Pourquoi le "non" a gagné

Par Philippe MATHON, le 29 mai 2005 à 22h16 , mis à jour le 30 mai 2005 à 15h28

La crainte de la montée du chômage et le "ras le bol" fac à la situation actuelle expliquent les résultats du scrutin, selon une étude Sofres-Unilog réalisée dimanche. Les sondés réclament le remplacement de Jean-Pierre Raffarin par Nicolas Sarkozy et font de Laurent Fabius le grand vainqueur de cette campagne.

Laurent Fabius PS © TF1

La peur du chômage, le ras le bol de la situation actuelle

Les partisans du "non" interrogés par la Sofres (1) dimanche, affirment avoir voté en ce sens à cause, principalement, de leur peur de voir le chômage s'aggraver avec le Traité constitutionnel (46 %) et d'un ras le bol de la situation actuelle (40 %). Selon eux, le "non" devrait permettre une renégociation du Traité (35 %) jugé trop libéral et difficile à comprendre (34 %).

Dans une moindre proportion, 19 % des partisans du "non" craignent une dissolution de l'identité de la France dans l'échiquier européen, tandis que 18 % ont voté en réaction à une possible entrée de la Turquie dans l'Europe.

Au final, les appels de certains responsables politiques à voter "non" auront peu pesé sur le choix des personnes sondées : seules 12 % disent avoir voté "non" en fonction de la proximité qu'ils ressentaient avec les porte-drapeaux du "non".

Jean-Pierre Raffarin poussé vers la sortie

Pour les sondés interrogés dimanche, Jean-Pierre Raffarin a fait son temps à Matignon. Près de deux français sur trois (62 %) réclament son départ, alors que 27 % aimeraient le voir rester au poste de Premier ministre, 11 % ne se prononçant pas.

Jacques Chirac, qui avait annoncé jeudi à la télévision son intention de proposer une "nouvelle impulsion" de sa politique, devrait les entendre et annoncer dès le début de la semaine un changement de Premier ministre.

Le NON largement majoritaire au PS

Les électeurs du PS n'ont pas hésité à voter à l'encontre de la consultation interne au parti réalisée en décembre 2004. Selon l'étude de la Sofres, 59 % d'entre eux ont voté "non", contre 41 % pour le "oui". Un vote frondeur qui promet une sévère bagarre pour le leadership du parti, Laurent Fabius semblant en position privilégiée pour contester la direction de la rue de Solferino incarnée par François Hollande.

A droite, les électeurs de l'UMP et de l'UDF ont massivement voté en faveur du "oui" et dans la même proportion : 76 % pour le "oui" contre 24 % pour le "non".

Laurent Fabius et Jean-Marie Le Pen, grands vainqueurs du scrutin

Pour les Français interrogés, la grand gagnant du référendum est l'ancien Premier ministre Laurent Fabius. Mis en minorité au sein du PS lors de la consultation interne, en décembre 2004, le député a joué sa carte avec discrétion et combativité, au risque de faire exploser l'unité du PS. Une victoire du "oui" l'aurait fait disparaître du paysage politique. Finalement, le large succès du "non" le replace au centre de la bataille interne au PS et, plus largement, de la gauche. Saura-t-il pour autant en tirer parti ? Le combat promet d'être rude.

Jean-Marie Le Pen (27 %), Philippe de Villiers et Olivier Besancenot (22 %) et Henri Emmanuelli (16 %) apparaissent comme les autres bénéficiaires de la victoire du "non", selon l'étude Sofres-Unilog.

(1) Sondage Sofres-Unilog pour TF1/RTL/Le Monde réalisé le 29 mai 2005 auprès d'un échantillon de 1500 personnes représentatif de l'ensemble de la population française âgée de 18 ans et plus, interrogés par téléphone.

Par Philippe MATHON le 29 mai 2005 à 22:16
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