© AFP - Gérard CerclesAppels résolus au oui depuis l'Espagne et la Belgique, ou plus partagés depuis le Royaume-Uni, la presse européenne, oscillant entre engagement et simple analyse, témoigne samedi d'une Europe suspendue à l'issue du référendum français sur la Constitution européenne. "Oui s'il vous plaît", demande aux Français et en français El Pais, dont le pays a été le premier à ratifier la Constitution par référendum. Comme les autres journaux espagnols, le quotidien espère un sursaut de dernière minute malgré les derniers sondages donnant le non gagnant avec 51 à 56% des intentions de vote. Pour le quotidien économique La Gaceta, "l'Europe croise les doigts et espère une courte victoire du oui".
"Rarement un scrutin national aura paru aussi déterminant pour le destin d'un si grand nombre d'autres pays", renchérit le quotidien belge Le Soir, dont l'éditorialiste appelle les Français à voter "en pleine conscience des conséquences de leur acte". "Notre sort se joue" en France, dramatise la Libre Belgique, qui espère que la "France du non (...) aura perdu dimanche soir". Et le journal de mettre en scène, au milieu d'une Europe effrayée, une France rouge de rage prête à faire exploser la ceinture de dynamite en forme de NON nouée à sa taille.
La presse britannique est quant à elle franchement divisée. The Sun, le plus lu des quotidiens populaires britanniques, lance un véhément "Dites Non Non Non Non Non Non" aux Français, alors que le Times opte pour un ton plus sobre mais aussi engagé. "C'est comme Européens que nous espérons que la France, membre fondateur de l'Union européenne, vote non et ouvre ainsi le chemin d'une réforme véritable qui mettra l'Union au service" des citoyens, explique-t-il. The Financial Times et The Guardian envoient un message opposé, le premier estimant que les Français devraient voter oui "par égard pour l'Europe et par égard pour la France" et le second qu'une "crise sans précédent" éclaterait si le non l'emporte.
"L'Europe entière craint le dérapage français"
A travers l'Europe, nombreux sont les journaux qui prédisent "crise" ou "séisme" en cas de rejet dimanche. Pour le journal suisse Le Temps, avec un non, les Français ouvriraient "une triple crise politique : dans l'Union à 25, en France et dans la gauche française qui pourrait être écartée de l'alternance de 2007 par ses propres divisions". Le plus grand quotidien hongrois, le Nepszabadsag (centre-gauche), affirme que "l'Europe entière craint le dérapage français". Mais en Autriche, Die Kurier assure qu'"à l'exception d'hommes politiques comme Gerhard Schröder et Jose Luis Rodriguez Zapatero, personne ne croit plus en un miracle".
En Allemagne, où la Constitution a été ratifiée vendredi par voie parlementaire, le Frankfurter Rundschau (gauche) annonce déjà que "c'est précisément en France, où elle est née après la catastrophe de la deuxième guerre mondiale, que l'idée européenne va être enterrée". Le quotidien polonais Gazeta Wyborcza (centre gauche) explique lui l'opposition des Français par leur mécontentement vis à vis de leur gouvernement et de la politique de Bruxelles qu'ils jugent trop libérale.
Cela n'empêche pas le quotidien conservateur allemand Die Welt d'envier le débat français. Si "les malentendus ont certes été grands, ce qui aurait dû avoir lieu depuis longtemps a enfin eu lieu : les élites d'Europe ont répondu aux questions des électeurs". C'est d'ailleurs l'angle privilégié ce samedi aussi par la presse française. A la veille du référendum, elle est unanime à se féliciter de l'ampleur du débat maintenu pendant des semaines entre les partisans du "oui" et du "non", dans un climat passionné, y compris au sein des familles.
Photo d'ouverture : drapeau européen et drapeaux des Etats membres de l'UE flottant devant le Parlement de Strasbourg - AFP - Gérard Cercles
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