe de Villiers : Une élection est toujours une comparaison. Moi, j'ai toujours voté dans la majorité actuelle. Je vais dire à Rico : "quand j'écoute Chirac aujourd'hui, j'ai le sentiment que cet homme nous ment". Je sais que c'est une accusation grave. Quand il nous dit "Bolkestein, c'est fini", il ment. Autre exemple : sur la TVA, toute la presse a titré , à la demande du chef du oui, "la TVA va baisser pour les restaurateurs". Quelques heures plus tard, la Commission précise : "la situation est bloquée". On peut appeler Chirac comme un "propagateur de fausses bonnes nouvelles".

Eloise : le quotidien Libération affirme aujourd'hui que votre campagne en faveur du non est financée par le United Kingdom Independent Party (Ukip), un parti britannique souverainiste, xénophobe et violemment antifrançais. Confirmez-vous ces propos ?
Philippe de Villiers : J'infirme de la manière la plus solennelle. Je viens d'ailleurs d'écrire à Serge July une lettre qui montre qu'il s'agit d'une contre-vérité absolue. Je ne reçois pas un sou du parti UKIP. Ma campagne est financée par le MPF.

Adam : Nous connaissons votre position sur la Constitution européenne. En toute honnêteté, quels sont les points de la Constitution européenne que vous approuvez malgré tout. Tout ne peut pas être rejeté !
Philippe de Villiers : Un certain nombre de truismes. Mais dans un contrat d'assurances, il suffit qu'il y ait trois clauses dangereuses pour le rendre dangereux. Le progrès : renforcement du pouvoir européen mais cela affaiblit les pays en contrepartie. Trois points dangereux : 1. renforcement de la technocratie, 2. destruction des protections douanières (textile). 3. grave dans le marbre les délocalisations et restructurations.

Le renforcement du pouvoir du parlement européen n'est pas un argument pour le oui. L'article 6 est le plus dangereux : les lois européennes seront supérieures aux lois nationales, y compris au Constitution. Les parlements nationaux sont donc affaiblis puisque leurs lois seront affaiblies. A Paris, la protestation, à Bruxelles, la législation.

Celine (i-mode) : Comment expliquer votre position aux agriculteurs vendéens qui bénéficient des subventions?
Philippe de Villiers : Je ne vois pas pourquoi ils seraient privés des subventions européennes. Mais la question tombe bien, puisque je viens de leur écrire, la lettre va partir. Le budget agricole est gravement menacé par le traité car il sera sous la coupe du parlement européen très hostile aux subventions agricoles. Ensuite, le commissaire à l'agriculture a annoncé une baisse des subventions agricoles de 20% alors que déjà la PAC a été massacré par le "découplage" entre le travail et la rémunération. L'Europe a changé le statut de nos agriculteurs; Ils étaient semeurs de récoltes, ils sont devenus producteurs de formulaires. Depuis 1992, 500 agriculteurs quittent le métier par jour.

lili (i-mode) : Que pensez-vous du Plan Villepin sur l'immigration ? 
Philippe de Villiers : La Constitution prévoit la suppression des frontières nationales, article 265. La fermeté de Villepin, c'est la fermeté dans un espace sans frontières. La fermeté, oui, mais avec des frontières. Que faut-il faire ? 1. renforcer les frontières extérieures de l'Europe. 2. rétablir les contrôles fixes aux frontières internes. 3. multiplier les liens en matière de coopération policière. Or le traité part du principe qu'il faut abolir les contrôles aux frontières avec une politique d'immigration fondée sur une nouvelle vague proposée par la Commission dans son livre vert. Sur les frontières, un exemple : aux JO d'Athènes, pour l'Euro 2004 au Portugal, ou lors du D-Day à Arromanches, ces pays ont appliqués la clause de sauvegarde de Schengen en rétablissant les contrôles aux frontières. Ce qu'on a fait pour les grands de ce monde, je veux qu'on le fasse pour les peuples.

Felicie (i-mode) : Pensez-vous être candidat à la présidentielles de 2007 ? 
Philippe de Villiers : Oui, à celle de la présidence du conseil général de la Vendée. En ce qui concerne l'Elysée, je ne m'en préoccupe pas. Je fais campagne pour le non au référendum. Je ne suis pas pour instrumentaliser le non en ma faveur pour 2007. Pour l'instant, rien n'est acquis ni exclu.

Jacek : Quelle est votre politique vis-à-vis des mariages homosexuels et de l'avortement ?
Philippe de Villiers : Je considère que le droit de la famille et en général les principes de la vie et de la survie doivent être favorisés dans notre société, ce qui n'est pas le cas. Donc je ne suis pas favorable au mariage homosexuel ni à l'adoption, qui sera d'ailleurs autorisée par la Cour de justice européenne à partir des articles 2, 81 et 124 du traité. Ces articles permettront à le CEJ d'émettre une jurisprudence. Pour moi, chacun est libre de vivre comme il l'entend, mais le rôle de l'homme public est de faire en sorte que la vie soit favorisée.

Benoit : Pensez-vous honnêtement que le fait de voter non, pourra permettre d'éviter des délocalisations, de diminuer le chômage et d'être compétitif dans une économie mondialisée ou la Chine deviendra la plus grande puissance économique ? 
Philippe de Villiers : Les grands patrons sont pour le oui car ils peuvent découpler le travail et le capital. La réponse à la question est dans les Echos de ce matin : "pour les économistes, un non serait loin d'être une catastrophe". C'est un euphémisme. Je pense que le non serait un électrochoc qui ferait baisser l'euro, donc cela relancerait la croissance. Cela permettrait de remettre à plat l'Europe sur les principes suivants : protection commerciale car l'Europe est la moins protégée du monde, la monnaie au service de la croissance et de l'emploi et non pas au service de la stabilité des prix.

Rezox : regardez-vous les guignols de l'info ?
Philippe de Villiers : Non. Je ne regarde pas. Je n'ai pas vu mon personnage depuis longtemps. Je préfère les Deschiens, c'est plus drôle.

Damien : où en est la plainte que vous avez déposée contre le fascicule envoyé avec la Constitution à chaque électeur ? 
Philippe de Villiers : La plainte a été rejetée par le Conseil constitutionnel où siégeait Madame Simone Veil avant son congé référendaire. Pour moi, elle devrait démissionner d'office. Elle a prêté serment devant le président de la République, un serment qui engage à s'abstenir de toute position publique pendant la durée de leur mandat. C'est normal puisque c'est l'arbitre, or l'arbitre ne prend pas l'habit d'une des équipes à la mi-temps. Je ne peux pas parler à la place du président du Conseil, mais je sais qu'il est effondré. Il y a une grave crise à l'extérieur, mais aussi à l'intérieur du Conseil, soulignée par Debré et Badinter.

Meyer : Que pensez-vous du Lundi de Pentecôte supprimé ? 
Philippe de Villiers : C'est une connerie. Bien sûr, il faut assurer la solidarité avec les personnes agées. Mais on pouvait faire autrement. Ce que j'ai d'ailleurs fait d'ailleurs mon département : laisser la liberté de choix des modalités d'un effort, si tant est qu'on ne puisse pas trouver autrement des ressources.

Lulu : Vous participez à un Chat'... Est-ce que vous utilisez vous même internet ? A quand un blog de Villiers ? 
Philippe de Villiers : Bonne question. On m'en parle tout le temps. C'est beaucoup de temps et de travail. Je dis à Lulu que la vie est faite d'espoir et de projet, effectivement. Je surfe beaucoup sur Internet, c'est nouveau. C'est une révélation.

Prochain invité Chat : Simone Veil le jeudi 19 mai à 16h.

le 11 mai 2005 à 20:49
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

       Chargement en cours...
      • Le grand quiz de l'info
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        Nous recommandons
        logAudience