Delors : "Il peut y avoir un plan B mais..."

le 12 mai 2005 à 15h43 , mis à jour le 12 mai 2005 à 18h05

L'ancien président de la Commission européenne estime, dans une interview publiée jeudi par Le Monde, qu'il "peut y avoir" un "plan B" si le non l'emporte. Toutefois, "une solution rapide est impossible" et la France sortirait affaiblie.

Jacques Delors. Image d'archives.Jacques Delors. Image d'archives.

Si Jacques Delors n'a pas voulu se lancer dans la bataille élyséenne en 1995, c'est notamment pour rester un homme libre. Ses derniers propos dans Le Monde daté de vendredi confirment son peu de goût pour les discours politiciens.

Dans la dernière ligne droite de la campagne référendaire, il n'hésite pas en effet à s'exprimer sur le fameux plan B, avancé par les partisans du non pour légitimer leur choix. "Je refuse, sur cette question comme sur d'autres, le blanc et le noir", déclare celui qui a accusé dernièrement dans le Nouvel Obs certains camarades du PS de "mentir"

Alors que le camp du oui ne cesse de marteler le contraire, l'ancien président de la Commission de Bruxelles affirme que "le devoir de vérité impose de dire qu'il peut y avoir un plan B mais il faut expliquer l'extrême difficulté du problème". Selon lui, "chaque fois qu'un pays, même petit, a dit non, il a proposé des aménagements (…) S'il s'agit d'un changement substantiel, il faudra tout recommencer, convoquer une nouvelle Convention, puis organiser une nouvelle conférence intergouvernementale." Il reconnaît toutefois qu' "une solution rapide est impossible". En tout état de cause, la conséquence immédiate d'une victoire du non le 29 mai "serait sans aucun doute un affaiblissement de la France et une stupeur confirmée des autres Etats membres", souligne Jacques Delors.

"Delors vient de reconnaître l'évidence"

Mais il n'en fallait pas plus pour réjouir les adversaires du traité européen. Ainsi, le porte-parole du Collectif national pour un non socialiste a "donné acte" à Jacques Delors de "reconnaître l'évidence". "Jacques Delors vient de reconnaître l'évidence et il faut bien lui en donner acte, il existe bien entendu un plan B en cas de victoire du non en France", déclare Stéphane Delpeyrat.

"Le désespérant "il n'y a pas d'alternative" psalmodié de concert par le chef du oui, Jacques Chirac, et ses partisans, vient de faire pschitt lamentablement et la vérité éclate au grand jour", ajoute-t-il. Selon lui, "les quatre ans qui nous séparent" de l'expiration du traité de Nice "laissent largement le temps pour retrouver un accord plus équilibré" que le projet de traité constitutionnel européen.

De son côté, réagissant à la déclaration de l'ex-président de la commission de Bruxelles, François Hollande a affirmé : "Jacques Delors a raison : en cas de victoire du non, il faudrait tout recommencer: une nouvelle convention, une nouvelle conférence intergouvernementale". Selon le dirigeant socialiste, "un temps long serait perdu pour une issue dont nul ne peut dire qu'elle serait meilleure que le traité constitutionnel et, dans l'attente, pour des années, une décennie peut-être ou davantage, s'appliqueraient les traités existants".

Dans le Monde, Jacques Delors fait également valoir qu'il préconise le oui au nom du "possibilisme". "Le possibilisme, c'est tenir compte des marges de manoeuvre pour essayer d'avancer", dit-il après avoir observé: "je ne conteste pas le caractère européen de certains avocats du non". Se félicitant de voir les Français "s'intéresser à ce scrutin" du 29 mai, il "a reproché à nos dirigeants de n'avoir jamais parlé d'Europe ou alors pour accuser Bruxelles de tous les maux".

le 12 mai 2005 à 15:43
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