Chirac inquiète le camp du oui

le 22 mai 2005 à 19h00 , mis à jour le 23 mai 2005 à 09h04

Le chef de l'Etat a fait savoir dimanche qu'il interviendra de nouveau cette semaine dans la campagne du référendum européen. Annonce faite alors que le non est toujours en tête et que l'indice de popularité du couple exécutif chute régulièrement. Divers partisans du oui, à gauche comme à droite, souhaiteraient plus de discrétion. A gauche, Lionel Jospin sera mardi soir sur TF1.

[Expiré] [Expiré] Chirac l'Européen © AFP

La date n'est pas encore arrêtée, la forme non plus ; mais une chose est sûre : Jacques Chirac interviendra de nouveau cette semaine dans la campagne du référendum européen. L'annonce a été faite dimanche après-midi par l'entourage présidentiel, qui a laissé planer le suspense en indiquant seulement que "les modalités seront précisées en tout début de semaine". Après son intervention, généralement jugée peu convaincante, face à un panel de jeunes le 14 avril sur TF1, puis celle, plus classique, du 3 mai sur France 2, le chef de l'Etat s'est offert vendredi dernier une troisième intervention télévisée avec la diffusion sur RFO d'un message enregistré à l'Elysée. On peut donc déjà parler de présence médiatique soutenue...

Quelle que soit sa forme, cet ultime appel aux votants à quelques jours du référendum est en tout cas annoncé alors que le non fait toujours la course en tête. Le dernier sondage Ifop pour le Journal du Dimanche le crédite de 52% des intentions de vote, tout en laissant entrevoir un léger tassement ; mais un sondage Louis-Harris pour Libération à paraître lundi et I-TELE, tout en donnant la même proportion (52% pour le non, 48% pour le oui) montre au contraire un oui en hausse d'un point par rapport à la précédente enquête des 29 et 30 avril. Selon cette dernière enquête (la 7ème consécutive donnant le non vainqueur) réalisée les 20 et 21 mai, 71% des personnes interrogées se disent "sûres" de leur choix, 20% assurent pouvoir changer d'avis.

"L'Europe n'y est pour rien"

Plus inquiétant peut-être pour le camp du oui : au fil des enquêtes d'opinion, le président comme le Premier ministre apparaissent désormais au plus bas depuis la réélection de Jacques Chirac et l'arrivée de Jean-Pierre Raffarin à Matignon en mai 2002. Le baromètre Ifop/JDD ne crédite plus le président que de 40% de bonnes opinions (-5), contre 59% de mécontents, une tendance confirmée par l'enquête BVA/L'Express rendue publique vendredi. Idem pour Jean-Pierre Raffarin qui, avec 24% de satisfaits (-5) et 74% de mécontents, enregistre chez Ifop le plus fort taux de mécontentement de toute l'histoire de la Vè République. Les deux hommes abordent donc la dernière semaine de campagne dans une position délicate, avec le risque que le référendum ne se transforme en plébiscite contre eux, alors que le lundi de Pentecôte travaillé a cristallisé le mécontement social.

Lucide, le Premier ministre s'est dit, dans un entretien au quotidien Centre Presse, prêt à "assumer les décisions" du président concernant son sort personnel après le référendum, tout en réaffirmant qu'une victoire du non "ne serait pas un acte de politique intérieure". Sera-ce suffisant ? Dans le camp du oui, l'inquiétude est relayée par Valéry Giscard d'Estaing, le "père" de la Constitution européenne, pour qui "nous sommes à la frontière entre un plébiscite qui porte sur le pouvoir, et un référendum qui porte sur un texte". Le numéro 1 du PS, François Hollande, a mis en garde dimanche : "l'impopularité du pouvoir atteint un niveau record. Elle est méritée. (Mais) l'Europe n'y est pour rien. Elle n'a donc pas à en faire les frais".

Dans un tel contexte, nombre de tenants du oui multiplient les appels à plus de discrétion de l'exécutif, même si Jacques Chirac et Jean-Pierre Raffarin ont prévu de monter en première ligne cette semaine, et même si le référendum doit se jouer a priori à gauche, où l'électorat socialiste reste très divisé. Car Jacques Chirac risque de "braquer" les électeurs de gauche qui avaient voté pour lui à contrecoeur en 2002, afin de faire barrage à Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle, et Jean-Pierre Raffarin, tous ceux qui contestent sa politique économique et sociale. "Je ne suis pas sûr que les expressions successives du président de la République fassent tellement avancer le oui", estime ainsi Dominique Strauss-Kahn. Diplomate, mais inquiet, Valéry Giscard d'Estaing "souhaite que les grands acteurs de la vie politique de notre pays soient plus prudents dans leurs interventions".

Photo d'ouverture : archives

le 22 mai 2005 à 19:00
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