Avec le non, "L'Europe serait en panne"

le 26 mai 2005 à 20h05 , mis à jour le 27 mai 2005 à 09h13

Lors de son intervention télévisée à trois jours du référendum, le chef de l'Etat a appelé les Français à ne pas se "tromper de question" et à "faire un choix en responsabilité et en conscience". Il a insisté sur les conséquences d'un non qui provoquerait "divisions et doutes". Il a promis une "nouvelle impulsion" après le vote.

Jacques Chirac © DR

Jacques Chirac a promis jeudi de donner "une nouvelle impulsion" à son action, après le référendum sur la Constitution européenne, reconnaissant que "des inquiétudes et des attentes se sont exprimées" durant la campagne référendaire, dans une déclaration radio-télévisée. "Durant ce débat, il n'a pas seulement été question de l'Europe, je le sais. Des inquiétudes et des attentes se sont exprimées. J'en ai pleinement conscience. J'y répondrai en donnant une nouvelle impulsion à notre action", a déclaré le président de la République, dans une allocution solennelle de moins de dix minutes. Cette impulsion vise à donner "plus de solidarité", "plus de dynamisme" et à "mieux faire vivre notre pacte républicain", selon lui.

Avec cette déclaration, à moins de trois jours du scrutin, le chef de l'Etat a tenté de renverser la tendance, alors que deux sondages, Ipsos et CSA,  prédisent une victoire du non à 55%dimanche lors du référendum  sur la Constitution européenne, et que l'hypothèse d'un changement de gouvernement après ce scrutin agite la classe politique.

"Une période de doutes"

Jacques Chirac a mis en garde contre une victoire du non qui "ouvrirait une période de divisions, de doutes, d'incertitudes" en Europe. Celle-ci serait alors "en panne", a-t-il dit en affirmant qu'"il n'y a pas d'autre projet" que le texte soumis au référendum. Le président a énuméré les avancées de ce Traité qui "rend la France plus forte" et "conforte notre modèle social" en reconnaissant à chaque Etat la liberté de financer comme il l'entend ses services publics.

Il a qualifié ce texte de "réponse de l'Europe aux changements du monde" et à la mondialisation face aux défis de la "compétition économique" avec les Etats-Unis, le Japon, la Chine et l'Inde, "sans rien abandonner de notre modèle social". "C'est une responsabilité historique qui engage chacun de nous. Faisons le choix de la confiance en nous-mêmes. Faisons le choix d'une France forte. Dimanche, chacun aura entre ses mains une partie du destin de la France", a conclu le chef de l'Etat.

REACTIONS

Marielle de Sarnez, vice-présidente exécutive de l'UDF, a estimé que le président Jacques Chirac "a dit des choses justes, avec des mots justes", lors de son intervention radio-télévisée jeudi soir. Mme de Sarnez a souligné que le président "a insisté sur le fait que cette Europe serait plus démocratique, qu'elle nous permettrait de préserver notre modèle social et nos services publics, et dit que cette Europe était la seule réponse possible à la mondialisation, dans un monde de plus en plus dur et difficile".

L'UMP a salué "la clarté et la force de conviction du message" de Jacques Chirac. "Avec solennité et pédagogie, le président a mis les Français face à la responsabilité historique qui les attend dimanche", ont jugé les porte-parole de l'UMP Valérie Pécresse et Luc Chatel.

Le député UMP Nicolas Dupont-Aignan, président du club Debout la République et partisan du non à la Constitution européenne, a affirmé que "les Français ne seront pas dupes de cette méthode Coué, à laquelle d'ailleurs le président de la République ne semble même plus croire. Il a estimé dans un communiqué que Jacques Chirac "a une fois de plus fait une lecture surréaliste de la Constitution".

Emile Zuccarelli, président d'honneur du PRG, a estimé dans un communiqué que "c'est un coup pour rien tant les réponses du président de la République sont aux antipodes des questions que se posent une majorité de Français sur ce projet de traité".

Jean-Marie Le Pen a estimé que "+Jacquou le menteur+ nous a fait un numéro d'élève du Conservatoire, multipliant les mimiques comédiennes". "Son engagement personnel à quatre reprises lui fait devoir, si le non l'emporte, de démissionner", juge-t-il dans un communiqué.

"Cette fois le président de la République disait fortement des choses justes", a jugé le président de l'UDF François Bayrou pour qui Jacques Chirac a "bien montré l'enjeu".

Olivier Besancenot, pour la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), a accusé Jacques Chirac d'avoir "cherché à faire peur aux gens".

Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France (MPF) dénonçant pour sa part "du chantage d'Etat".

Marine Le Pen (Front national) a résumé le discours présidentiel à un "best of de tous les grands mensonges qui ont été assénés pendant cette campagne", et a mis en garde contre un "phénomène de la culpabilisation du peuple français".

Dominique Strauss Kahn (PS) a crédité M. Chirac d'avoir "reconnu que les Français sont tentés de sanctionner le pouvoir". "Ils ne faut pas qu'ils se trompent de colère", a-t-il commenté: "La colère ne doit pas se faire sur le dos de l'Europe".

Tout en reconnaissant que "tout ce qu'il a dit était vrai", Daniel Cohn-Bendit (Verts) a regretté que le président de la République n'ait pas mis son mandat en jeu: "Il aurait dû faire comme son ami (Gerhard) Schroeder" qui a annoncé des élections anticipées à l'automne.

La présidente du Parti communiste français a estimé que le discours présidentiel revenait à dire: "si vous votez oui, nous allons continuer". "Ceux qui votent oui, ils votent pour qu'on poursuive la politique actuelle", a ajouté Marie-George Buffet.

le 26 mai 2005 à 20:05
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