
Mia : "Rien n'est joué" nous dit Raffarin tout en préparant une défaite du oui, le non progresse selon la Sofres... Et vous qu'en pensez-vous ?
Olivier Besancenot : Rien n'est joué, c'est sûr. Tout est possible. Le non gagnera probablement si on voit beaucoup Raffarin et si le combat contre le libéralisme (Pentecôte, chercheurs, Total...) continue.
PhM : Bonjour, pouvez vous me dire quelle serait votre première action concrète lundi matin prochain dans l'hypothèse d'une victoire du non ?
Olivier Besancenot : D'abord la fête dimanche soir. Lundi, ce sera la réunion de tous les collectifs unitaires (1000) pour discuter de la politique positive qui pourra changer les choses en Europe. Cette bataille unitaire (LCR, Attac..), on veut la continuer.
Patoune : Votre projet européen, en trois mots, ce serait quoi ?
Olivier Besancenot : imposer des critères de convergence sociaux et démocratiques, pas financiers et économiques comme maintenant. Cela aboutirait par exemple à un salaire minimum européen basé sur les salaires plus élevés, la mise en place de l'avortement dans tous les pays... On veut en fait faire le contraire de ce que propose Bolkestein. Lui, il veut aller vers le bas, nous, nous voulons harmoniser vers le haut.
indecis : M. Besancenot, quels sont selon vous les points positifs de ce TCE?
Olivier Besancenot : Il y en a : droit des homosexuels par exemple. Mais même sur cette question, la communauté homosexuelle ne doit pas réagir de manière égoïste vu que par exemple, le droit des femmes n'est pas totalement reconnu puisque l'avortement n'est pas reconnu. En fait, le seul critère où l'on parle uniformisation dans ce traité, c'est la politique libérale qui dégrade nos emplois et nos services publics.
philippe_l : Raffarin doit-il démissionner après le 29 mai, et que pensez-vous de Sarkozy Premier ministre ?
Olivier Besancenot : En cas de victoire du non, c'est la politique libérale qui sera sanctionnée, notamment celle menée en France. Il y a un lien entre la politique libérale de Raffarin et de Sarkozy et celles menées en Europe par Blair ou Schröder. Ce que je veux, c'est qu'on chasse cette politique libérale après le 29 mai. Pour l'instant, Raffarin est impopulaire donc il nous sert pour le non. Mais Sarkozy ferait exactement la même politique que lui.
ramos : un grand mouvement populaire de gauche ? Buffet, Vous, Mélenchon, Emmanuelli ? Un nouveau parti de gauche ? Possible ou impossible ?
Olivier Besancenot : La bataille unitaire doit continuer, on la souhaite. Elle doit se poser sur des questions concrètes et pragmatiques. Il faut continuer ensemble une campagne sociale et politique, elle a fait naître beaucoup d'espoir pour imposer une autre politique bien avant 2007. La colère, pour nous, c'est maintenant.
Jm (i-mode) : Faut-il voter comme Le Pen?
Olivier Besancenot : Sûrement pas comme Le Pen. Jospin a fini par nous entendre quand il dit que le non de droite et de gauche ne sont pas compatible. Le non de droite est raciste et anti-turc. Le non de gauche est internationaliste. Ce référendum n'est pas un référendum anti-Le Pen. Il ne faut pas tomber dans le piège.
Farabundo : Trouvez-vous que les membres du parti socialiste partisans du non sont des opportunistes?
Olivier Besancenot : Ceux avec qui j'ai fait campagne, je les ai découverts, les dirigeants comme Mélenchon ou les simples militants. Je trouve qu'ils ont eu le courage de défendre une position et de mener campagne sur cette position.
Farabundo : quid de Fabius?
Olivier Besancenot : Sa position a été une bonne nouvelle pour nous. Si lui vous dit que c'est une constitution libérale, c'est qu'il s'agit bien d'une constitution libérale. Ensuite, sa conversion à l'anti-libéralisme laisse pantois au PS, à l'extérieur du PS et même chez Fabius lui-même. Il a dû faire un gros travail sur lui-même pour arriver à dire "non". Quant à ses ambitions personnelles, il les revendique lui-même.
mickael(42) : Que pensez-vous de l'entrée de la Turquie ?
Olivier Besancenot : Je ne suis pas contre par principe. Il faut simplement des conditions et des préalables (droits des minorités, reconnaissance du génocide arménien...). Mais ces conditions sont valables pour les autres pays donc il faut par exemple que soit aussi reconnu le droit à l'avortement par les cinq pays qui ne l'autorisent pas encore. Il faut en fait prendre le meilleur de chaque pays pour construire l'Europe.
olivier63 : pourriez vous me dire les principaux risques si le oui l'emporte ?
Olivier Besancenot : Le pire des risques, c'est de permettre à des libéraux d'utiliser notre consentement populaire pour faire passer des réformes qui vont augmenter la précarité et les inégalités sociales. Concrètement, on aura la possibilité demain de fermer des bureaux de poste, des hopitaux en disant "vous avez voté, maintenant, ne la ramenez plus". Pour le moral, ce ne sera pas très bon.
mickael(42) : Si le Non passe, comment envisagez-vous la nouvelle mise en place de la constitution ?? Avec quels acteurs politiques?
Olivier Besancenot : Deux choses. 1. la victoire du non, ce n'est pas le chaos. Le traité ne devait pas entrer en vigueur en 2009, ça laisse du temps. Dire que revenir au Traité de Nice, ce serait l'horreur, c'est faux puisqu'il est déjà en vigueur depuis un an. 2. Si le non l'emporte, personne ne croira en Europe que Le Pen est aux portes du pouvoir. On pensera en revanche qu'on a réussi à dire non au libéralisme et qu'il faut arriver à trouver un nouveau texte avec une assemblée constituante européenne, ce qui n'était pas le cas avec la Convention de VGE. Il faut une assemblée où les peuples envoient des délégations en votant pour elles pour rédiger une consitution.
Lulu : Il se déplace comment Olivier Besancenot pour voler d'itw en itw ? Avion, voiture avec chauffeur, transports en commun, vélo ? Est-ce que le leader de la LCR garde les pieds sur terre ?
Olivier Besancenot : J'essaye. C'est pour ca que je roule en 106. J'ai eu un mois de congés sans solde pour faire cette campagne militante et je reprendrai le travail quel que soit le résultat après le 29. Le 30, je serai au travail. Nous avons une proposition avec José Bové qui pourrait me donner du boulot : si le non gagne, que chacun renvoit le traité à Chirac à l'Elysée, sans l'affranchir.
callmebob : avez-vous oui ou non renoncé à la doctrine révolutionnaire, et acceptez-vous oui ou non le cadre démocratique?
Olivier Besancenot : Je milite pour un cadre démocratique et c'est pour cela que, plus que jamais, je suis révolutionnaire. La démocratie va aussi dans les entreprises où actuellement les droits les plus élémentaires, même le code du travail, sont souvent bafoués et piétinés, y compris dans les entreprises du public.
xavier (i-mode) : Quelle est votre conception de l'Europe ?
Olivier Besancenot : L'Europe idéale, ce serait une Europe où on harmoniserait vers le haut les législations sociales et démocratiques en prenant notamment l'argent où il est. Il y a beaucoup d'argent dans cette Europe où il y a 70 millions de pauvres et 20 millions de chômeurs. Une banque européenne comme Clearstream brasse à elle seule 300 fois le budget de la France, 4e puissance économique mondiale. Donc mon Europe serait une Europe qui répartirait les richesses de manière égalitaire.
chubie : Une place au gouvernement vous plairait -elle?
Olivier Besancenot : Je ne suis pas obsédé par les strapontins ministériels. Mais je milite pour que les solutions d'urgence défendues par les luttes sociales puissent gouverner un jour. Par ailleurs, je suis contre que la politique devienne un métier et une profession. Donc, quand on a un mandat, on le fait à 100%, on ne le cumule pas et après on retourne au travail.
Basoutos : Pensez-vous que l'Europe des hauts salaires minimums pourrait s'en tirer face aux autres pays producteurs?
Olivier Besancenot : Oui. Car les richesses existent en Europe pour le faire. Quand il a fallu aligner vers le haut les écarts importants entre les monnaies européennes pour faire l'euro, on y est parvenu. Donc il n'y a pas de raison qu'on n'y arrive pas pour les salaires. C'est par ailleurs la seule réponse efficace pour éviter les délocalisations car elle permettra aux grands employeurs de faire pression sur les législations sociales les plus élevées.
bob : pensez-vous que Hollande doit démissionner si le non l'emporte?
Olivier Besancenot : Ce n'est pas à moi de le dire. Je ne suis pas militant au parti socialiste. Une chose est sûre : la gauche ne sera plus la même après le 29. Reste à savoir comment elle sera. Cela dépendra de beaucoup de choses.
lulu : Vous sentez-vous européen ? N'est-ce pas paradoxal d'être "internationaliste" et de dire non au projet européen ?
Olivier Besancenot : Le vote "non" est la seule possibilité de ne pas discréditer un projet européen et un projet internationaliste. Si on laisse l'Europe libérale se développer, l'idée européenne va être cramée dans les couches populaires aujourd'hui mais aussi dans la jeunesse de demain. C'est ce qui fait le terreau de l'extrême droite. Donc, lulu, il ne faut pas avoir peur de dire "non", il faut se lâcher.
Malcolm (i-mode) : Que pensez-vous de l'argument du Oui qui est de voter en faveur de la constitution pour pouvoir ensuite être en position de force pour l'aménager ?
Olivier Besancenot : C'est faux. Tout réaménagement ultérieur implique une triple unanimité, donc c'est infaisable. Si on vote oui maintenant car on pense que le rapport de forces ne permet pas de faire autre chose, cela signifie qu'on devra voter oui par la suite. Cela veut dire qu'on entérine le fait que les libéraux aient le vent en poupe dans la construction européenne.
lulu : Votre collègue de LO, Arlette Laguiller est particulièrement absente de cette campagne. Comment l'expliquez-vous, qu'en pensez-vous ?
Olivier Besancenot : Je le regrette. Sa place était sur nos tribunes unitaires pour renforcer la gauche anticapitaliste. Les révolutionnaires n'ont rien à perdre dans une telle bataille ou précisément beaucoup veulent construire une nouvelle gauche anticapitaliste. Je continue à dire à Arlette : "rejoins-nous".
Ramos : pourquoi avez-vous l'air toujours triste ?
Olivier Besancenot : Il ne faut pas dire ça Ramos. Je ne suis pas triste. Certains me disent que j'ai l'air trop joyeux. En fait, j'essaye de ne pas "avoir l'air". Ce n'est pas facile.
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