© AFP - Michel GangneJusqu'au bout, la campagne référendaire aura passionné les Français avec un taux de participation record (70,5%) . Les 41,8 millions d'électeurs se sont rendus massivement aux urnes et ont finalement choisi de rejeter en bloc le traité constitutionnel européen. Le non obtient 54,87% des suffrages, contre 45,13% pour le oui.
La petite remontée du oui dans un sondage en fin de semaine aura été trompeuse. Ni les nombreux derniers meetings avec des chefs de gouvernement socialistes européens, ni la dernière intervention de Jacques Chirac jeudi dernier n'auront changé le cours des événements. Depuis la mi-mars, le camp du non a très largement dominé la campagne et profité du rejet de la politique gouvernementale. Les partisans du oui n'ont eux pas su trouver les mots pour expliquer les avantages de cette Constitution déjà approuvée par neuf pays européens. Cette campagne a été également marquée par un phénomène inédit : le croisement des courbes plusieurs fois dans les sondages. Pour la première fois, le non est passé nettement devant le oui, le oui est repassé devant le non qui l'a finalement emporté ce soir.
"Une impulsion très forte"
Le chef de l'Etat a souligné que la victoire du non allait rendre difficile la défense des intérêts français sur la scène européenne. Il s'est engagé à donner "une impulsion très forte" à son action, annonçant des décisions "dans les tout prochains jours". Dès le résultat connu, plusieurs tenants du non, de gauche comme de droite, ont interpellé dimanche soir le président de la République. Ainsi, Philippe de Villiers a pointé le fossé entre "le pays réél et le pays légal" et réclamé la dissolution de l'Assemblée nationale ou la démission de Jacques Chirac pour "dénouer une crise politique majeure". Jean-Marie Le Pen a lui aussi réclamé le départ du chef de l'Etat. Jacques Chirac, a-t-il dit, "n'est plus qualifié pour rester à la tête du pays et aussi bien lui que son gouvernement, doivent rendre leur mandat au peuple".
A gauche, le ton était le même chez Jean-Luc Mélenchon, sénateur du PS partisan du non, qui a demandé à Jacques Chirac "de se démettre ou de se soumettre". S'il ne tient pas compte du message des Français, Jacques Chirac devra "se démettre", a dit de son côté le sénateur communiste Robert Hue. Le leader de Nouveau parti socialiste (NPS, minorité du PS) Arnaud Montebourg a vu dans le scrutin "une gigantesque motion de censure".
Chez les tenants du oui, Nicolas Sarkozy a regretté "le rendez-vous manqué" avec l'Europe. Mais il a aussitôt appelé à en tirer les conséquences sur la scène intérieure. Il a ainsi appelé la majorité, à l'horizon 2007, à "fonder un nouvel espoir", à préparer "un programme d'action innovant, ambitieux", à réaliser "un tournant majeur" dans les politiques menées. Premiers ministres à s'exprimer, Michel Barnier (Affaires étrangères) et Michèle Alliot-Marie (Défense) ont évoqué leur "déception". La déception était perceptible également chez le socialiste Jack Lang, partisan du oui, qui a jugé que le non signifiait "un ras le bol dont, malheureusement, l'Europe est victime". "Ce soir, le champ de ruine est là", a déclaré Ségolène Royal, présidente de la région Poitou-Charentes (PS, oui). "Il faut avoir le courage de dire que c'est un jour douloureux pour l'Europe", a-t-elle ajouté.
"C'est à la gauche, celle qui a voté oui et celle qui a voté non, de se retrouver sur un projet crédible et mobilisateur" pour 2007, a insisté le premier secrétaire du PS François Hollande. La numéro un du PCF, Marie George Buffet s'est félicitée d'une victoire du non, qui est "avant tout celle des ouvriers, des employés, des jeunes et des sans-emploi (...) rassemblés dans les urnes pour rejeter cette camisole libérale". Pour Olivier Besancenot, porte-parole de la LCR, ce résultat est "l'expression d'un ras-le-bol généralisé" et la marque du "grand retour des questions sociales".
Le non a recueilli 54,87% des suffrages et le oui 45,13%, selon le résultat définitif communiqué lundi à 1h47 par le ministère de l'Intérieur. Selon le maire de Paris Bertrand Delanoë, la capitale a montré son "ouverture" en votant à rebours du pays, à plus de 60% en faveur du oui (66,45%, selon les chiffres définitifs). En Vendée également, dont Philippe de Villiers préside le Conseil général, le oui est majoritaire à 50,20%. En revanche, en Seine-Maritime, circonscription de Laurent Fabius, le non remporte 65,08% des suffrages. Et en Corrèze, dont l'épouse du chef de l'Etat est conseillère générale et où avaient voté dans la journée Jacques Chirac et François Hollande, le non remporte 56,85% des voix.Résultats marquants
Photo d'ouverture : des partisans du non fêtant leur victoire place de la Bastille, à Paris, dans la nuit de dimanche à lundi - AFP - Michel Gangne
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