
Pour l'ancien Premier ministre, c'est une autre "première". Il y a deux semaines, la campagne européenne lui avait déjà donné l'occasion de revenir, pour la première fois depuis son retrait officiel de la vie politique, participer à une émission de télévision sur France 2, où il avait plaidé passionnément la cause de la constitution européenne alors que les sondages plaçaient le non en tête. Depuis, le oui est remonté... puis redescendu. Et c'est dans un contexte étonnamment similaire, du point de vue des sondages du moins, que Lionel Jospin s'est offert jeudi soir un autre "retour" : pour la première fois depuis sa retraite politique, un meeting en bonne et due forme, lui qui avait adopté jusqu'alors la posture du "simple militant" pour intervenir en faveur du traité constitutionnel européen. Avec l'espoir que cet autre "retour" serait suivi d'une autre remontée du oui ?
Le discours était en tout cas plus musclé en ce qui concerne les partisans du non. "A ceux qui sont tentés par le non, je dis qu'ils ont toutes les chances d'être trompés", a affirmé Lionel Jospin. "Ils sont abusés pour voter non et ils sont trompés s'ils votent non". En effet, a-t-il souligné, "si les Français votaient non, il n'y aurait aucun changement en France, ce serait un non à l'Europe". L'ancien Premier ministre a aussi reproché aux partisans du non, par leurs critiques du traité, de "dédouaner les responsabilités du gouvernement depuis trois ans" et d'offrir une "diversion" à Jacques Chirac et à Jean-Pierre Raffarin : "le non détourne l'envie de protester, la colère, l'indignation, le sentiment d'injustice".
"Une énorme contradiction et une supercherie"
Quid des propositions du numéro 2 du PS, Laurent Fabius, pour modifier le traité constitutionnel ? Pour Lionel Jospin, elles reviennent à "renégocier trois bricoles dans le dos" des Français, puisque, notamment, les traités existants de l'Union réunis dans la partie III du traité seraient toujours en vigueur. Il y a là "une énorme contradiction et une supercherie", s'est exclamé l'ancien Premier ministre. Avant de reprocher aux tenants du non de gauche d'avoir "caricaturé le traité", de "jouer sur les peurs, les contre-vérités" et de demander qu'on tienne "aux Français un langage de vérité".
Qu'espérer d'une victoire du oui ? Il permettrait à la gauche de "lever l'hypothèque européenne" et "de se préparer pour les prochaines échéances". Selon Lionel Jospin, "le oui encourage la construction européenne, un non pourrait la compromettre". Et de décliner : "le non est une impasse, le oui est un levier". Selon l'ex-chef du gouvernement, "l'essentiel, ce n'est pas le traité, même s'il contient des avancées, mais la capacité à mener des politiques européennes pour la croissance, le progrès social."
Dernier argument, déjà maintes fois décliné : Lionel Jospin en a appelé à "l'unité" du PS. "En 2004, c'est l'unité des socialistes et de la gauche qui a permis des victoires triomphales, il aurait fallu la conserver et il faudra la retrouver si nous voulons remporter des victoires", a-t-il dit. Certains tenants du non, comme Laurent Fabius, font-ils de Jacques Chirac le chef du oui ? Lionel Jospin a tenu à le rappeler : "le seul chef du oui que je reconnaisse" dans la campagne référendaire, "c'est François Hollande, le premier secrétaire du Parti socialiste". François Hollande "a conduit à des victoires magnifiques, il doit affronter des difficultés qui ne sont pas de son fait, il fait face avec force, avec sang-froid, il le fait avec intelligence, sensibilité", a souligné Lionel Jospin. Un hommage auquel l'intéressé a dû être sensible : présent aux côté de Lionel Jospin, François Hollande devait, comme mercredi soir au Cirque d'Hiver de Paris, clôturer le meeting.
Photo d'ouverture : Lionel Jospin, jeudi soir à Nantes - DR
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